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Crutchlow ne se mesure qu'à lui-même et ça suffit à le satisfaire

Bon dernier des Grands Prix qu'il vient de disputer, Cal Crutchlow ne se vexe pas, bien au contraire. Ce qui l'intéresse dans son remplacement inattendu de Johann Zarco, c'est de se mesurer à lui-même et de progresser au fil du temps.

Cal Crutchlow, Team LCR Honda

Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images

Deux ans et demi après son dernier Grand Prix et bientôt six ans après sa retraite de titulaire, Cal Crutchlow a repris du service de façon inattendue le mois dernier. Alors que l'équipe LCR et Honda doivent faire face à l'absence prolongée d'un Johann Zarco lourdement touché au genou et que les options manquent pour assurer l'intérim, c'est vers l'Anglais de 40 ans que le choix s'est tourné.

Une solution qui peut paraître assez évidente pour le team dirigé par Lucio Cecchinello, qui le connaît bien, mais une solution aussi qui tord le cou à la logique sur plusieurs points. Cal Crutchlow était devenu pilote essayeur pour Yamaha à la fin de sa carrière, et s'il n'a plus ni couru, ni même roulé en essais privés depuis tout ce temps, c'est qu'il soignait une blessure assez complexe au poignet.

Finalement, le voici qui vient d'enchaîner deux Grands Prix au guidon de la Honda, et sans avoir à rougir de sa prestation, bien qu'il soit bon dernier et se juge très lent. "J'ai perdu 16 secondes dans les trois premiers tours, je me bringuebalais comme un papy !", riait-il à l'arrivée du GP de Hongrie, dimanche.

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Un papy de 40 ans qui a encore de beaux restes, à en juger par les écarts affichés par Crutchlow au cours de ces deux week-ends de course, sans préparation particulière ni expérience récente du MotoGP. En Hongrie, il observait lui-même : "Être à moins d'une seconde [de l'avant-dernière] Honda [dans les meilleurs temps de la course], je ne peux pas en demander beaucoup plus pour le moment."

"Franchement, ça a été une course difficile. Courir seul, c'est horrible. Enfin, d'un côté, c'est horrible parce qu'on n'a aucune référence, aucun repère, mais d'un autre côté, ça n'est pas si mal parce qu'on se concentre sur soi-même. Et c'est ce dont j'ai besoin pour le moment, de toute façon."

"J'étais content d'arriver au bout, ça n'était pas facile de faire toute la distance de la course", ajoutait le pilote anglais. "Je ne m'attarde pas sur le résultat, les points et tout ça. J'ai juste fait mon job et j'en suis plutôt content."

Cal Crutchlow, Team LCR Honda

Cal Crutchlow vient d'enchaîner deux Grands Prix.

Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images

Essentiellement en compétition avec lui-même, Cal Crutchlow tiquait sur un point après cette course en Hongrie : son manque de constance. "Hier, le premier secteur était mon meilleur, et aujourd'hui c'était mon moins bon. J'ai un peu d'inconstance dans le fait d'arrêter la moto pour le virage 1", observait-il.

"J'ai perdu sept secondes dans le premier tour, puis 17 secondes dans les cinq premiers tours, ou quelque chose comme ça, et c'est parce que je n'arrêtais pas au virage 1, avec le réservoir plein et tout ça. Mais, franchement, je suis content de la manière dont j'ai piloté. Je voulais être un peu plus régulier mais j'ai simplement fait des erreurs. Je suis sorti de la piste trois fois vers la fin de la course."

"Donc, si on regarde mon retard de temps par rapport à la première place, ça n'est pas vraiment représentatif, mais je regarde les autres tours et je suis plutôt content de ce que j'ai fait. Le team, Honda et moi-même, on ne peut pas en demander beaucoup plus pour le moment."

En compétition avec lui-même

Ce qui complique encore un peu plus la donne pour Cal Crutchlow, c'est qu'il s'est blessé à l'épaule pendant son premier week-end de remplacement de Johann Zarco. Bien plus entraîné à vélo qu'à moto depuis trois ans, l'Anglais a eu cette alerte après les deux premiers jours du GP d'Italie sur le très exigeant circuit du Mugello, mais depuis il a le sentiment que son corps s'adapte de mieux en mieux.

Même pendant ma carrière, la plupart du temps je me fichais de savoir à quelle place je terminais. Si je descendais de la moto en sachant que je m'étais donné à 100%, j'étais content.

"Je suis partant pour un contrat de quatre ans : je suis comme le bon vin, à la fin de la quatrième année, je serais probablement dans le coup !", plaisantait-il en Hongrie. Derrière l'humour et la légèreté qu'il affiche volontiers dans chacun de ses commentaires, Crutchlow cache néanmoins une volonté constante de s'améliorer, avec pour unique indicateur lui-même.

"Le problème que j'ai, c'est que je suis arrivé il y a deux semaines et j'ai dit que je n'avais aucune attente, et je continue à le dire, je n'ai pas d'attentes, mais c'est moi qui me mets en compétition avec moi-même", a-t-il volontiers admis. "Mais c'est probablement encore plus dur parce que je sais comment je pilotais par le passé. C'est ce qui me rend… Je ne dirais pas que ça m'agace, mais je me dis juste que je n'ai tout simplement plus ce qu'il faut."

"J'ai encore l'instinct de la course, mais pour le moment, je n'ai pas la vitesse. Je pense cependant que ça viendra avec le temps. Comme je l'ai dit, si je continue… Je n'ai pas roulé pendant deux ans, et tout à coup je suis remonté en selle. C'est dur à faire, franchement. Je ne pense pas que quiconque l'ait déjà fait."

Cal Crutchlow, LCR Honda

Cal Crutchlow n'attend rien d'autre que s'améliorer pour lui-même.

Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

On sait aujourd'hui que Cal Crutchlow va poursuivre le remplacement de Johann Zarco sur les deux prochains Grands Prix au moins, qui vont une nouvelle fois s'enchaîner sans pause entre Brno et Assen. Un nouvel effort physique, mais aussi une nouvelle opportunité pour lui d'évaluer sa progression.

"J'ai toujours été motivé par l'envie de m'améliorer. Même pendant ma carrière, la plupart du temps je me fichais de savoir à quelle place je terminais. Évidemment, je voulais gagner ou me battre devant, mais si je descendais de la moto en sachant que je m'étais donné à 100%, j'étais content. Et si ça donnait une 15e place, eh bien soit."

"J'ai toujours été comme ça. Si je savais que je n'aurais rien pu faire de plus, même si Marc [Márquez] gagnait avec la Honda et que j'étais 15e mais en pensant avoir fait de mon mieux, j'étais content. La situation est la même aujourd'hui. Je ne peux pas faire mieux que ce que je fais, donc je descends de la moto en étant plutôt content, disons."

"C'est comme ça. Mais je sais que si j'avais fait 7000 km cette année, ce serait beaucoup plus facile", ajoutait Crutchlow le week-end dernier, comptant donc sur la poursuite de l'expérience pour peu à peu s'améliorer. "Chaque fois qu'on roule, on s'améliore, on comprend plus de choses. On pilote différemment, on emmène plus de vitesse de passage, on a moins besoin de mettre les gaz à la sortie des virages… Il y a un million de choses qui vont simplement s'améliorer avec le temps."

"C'est comme un pilote qui est blessé : quand il revient, il a du mal au début, puis il roule plus et comprend plus de choses. Ou comme un rookie : au début, il est à quatre secondes, et après il est dans le top 10. Il faut juste voir les choses comme ça."

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