Crutchlow : "J'ai dit oui parce que ma femme m'a dit de le faire !"
Cal Crutchlow a raconté la semaine rocambolesque qui l'a mené à remplacer Johann Zarco au GP d'Italie. Loin du compte lors du test réalisé mercredi, l'Anglais espère progresser tout au long du week-end, et fait part de son soutien à Zarco.
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Le paddock du Mugello accueille un surprenant revenant ce week-end. Cal Crutchlow, qui a fêté ses 40 ans en octobre dernier, a été appelé par LCR pour remplacer Johann Zarco, absent pour une durée indéterminée après sa chute au GP de Catalogne.
Parmi les pilotes d'essais de Honda, Aleix Espargaró est aussi blessé et Takaaki Nakagami se consacre au travail sur la moto 2027, ce qui a fait de Crutchlow, pilote LCR de 2015 à 2020, un candidat logique... même s'il n'a plus piloté de moto depuis 2023, quand il était pilote d'essais de Yamaha. Une blessure à la main l'avait poussé à abandonner ce rôle, mais il est désormais dans une bien meilleure forme.
Crutchlow a été contacté par LCR lundi et après une longue réflexion, tout s'est accéléré. Motorsport.com a révélé sa participation à un test mercredi et même s'il était très distancé dans les premiers tours, l'Anglais a finalement décidé de se lancer dans l'aventure. Avant d'entamer le week-end, il a raconté les derniers jours avec le second degré qu'on lui connaît, et en faisant part de son soutien à Zarco durant sa convalescence.
Quand la proposition a-t-elle été faite ?
Lundi.
Quel a été ton temps de réflexion ?
Si vous voulez la vraie histoire, je ne pense même pas pouvoir la raconter...
Pourquoi pas ?
Il m'a fallu un moment parce que je suis rentré chez moi et Lucy [son épouse] m'a dit que Dako [Dakota Mamola, le coordinateur de l'équipe] m'avait appelé. Lucio et beaucoup de gens de l'équipe m'ont appelé et j'avais quelques messages. J'ai parlé à Dako et il ma dit "L'équipe veut que tu reviennes et fasse des courses". Je ne me suis jamais dit qu'il plaisantait, j'ai compris la situation. Lucy m'a demandé si j'avais eu Dako, j'ai dit que oui. Je n'ai pas évoqué le sujet, j'ai juste dit oui. Elle m'a dit "Parce qu'ils m'ont appelée en premier..." [rires]. Pour avoir sa bénédiction !
Lucio Cecchinello a appelé Cal Crutchlow en début de semaine.
Photo de: Pierre-Louis Le Mouëllic
J'ai dit "Je ne suis pas intéressé". Elle m'a dit "Pourquoi ? Tu l'as fait toute ta vie donc je ne comprends pas pourquoi tu ne le fais pas". J'y ai longuement réfléchi et le lendemain, mardi, j'ai discuté avec Dako et on s'est demandés s'il était possible que je roule au préalable. Sinon, ça n'aurait pas été bien de revenir ici après une si longue période sans rouler, pour être à 360 km/h au premier virage en EL1. Donc heureusement, on a pu organiser un test hier et j'ai fait quelques tours.
Si l'équipe Ducati d'usine m'avait appelé, je ne l'aurais pas fait, si Aprilia m'avait appelé, je ne l'aurais pas fait.
J'ai l'impression d'avoir été percuté par un bus aujourd'hui. [rires] C'est comme ça. J'ai accepté de le faire, je ne l'aurais pas fait pour une autre équipe. Si l'équipe Ducati d'usine m'avait appelé, je ne l'aurais pas fait, si Aprilia m'avait appelé, je ne l'aurais pas fait. Je le fait parce que c'est une demande de Lucio et de l'équipe. Et je l'ai fait parce qu'à un stade, je me suis dit "Pourquoi pas ?" C'est sous contrôle.
Je dois voir mes sensations, si c'est possible. Je ne sais pas si c'est possible. On prend les choses séance après séance. Hier, ce n'était pas excellent, sincèrement. C'était bien de remonter [sur la moto] mais évidemment, mes sensations sur la moto et tout le reste étaient bizarres. Mais il fallait s'y attendre. Je ne savais pas à quoi m'attendre. Je m'attendais à être plus lent mais quand je n'étais pas assez rapide, ça m'agaçait. Mais c'est la réalité. C'est aussi une bonne chose.
Le plus important est d'être à l'aise sur la moto. Actuellement, je ne suis pas à l'aise avec l'ergonomie de la moto parce qu'elle a beaucoup changé. Ma position a aussi beaucoup changé. On verra.
Comment va ta main après la journée d'hier ?
J'ai vraiment un pouce fatigué après la journée d'hier. J'ai utilisé une vieille paire de gants et ça frottait sur un tendon. Ce n'est pas un bon départ mais on va voir. Mais tout va bien sur ma main. Une des plus grosses inquiétudes est l'aspect physique. J'ai fais 27 500 km de vélo l'an dernier, déjà 12 000 km cette année donc je peux rouler, pas de souci, je suis en forme physiquement. Mais piloter une moto, c'est complètement autre chose.
Il faut être en mesure de le faire. C'est ce que j'ai toujours dit. Dès que je ne pourrai plus le faire physiquement, je ne serai plus là. Il faudra évaluer la situation. On verra. J'espère que ça va s'améliorer pendant le week-end. Il faut que je comprenne de nouveau la moto et il faut que je sente que je comprenne la moto.
LCR a pu organiser un test pour Cal Crutchlow.
Photo de: Pierre-Louis Le Mouëllic
Il faut aussi que je sente que je fais des progrès, il faut que je progresse à chaque séance pour pouvoir comprendre. Je pense que ça viendra avec une meilleure position sur la moto, en étant plus à l'aise à chaque fois que je roule.
Je me disais que personne sur cette piste ne pouvait être plus rapide que moi, jamais, c'était impossible ! J'étais complètement à la limite et personne ne pouvait être plus rapide que moi. Et j'étais 10 secondes trop lent !
Le plus dur a-t-il été de se réadapter à la vitesse ou aux sollicitations physiques ?
Le premier choc a été que je roulais et que je voyais les chronos, et je sais quels chronos je faisais quand j'étais sur le podium à Misano. Sans regarder les chronos, je me disais que personne sur cette piste ne pouvait être plus rapide que moi, jamais, c'était impossible ! J'étais complètement à la limite et personne ne pouvait être plus rapide que moi. Et j'étais 10 secondes trop lent ! [rires]. C'était dans les premiers tours.
Je suis rentré et je ne savais pas quoi leur demander, si le chronomètre était cassé ou s'il fallait que je reprenne mes esprits. Mais il y a eu des progrès au cours de la journée. Mais [ces motos] sont dures à piloter. Je ne pense pas qu'elles sont plus dures [qu'en 2020], c'est juste dur avec le temps que j'ai passé sans rouler. C'est aussi simple que ça.
Le truc, c'est que je pense que personne d'autre ne pourrait le faire. Vraiment pas. Je pense que personne n'est assez fou pour le faire non plus !
Johann Zarco est sur la touche après sa blessure à Barcelone.
Photo de: Gold and Goose Photography / Getty Images
Pourquoi avoir dit non dans un premier temps ?
Je pensais devenir plus calme et moins fou, et j'ai réalisé que ce n'était pas le cas. J'ai dit oui parce que ma femme m'a dit de le faire ! Elle a été à mes côtés toute ma carrière, vous le savez. J'ai pris la décision avec eux. Ses mots ont été "Ta vie et notre vie ont toujours été une aventure, donc pourquoi arrêter maintenant ?" Donc j'ai dit "OK, j'y vais".
J'ai un immense respect pour [Johann Zarco].
Pourrais-tu faire plus plus qu'une course ?
On étudie la situation. Je ne l'ai pas mentionné parce que vous connaissez la situation avec Johann. C'est un ami, j'aime Johann, il me rappelle un peu moi : il ne vous aime pas beaucoup [rires]. Et toutes les conneries qui vont avec la course. Il veut piloter sa moto, vous savez. Il reviendra évidemment, et probablement plus fort. J'ai eu une blessure à la jambe et il reviendra plus fort mentalement.
C'est une période difficile, j'en suis certain, mais j'ai un immense respect pour lui, sincèrement. Je ne pense pas que Johann est le plus talentueux du championnat mais il travaille dur, comme je devais le faire, pour être performant, pour faire de son mieux. En un sens, ça me rappelle moi. Et il est dans la bonne équipe. J'espère le voir rapidement.
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