Pour Ducati, la place de Dovizioso n'est pas à remettre en question

Bien que les contrats ne puissent être signés à l'heure actuelle, Ducati assure, par la voix de Paolo Ciabatti, ne pas avoir de doute quant à son avenir commun avec Andrea Dovizioso. Quant à celui qui serait son coéquipier au-delà de 2020, il se trouve très probablement déjà dans le giron du constructeur.

Pour Ducati, la place de Dovizioso n'est pas à remettre en question

Depuis son domicile, où il se trouve confiné depuis maintenant un mois, Paolo Ciabatti, directeur sportif de Ducati Corse, a accordé une longue interview à Motorsport.com. L'occasion d'évoquer notamment les jeunes pilotes qui pourraient avoir le potentiel de représenter l'avenir, mais aussi un marché des transferts actuellement à l'arrêt, alors que la marque italienne s'est fait battre par la vitesse à laquelle Honda et Yamaha ont verrouillé cet hiver leurs meilleures options. Et Paolo Ciabatti a les idées claires : les pilotes officiels Ducati pour les deux prochaines années se trouvent sans aucun doute parmi cinq de ceux qui sont déjà liés au constructeur.

Cet arrêt soudain du championnat pourrait avoir des conséquences sur le marché des transferts. Va-t-on en revenir à des signatures de contrats en août, comme c'était le cas par le passé ?

Avant toute chose, il faut rappeler que Honda a signé avec Márquez pour quatre ans et pour eux le discours est donc clos, mais aussi qu'en février Yamaha a confirmé à la fois Viñales et Quartararo pour 2021 et 2022. Je dirais que nous vivons une période historique très tragique, car beaucoup de personnes tombent malades et malheureusement beaucoup ne s'en sortent pas. Personnellement, je crois que cela aura une influence sur la vie de tout le monde quand cette pandémie ne sera plus qu'un souvenir − bientôt, j'espère. Mais ce sera un souvenir qui laissera des traces et je crois que, dans le sport aussi, il faudra revoir certains des mécanismes avec lesquels nous avons géré les choses jusqu'à aujourd'hui. Il est difficile de savoir pour le moment ce que cela veut dire, mais nous devrons sûrement nous confronter à une réalité économique qui subira des contre-coups très lourds, et il faudra donc reconsidérer quelque peu la manière avec laquelle nous continuerons.

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Suzuki semble également proche de la prolongation avec ses deux pilotes. On peut donc dire que, pour Ducati, les meilleures alternatives pour les deux prochaines années se trouvent déjà en interne ?

D'après les informations que nous avons, Suzuki a l'intention de confirmer Rins et Mir. Quoi qu'il en soit, nous avons chez nous un pilote comme Andrea Dovizioso, qui est celui qui a gagné le plus de courses après Márquez ces dernières années et le seul à avoir essayé de rivaliser sérieusement avec lui pour le titre. Je ne crois pas que ce soit un pilote que l'on puisse ou que l'on doive remettre en question. Il est vrai qu'il a fêté ses 34 ans il y a quelques jours, mais pour un pilote en forme comme il l'est, c'est un âge qui permet de se projeter encore sur deux ou trois ans sans problèmes. Nous avons aussi Petrucci, qui a été très fort au test du Qatar. Une des raisons pour lesquelles nous avons été déçus de ne pas pouvoir disputer cette course est précisément la conviction que nous avions que Danilo pourrait s'exprimer à un niveau élevé : il est le seul à avoir fait une simulation de course complète et il l'a faite avec de très bons temps au tour.

Nous avons également Miller et Bagnaia chez Pramac, qui sont deux pilotes jeunes et parmi les plus grands talents actuellement en MotoGP. Pecco a connu un début difficile, mais nous savons que débuter sur une moto comme la Ducati ou la Honda est plus compliqué par rapport à des motos plus faciles comme la Yamaha ou la Suzuki. Et puis, il y a aussi Zarco avec la GP19 d'Avintia. C'est un pilote qui a déjà démontré qu'il était très rapide quand il était dans le team Tech3. Je dirais donc que nous avons cinq pilotes dont les contrats avec Ducati arrivent à échéance, mais qui entretiennent un rapport très étroit avec nous, alors raisonnablement ce sont vers eux que nous regarderons pour comprendre quelle pourrait être notre organisation pour 2021 et 2022.

Vous avez toujours dit que vous croyiez beaucoup dans Pecco Bagnaia, même quand il n'était encore qu'en Moto3. Lui a dit qu'il voulait à tout prix réussir avec Ducati, car il s'agit de la moto qu'il voulait plus que tout. Ça doit être appréciable d'avoir un pilote aussi motivé !

Quand nous nous sommes rencontrés pour commencer à évoquer la signature d'un contrat, Pecco était très motivé par le fait de passer en MotoGP avec Ducati. Je crois que son oncle était un très grand passionné de Ducati et depuis tout petit il a donc vu de près les motos de Borgo Panigale et il nourrissait ce rêve. Je crois que c'est une motivation supplémentaire pour un pilote qui a un très grand talent. Il a connu une saison difficile, sûrement plus difficile que ce à quoi nous nous attendions avec lui, mais dès lors qu'il trouvera les petites choses qui lui manquent, il sera le Pecco que nous avons vu à Phillip Island l'année dernière.

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Vous aviez repéré le talent de Bagnaia très tôt. Y a-t-il aujourd'hui des pilotes italiens qui vous intéressent tout particulièrement en Moto2 et en Moto3 ?

Cela fait longtemps que nous suivons certains jeunes pilotes italiens. Enea Bastianini est clairement un pilote que nous suivons, même si ces dernières années il n'a pas connu la courbe de résultats à laquelle on aurait pu s'attendre. Baldassarri a connu l'année dernière un début de saison spectaculaire, puis il s'est perdu. Cette année, lors de la seule course que l'on a pu voir, au Qatar, il a fait une très belle prestation.

Nous gardons toujours un œil sur le Moto2 et le Moto3, mais je crois que pour 2021 et 2022 nous ferons des choix parmi les pilotes que j'ai mentionnés précédemment, même si nous n'avons encore pris aucune décision. Mais nous avons Pramac, et aussi Avintia, une équipe qui a beaucoup progressé avec l'introduction de certains de nos techniciens. Ce sont deux équipes qui peuvent faire suivre à des jeunes le parcours que nous avons déjà connu avec Iannone et Petrucci, qui sont devenus pilotes officiels en passant par Pramac. C'est précisément pour cela que nous nous investissons beaucoup aussi avec les équipes que nous soutenons officiellement et nos équipes satellites.

Les États-Unis ont toujours été un marché important pour Ducati et vous avez eu par le passé des pilotes comme Nicky Hayden ou Ben Spies. S'il devait confirmer le niveau qu'il a affiché au Qatar, Joe Roberts pourrait-il être intéressant pour l'avenir ?

Il est vrai que le marché américain est très important pour Ducati et que nous avons un certain lien avec les pilotes américains. N'oublions pas non plus Ben Bostrom, qui aux temps du Superbike du début des années 2000 était devenu l'idole de nombreux passionnés − et de nombreuses femmes − car il était très fascinant. Joe, je le connais depuis longtemps, parce qu'il m'a été présenté il y a quatre ou cinq ans par un ami en commun, détecteur de talents, et je l'ai donc un peu suivi. Je suis très ami avec Eitan Butbul, qui est le propriétaire du team American Racing, et ces dernières années il m'a demandé beaucoup de conseils.

L'année dernière, Joe a connu une saison très en-deçà des attentes, parce qu'il faisait équipe avec Lecuona, qui a au contraire réussi à faire de belles courses. Cela me fait donc plaisir qu'il soit devenu le pilote que nous avons vu au Qatar. Il a beaucoup de talent, je ne sais pas à quel point lui-même croyait en ses capacités. L'année dernière, ils ont aussi eu comme problème le fait de courir avec la KTM, qui franchement durant la première partie de la saison n'était pas à la hauteur des attentes.

Cette année, je crois que l'arrivée de John Hopkins en tant que coach et le fait que l'équipe a désormais une année d'expérience en plus et qu'elle utilise une Kalex lui ont permis de montrer ce dont il est capable. Il est clair que l'on ne peut pas juger une saison sur la base d'une seule épreuve, mais il avait été compétitif lors de tous les tests et il l'a confirmé en disputant une très belle course. Et ce d'autant plus qu'il n'était pas habitué aux positions de tête en Moto2. Je crois qu'il a beaucoup mûri et qu'il a désormais une moto à la hauteur de la concurrence, avec une équipe qui a aussi intégré plusieurs techniciens italiens. Il est donc dans les meilleures conditions pour exprimer son talent.

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KTM a fait un choix très singulier en laissant le nom de sa marque sur une Moto2 dont pas même un boulon ne provient de chez eux… C'est un choix que vous pourriez faire vous aussi afin de créer une filière de jeunes talents ?

Il faudrait comprendre quelles sont les raisons qui ont poussé KTM à faire ce choix et le leur demander. Je pense qu'ils avaient des obligations contractuelles avec le team Ajo pour 2020 et qu'ils ont trouvé une solution afin de maintenir les engagements pris à la fois avec l'équipe et les pilotes, après avoir annoncé au GP d'Autriche leur intention de mettre un terme à leur programme de développement en Moto2 pour se concentrer sur le MotoGP et le Moto3. Il faut donc comprendre s'il s'agit d’une stratégie ou d'une décision tactique destinée à résoudre un problème avec des contrats existants.

En ce qui concerne Ducati, nous avons déjà dit il y a quelques années que nous aimerions réussir à réaliser une Moto3, mais il est tout aussi clair que ce n'est pas le moment, surtout aujourd'hui, de penser à un engagement de plus que celui que nous avons déjà. Réaliser une Moto3 compétitive ne serait pas un énorme problème, mais il faut y dédier de l'argent et des ressources humaines. En ce moment, plus que jamais, il nous semble nécessaire de concentrer nos efforts sur le MotoGP et le Superbike.

En dérivées de la série, justement, un "fils de" est en train de prendre du galon. Pourrait-on rêver de revoir un jour un Bayliss sur une Ducati ?

Je connais Oli depuis qu'il est né, car Davide Tardozzi, Ernesto Marinelli et moi-même entretenons avec Troy Bayliss un rapport qui dépasse le cadre professionnel. Nous sommes partis en vacances ensemble et je suis souvent allé chez lui à Monte-Carlo lorsqu'il y vivait. Je me souviens de ce gamin, avec les mêmes yeux bleus que son père, qui déjà faisait des glissades avec son tricycle à seulement deux ou trois ans. À la différence de son frère, Mitch, qui fait du full contact et de la boxe, Oli était déjà un petit clone de son père. Je sais que Troy lui a donné de nombreuses indications.

Il avait bien commencé le championnat australien à Phillip Island, mais il est encore tôt parce qu'il est très jeune. Je crois qu'il a 16 ans et demi, pas encore 17 ans, mais il grandit bien. On en parle souvent et Troy demande aussi des conseils à Davide Tardozzi. Je crois que l'idée est de réfléchir à ce qu'il pourrait faire au niveau mondial, que ce soit en Supersport ou en Moto2, quand il aura démontré qu'il peut gagner en Australie. Il faudra voir s'il aura le talent de son père, en ayant en plus pu commencer plus tôt. N'ayant pas de budget, Troy avait été carrossier et il a commencé à courir à 27 ans. Il a perdu une grande partie de sa carrière parce qu'il n'avait pas les moyens économiques pour se permettre de courir à moto. Oli, au contraire, a la chance d'avoir un père qui a bien gagné sa vie pendant sa carrière. Il est jeune, son père le suit et il est bon, mais il ne faut pas aller plus vite que la musique.

Propos recueillis par Matteo Nugnes

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