Darryn Binder, le rookie sous-estimé ?

Darryn Binder arrive en MotoGP précédé d'une réputation entachée et des doutes qui pèsent sur le mérite de sa promotion. Le principal intéressé veut néanmoins s'affranchir des critiques pour faire ses preuves et ne pas gâcher ce qui est pour lui la réalisation d'un rêve.

Darryn Binder

Il est sans doute le rookie sur lequel les parieurs miseront le moins. Darryn Binder arrive en MotoGP cette année entouré de quelques moues dubitatives, pas très différentes de celles qui accueillaient le passage direct de Jack Miller du Moto3 à la catégorie reine en 2015, pour ne pas citer l'arrivée, elle aussi critiquée, de Fabio Quartararo après quatre années compliquées dans les petites catégories. Sans chercher à se comparer au parcours de ses prédécesseurs, Darryn Binder veut croire qu'il aura la force de passer au-dessus des critiques et de faire ses preuves.

À 24 ans, on ne peut pas dire que le Sud-Africain opère un passage précoce pour son âge (il est né la même année que trois autres des rookies de cette saison), ni même en termes d'années passées dans le Championnat du monde, puisqu'il a fait ses débuts, comme Bezzecchi ou Gardner, il y a sept ans. En revanche, contrairement à ses camarades de promotion, il a fait l'intégralité de son parcours dans la plus petite classe et sans parvenir à remporter plus d'une victoire.

Son patron d'équipe, lui-même, estime que ce passage en MotoGP à ce stade de sa carrière représente un risque, celui que le pilote puisse se brûler les ailes s'il ne parvient pas à convaincre. "C'est clairement un gros risque de passer directement [en MotoGP]", acquiesce Binder. "La question n'est pas de savoir à quel point on peut être rapide en MotoGP, mais combien de temps on peut rester. C'est l'élite de ce sport, on veut y aller et y rester aussi longtemps que possible. Donc c'est un gros risque, mais dans le même temps je ne pouvais pas rejeter cette offre. Ça ne m'importe pas vraiment, piloter une MotoGP a été mon rêve durant toute ma vie. C'est le rêve de beaucoup de gens et beaucoup ne pourront pas le vivre, alors je vais y aller et vraiment faire de mon mieux."

"Tout le monde veut accéder au MotoGP un jour, donc quand on a une opportunité comme celle-ci, on ne peut pas la refuser. C'est la plus grande opportunité que j'aie eu dans ma vie, alors je l'ai saisie des deux mains", souligne-t-il, assurant ne pas s'être torturé l'esprit de questions lorsqu'il a vu la porte s'ouvrir. Son plan initial, qui était de gravir les échelons avec l'équipe Petronas SRT, en passant du Moto3 au Moto2 avant d'accéder à la catégorie reine, était tombé à l'eau avec le retrait de la compagnie pétrolière et du circuit de Sepang qui sponsorisaient son équipe, alors pouvoir suivre Razlan Razali dans sa nouvelle aventure était une aubaine.

Et ce que les gens ont pu dire ? "Je m'en fiche complètement. Je n'ai pas de coach mental et je n'en ai absolument pas besoin. Je suis quelqu'un de parfaitement heureux. Je n'entretiens pas les conneries", résume-t-il, faisant preuve d'un grand calme, au moins en apparence, face à la pression qui pèse sur ses épaules. "Il y a eu des sentiments mitigés et beaucoup de commentaires différents, mais j'aurais été stupide de ne pas accéder au rêve que j'ai poursuivi toute ma vie. Quand quelqu'un vous offre une opportunité, il faut la saisir et en tirer le maximum."

Darryn Binder, RNF Racing

Darryn Binder

Dont acte. Darryn Binder veut convaincre, tout simplement. Il devra pour cela non seulement faire oublier cette promotion parfois incomprise, mais aussi le faux-pas avec lequel il a terminé son parcours en Moto3, en faisant tomber le dernier adversaire de Pedro Acosta dans la course au titre. Un accrochage qui faisait tâche, quelques jours seulement après l'annonce de sa promotion, et qui a ravivé le souvenir de critiques plus anciennes dont il pensait s'être libéré.

"Au final, je vais juste faire mon job, et mon job c'est de piloter et de faire de mon mieux. Évidemment, je veux laisser toutes les mauvaises choses derrière moi et avancer en repartant d'une nouvelle base, mais c'est difficile. J'ai essayé de le faire l'année dernière et, malheureusement, à la fin de l'année j'ai fait une erreur et tout le monde est remonté dans le même wagon", constate-t-il, lui qui a été la cible de critiques nourries après cet événement, dont il estime d'ailleurs que la couverture a été disproportionnée.

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Tout à découvrir et une vitesse à prouver

Aujourd'hui, il veut "prouver que [RNF] a eu raison de croire en [lui]" et n'espère qu'une chose, réussir à disputer de bonnes courses. "J'aborde cette saison comme n'importe laquelle. Bien entendu, j'ai changé certaines choses dans mon entraînement et j'ai élevé le niveau dans quelques domaines, mais j'ai passé une intersaison normale", explique-t-il, ayant surtout passé plus de temps en salle afin de gagner en force. Lui qui s'est trouvé en difficulté en Moto3 avec sa taille et son poids, et pense être plus adapté au format du MotoGP, il ne va pas s'inquiéter à ce stade des quelques kilos que cela peut lui faire gagner et que d'autres, pourtant, traquent sans relâche !

Ses compétences ? Il est le premier à y croire. "Au fond, ça reste une moto, avec deux roues, et je vais la piloter", résume-t-il, toujours aussi placide face à l'enjeu. Sa Yamaha YZR-M1 est pourtant un peu plus complexe que cela, et les essais d'intersaison le lui ont vite rappelé. En profitant des deux jours supplémentaires offerts aux débutants, il a eu neuf journées de roulage pour découvrir sa nouvelle monture avant d'aborder le premier Grand Prix qui se déroulera la semaine prochaine.

Il s'agissait, bien sûr, de prendre la mesure de sa puissance, de prendre ses marques avec les freins en carbone, mais aussi de comprendre les réactions des pneus dans différents types de conditions. Le travail a aussi beaucoup porté sur l'apprentissage de l'électronique et des cartographies, une totale découverte quand on vient du Moto3, mais une étape essentielle. "Ces réglages peuvent faire une très grosse différence. Ça peut transformer une bête dure à contrôler et qui vous tue en cinq tours, en une moto vraiment douce que l'on peut piloter pendant 20 tours. Ça fait une très grosse différence et je pense que c'est important de comprendre tout cela", observait-il en marge des essais, élève appliqué.

Darryn Binder, RNF MotoGP Racing

Darryn Binder

À l'issue des tests, Binder se félicitait d'avoir "progressé en permanence, tous les jours", mais c'est avec franchise qu'il pointait du doigt un rythme encore faible au regard des exigences de la catégorie. "J'aurais vraiment aimé faire de plus gros progrès, mais je dois accepter que j'en suis là. Il y a une grosse marche à franchir quand on vient du Moto3. Il faudra quelques journées de plus pour faire les progrès que j'espère", pressentait-il en quittant l'Indonésie. "Sinon c'était vraiment bien, j'ai beaucoup appris et au moins, maintenant, je me sens un peu plus prêt pour le Qatar."

C'est à Losail, la semaine prochaine, que l'on entrera dans le vif du sujet. Un objectif ? Darryn Binder n'en annonce pas. De trois ans plus jeune que son frère Brad, il veut se mesurer à son aîné au parcours brillant − Champion du monde en Moto3, prétendant au titre en Moto2 puis vainqueur de son troisième Grand Prix en MotoGP − mais sait qu'il en est loin pour le moment. Le petit nouveau pourra compter sur le soutien de son frère, ainsi que celui que lui a promis son coéquipier, le très expérimenté Andrea Dovizioso.

"Si je recherche de très bonnes informations au sujet des réglages et de ce qui concerne le MotoGP, je pense que la meilleure personne avec laquelle parler, ce sera clairement Andrea", estime-t-il, "car il est dans la même équipe que moi et sur la même moto, et il a beaucoup d'expérience. Bien sûr, mon frère est toujours là et je peux toujours lui parler, mais en ce qui concerne les réglages et ces choses-là il est sur une moto complètement différente. Ce qui ne fonctionne pas pour moi et ce qui ne fonctionne pas pour lui pourraient être deux choses complètement différentes."

Désormais, place à la course, le seul juge auquel il accordera sa confiance. "Je pense que ce sera une très bonne opportunité pour tout comprendre et vraiment apprendre, vraiment voir où je me situe", pointe-t-il. "Dans un test, on a toute la journée pour faire un tour rapide. Dans un week-end de course, on a des séances très courtes et il faut être bon quelles que soient les conditions. Je suis impatient d'être au Qatar, de voir où j'en suis, de prendre mes marques et d'avoir un point de départ pour travailler durant la saison."

Avec le calendrier le plus fourni de l'Histoire du MotoGP, Darryn Binder a 21 Grands Prix pour convaincre, une saison intense durant laquelle il espère pouvoir suivre son "chemin de petit bonhomme" en ne faisant de tort à personne.

Darryn Binder en quelques dates-clés :

  • 21 janvier 1998 : Naissance à Potchefstroom (Afrique du Sud).
  • 2014 : 13e de la Red Bull Rookies Cup.
  • 29 mars 2015 : Débuts en Championnat du monde, au GP du Qatar Moto3 (19e).
  • 23 octobre 2016 : 4e place au GP d'Australie.
  • 4 juin 2017 : 4e place au GP d'Italie.
  • 21 octobre 2018 : Premier podium, une 3e place au GP du Japon.
  • 31 mars 2019 : 2e du GP d'Argentine.
  • 27 septembre 2020 : Première victoire, au GP de Catalogne.
  • 18 octobre 2020 : 2e place au GP d'Aragón.
  • 4 avril 2021 : 2e du GP de Doha, après une 3e place la semaine précédente.
  • 21 octobre 2021 : Il est officialisé en MotoGP pour la saison 2022.
  • 18 novembre 2021 : Premier test avec la Yamaha YZR-M1, à Jerez.
  • 6 mars 2022 : Premier Grand Prix MotoGP, à Losail.

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