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La délicate adaptation d'un Razgatlioglu impatient au MotoGP

Il serait injuste de dire que l'adaptation de Toprak Razgatlioglu au MotoGP est lente. Elle prend toutefois suffisamment de temps pour titiller les nerfs d'un champion ambitieux et impatient.

Toprak Razgatlioglu, Pramac Racing

Photo de: Burak Akbulut - Anadolu - Getty Images

En accueillant Toprak Razgatlioglu dans ses rangs, le MotoGP a gagné un pilote star, qui s'est bâti une large fanbase en WorldSBK et apporte donc une visibilité nouvelle au championnat. Mais c'est aussi un compétiteur bourré d'ambition, et cela s'accompagne d'une grande impatience pour gravir les échelons vers le seul niveau qui l'intéresse : le sommet.

Il était logique que son adaptation à une nouvelle discipline lui demande du temps, cependant la tâche de Razgatlioglu est compliquée plus encore par la phase de transition que traverse Yamaha en ayant troqué son quatre cylindres en ligne pour un V4.

Gino Borsoi, son directeur d'équipe chez Pramac, dit à l'envi toute l'admiration qu'il voue au Turc pour l'attitude qui est la sienne dans cette période. "Toprak est venu ici parce qu'il veut montrer qu'il est rapide. Pour l'instant, il n'y parvient pas, pour plusieurs raisons. D'abord, parce qu'il manque d'expérience, et deuxièmement, parce qu'à l'heure actuelle, la moto ne le lui permet pas, c'est évident."

"Mais il a remporté trois titres de champion du monde et, évidemment, il n'acceptera jamais d'être derrière. C'est clair, je le comprends. Et je dois dire aussi qu'il se comporte très bien, parce qu'un autre que lui aurait probablement commencé à s'énerver bien plus tôt et à taper du poing sur la table", fait remarquer le responsable.

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Passé ce constat, il n'en demeure pas moins que Razgatlioglu doit faire la part qui lui revient, celle de l'adaptation pure et dure de son pilotage aux exigences d'une MotoGP. Et Gino Borsoi souligne volontiers le chemin restant à parcourir pour que le Turc devienne pleinement un pilote MotoGP.

"Selon moi, il doit encore améliorer, disons, sa 'mentalité MotoGP'. Je ne dirais pas de beaucoup, mais le processus est encore en cours. Il n'est pas aussi loin qu'au début. Disons que ses progrès sont clairs mais pas suffisants pour qu'il soit aligné sur notre paddock", explique le responsable italien.

Toprak Razgatlioglu, Pramac Racing

Toprak Razgatlioglu n'a pas tardé à marquer ses premiers points en MotoGP.

Photo de : Burak Akbulut - Anadolu - Getty Images

"Il doit encore s'améliorer sur plusieurs points pour être vraiment un pilote MotoGP. Et pas parce qu'il n'en a pas la capacité, mais parce qu'il manque d'expérience. Son principal problème pour l'instant, c'est de vraiment comprendre le comportement des pneus."

Week-end après week-end, Toprak Razgatlioglu décrit des difficultés presque inchangées avec sa M1, principalement centrées sur l'avant de la machine. "Honnêtement, il a beaucoup de mal avec l'avant, dans le fait d'arrêter la moto", confirme Gino Borsoi.

"Il se rend compte qu'il ne peut pas freiner comme il le souhaite. De temps en temps, il parle aussi du frein moteur, du fait que l'électronique ne fonctionne pas. Mais en réalité, c'est un ensemble de choses qui l'empêche de piloter [comme il faut]. Pour l'instant, c'est davantage la moto qui le pilote que l'inverse."

Pour l'instant, c'est davantage la moto qui le pilote que l'inverse.

"Il y a des moments, comme aux États-Unis, ou même dans la dernière partie de la course à Jerez, où c'était lui qui pilotait la moto. Il roulait plus vite à la fin qu'au début. Ça nous a ouvert une piste de réflexion et nous étudions maintenant la raison pour laquelle il parvient à aller plus vite à la fin qu'au début avec les pneus neufs. C'est absurde, mais c'est un point de départ qui peut nous aider."

Toprak Razgatlioglu, Pramac Racing offre un baklava à Gino Borsoi

Toprak Razgatlioglu et Gino Borsoi

Photo de : Hazrin Yeob Men Shah / Icon Sportswire via Getty Images

Après quatre Grands Prix, Toprak Razgatlioglu poursuit un travail sur lui-même pour freiner plus tôt. Il peine néanmoins à comprendre les variations de sa compétitivité, ayant en effet remarqué qu'il performe plus facilement une fois ses pneus usés.

"Il faut qu'on comprenne pourquoi quand j'ai des pneus frais et plus de grip, la moto ne s'arrête pas, alors qu'au bout de quelques tours je me sens bien mieux", faisait-il ainsi remarquer à Jerez. "Quand l'adhérence diminue à l'arrière, je sens que je pilote la moto plus facilement. Il faut qu'on comprenne ça."

L'aide précieuse de Dovizioso

S'il défend les couleurs de Pramac Racing, Toprak Razgatlioglu bénéficie plus largement de l'aide de Yamaha. C'est ainsi qu'il reçoit notamment les conseils d'Andrea Dovizioso, auxquels il accorde une attention toute particulière... mais qu'il avoue peiner à mettre en pratique.

"C'est un pilote très expérimenté, je lui fais confiance, je l'écoute toujours", explique Razgatlioglu. "Il est très important pour moi. Parfois, il regarde les choses de l'extérieur et il essaye toujours de m'aider à trouver comment faire."

"Il m'explique, mais ça n'est pas facile à faire. C'est un peu dur, il le sait, mais j'essaye en tout cas de lui faire confiance. Quand je le vois dans mon stand, je suis toujours content parce qu'il m'aide vraiment à comprendre le style MotoGP. On travaille parfois ensemble - enfin, souvent en fait. J'espère qu'on va trouver une manière de faire."

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Gino Borsoi ne doute pas que ce processus mènera Toprak Razgatlioglu à un pilotage plus adapté à ce que nécessite une MotoGP pour être exploitée pleinement. La grande question est toutefois de savoir combien de temps cela va prendre, même si personne d'autre que lui-même ne semble mettre la pression au triple champion du WorldSBK.

"Dès qu'on lui apprend quelque chose, il le comprend vraiment, il essaie de le mettre en œuvre immédiatement quand il reprend la piste", souligne le patron de l'équipe. "Combien de mois ou de saisons lui faudra-t-il pour faire partie des meilleurs pilotes en MotoGP ? Personne ne le sait, mais il est certain qu'il est talentueux et intelligent, donc j'espère [que ça viendra] vraiment vite."

Avec Vincent Lalanne-Sicaud

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