Sa 2e victoire en MotoGP a soulagé Petrucci

Il craignait de n'être que l'homme d'un jour après son succès de 2019 au Mugello, mais Danilo Petrucci s'est ôté un poids des épaules en s'imposant une deuxième fois en 2020, avant de quitter le MotoGP au bout de dix ans.

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Danilo Petrucci a refermé le mois dernier un chapitre majeur de sa carrière, celui de dix ans passés en MotoGP. Vainqueur à deux reprises durant ce parcours, il garde un souvenir différent de chacun de ses succès, obtenus dans des contextes incomparables. Il y eut d'abord une victoire phénoménale arrachée à Andrea Dovizioso et Marc Márquez, alors en duel pour le titre, à la fin d'une bagarre époustouflante au Mugello, en 2019. Puis un succès au Mans, l'année suivante, cette fois lors d'une course qu'il a intégralement menée sous la pluie et alors que son départ de Ducati était déjà acté.

"Remporter une course a été quelque chose d’incroyable”, se souvient-il. “La meilleure sensation est probablement d'avoir gagné au Mugello mais je ne m'en souviens pas très bien parce que c'était trop gros. J'ai pris beaucoup plus de plaisir au Mans l'an dernier. Il y avait beaucoup d'attentes dans cette course en Italie, pour Ducati et tout le monde, et sincèrement, j'ai très peu de souvenirs après l'arrivée. C'était bien mieux quand j'ai gagné à nouveau au Mans l'an dernier, parce que j'ai pris beaucoup de plaisir quant à ce que j'ai fait sportivement."

Cette victoire au Mugello, obtenue au guidon de la Ducati, a pourtant été source d’une émotion puissante pour le pilote italien, que l’on avait déjà vu en larmes deux ans auparavant pour son premier podium sur place. Jamais avare dans le partage de ses émotions, il a également été sensible à celles qu’il a pu transmettre autour de lui dans des moments aussi forts.

"Donner des émotions aux gens, comme peut le faire un artiste, c'est la plus belle chose qu'on puisse ressentir”, décrit-il. “Voir les gens émus, c'est quelque chose qui peut vraiment vous récompenser pour tous vos efforts. Voir les personnes qui ont compris mon émotion aussi, ça a été très beau. Pendant de nombreuses années, je suis entré en piste en saluant les personnes qui étaient en tribune : il suffit de lever un bras pour voir une colline, une tribune entière de gens qui se lèvent pour vous saluer. Et voir aussi les gens qui vous sont proches et qui sont encore plus émus que vous, c'est vraiment magnifique. Ça veut dire que j'ai toujours été transparent. Quand je suis en colère, ça se voit, et quand je suis heureux ça se voit."

Podium : le vainqueur Danilo Petrucci, Ducati Team

Danilo Petrucci, vainqueur au Mugello en 2019

S’il aurait bien évidemment rêvé d’un palmarès plus fourni encore, Danilo Petrucci a quitté le MotoGP en ayant parfaitement conscience des efforts qu'ont représentés ces deux victoires qu’il est parvenu à décrocher. Arrivé par la petite porte, des rêves plein la tête, il a gravi les échelons à force de travail et d’abnégation, jusqu’à intégrer l’équipe officielle Ducati à sa huitième saison en Grand Prix et à s'imposer face à des pilotes qu'il admirait pourtant.

"Il y a énormément d'anecdotes. Surtout la première année, où j'étais vraiment très immature", se remémore-t-il au sujet de son parcours, entamé sur une machine répondant au règlement CRT. "Techniquement, on n'était pas du tout rapides. Mais je me souviens qu'à Valence, dans des conditions mixtes, j'avais réussi à faire un bon résultat parce que je n'avais qu'une seule moto, et les autres avaient changé de moto mais moi non. Je crois que j'avais fait huitième ou quelque chose comme ça, c'était ma course de l'année ! [rires] De cette année-là, je me souviens aussi avoir vu Stoner dominer à Phillip Island, ça avait été vraiment impressionnant. J'ai vu beaucoup de pilotes rapides devant moi, beaucoup de bagarres.”

“Mon premier podium a été très beau, c'est sûr”, ajoute-t-il au sujet de sa deuxième place à Silverstone, en 2015. “Et mon podium au Mugello en 2017, ma bagarre contre Valentino [Rossi] à Assen la même année, le fait de m'être battu contre Dovi et Márquez sous le déluge à Motegi… Tout cela a été très beau et vraiment très émouvant. Et puis il y a eu mes deux victoires."

“Par deux fois, en course, j'ai montré aux gens que j'étais le meilleur, au moins sur ce circuit-là, ce jour-là”, ajoute-t-il, heureux d’avoir pu rééditer ce succès après les émotions étourdissantes du Mugello. “Ça a été un gros soulagement, car s'il n'y avait eu que le Mugello peut-être que j'aurais été le héros d'un seul jour. Mais au Mans je me suis prouvé que je pouvais encore gagner des courses."

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Quelques erreurs mais aucun regret

À l’heure de refermer ce chapitre de dix ans, Danilo Petrucci assure ne rien regretter, estimant avoir en quelque sorte réussi un pari en atteignant le sommet du MotoGP et en s'y imposant malgré une carrière atypique et un physique peu adapté. Il a pourtant touché du doigt d’autres victoires et aurait pu ouvrir son compteur dès son arrivée chez Pramac.

"Je n'ai pas de regrets”, affirme-t-il. “C'est facile de regarder en arrière et de se dire que les choses auraient pu mieux se passer. C'est sûr, j'ai parfois fait des erreurs. Par exemple, en 2016 j'aurais peut-être pu gagner au Sachsenring sous la pluie, puis à Assen la même année j'étais en tête de la course quand ma moto a cassé.”

“Et en 2019, j'étais très rapide mais j'ai eu beaucoup de mal”, admet-il, en évoquant sa cohabitation avec Andrea Dovizioso dans l’équipe officielle Ducati, où il s’est senti inférieur à son coéquipier, déjà habitué à la lutte pour le titre. “Dans l'équipe, il y avait clairement un premier et un deuxième pilote", affirme-t-il, "alors j'en ai beaucoup souffert car même quand j'étais rapide je ne recevais pas toujours de considération. Au lieu de penser à moi, je me suis dit 'OK, maintenant je vais vous montrer qui je suis' et j'ai commencé à faire des erreurs et j'ai perdu la troisième place au championnat. Mais je peux dire que j'ai toujours fait de mon mieux, j'ai toujours essayé et je suis très content de ce que j'ai fait.”

Le clap de fin de son passage en MotoGP a donc aussi été la conclusion de deux saisons compliquées pour Petrucci, qui avoue ne pas avoir aimé ce qu'il a réalisé sur cette période. "Je dois dire que ces deux dernières années, je n'ai pas regardé les courses MotoGP. Vous savez, quand vous ne vous aimez pas, vous ne regardez pas le miroir, et regarder les courses était difficile pour moi", souligne-t-il, prêt à retrouver le plaisir de suivre les Grands Prix l'année prochaine, avec un favori déjà tout trouvé. "Un de mes meilleurs amis c'est Jack [Miller]. On se ressemble beaucoup, [...] parce qu'il vient vraiment de loin. J'aimerais le voir gagner, franchement. Il y a beaucoup de monde que j'encourage, notamment tous les Italiens, mais avec Jack j'ai une relation spéciale."

Avec Vincent Lalanne-Sicaud

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