Pour Ducati, une "confiance mutuelle" a relancé Bagnaia

Relégué à près de 100 points au début de l'été, Pecco Bagnaia est désormais le favori pour le titre en MotoGP. Davide Tardozzi attribue la remontée de son pilote à un état d'esprit exemplaire en interne.

Pour Ducati, une "confiance mutuelle" a relancé Bagnaia
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Pecco Bagnaia peut remporter le titre mondial une course avant la fin de la saison alors qu'il a accusait un retard de 91 points sur Fabio Quartararo au début de l'été, après sa chute au Sachsenring. Les résultats ont depuis été en la faveur du pilote Ducati, pendant que son rival enchaînait les déconvenues, et Bagnaia a pris un avantage de 14 points en Australie.

Le retard accumulé en début de saison était le fruit d'une machine qui a mis plusieurs courses à concrétiser son potentiel mais aussi des erreurs de Bagnaia, à terre au Qatar, en France en Allemagne, ainsi qu'en Q1 au Portugal, ce qui a limité ses chances en course. Le Turinois a par ailleurs fait les frais de la chute collective du départ à Barcelone. Davide Tardozzi est impressionné par la remontée de son pilote dans un championnat pourtant mal engagé.

"[Nous avons connu] un début assez désastreux, pas seulement à cause des performances de Pecco mais aussi parce qu'on ne lui a pas donné la meilleure moto en début d'année", a rappelé le team manager de l'équipe Ducati officielle au podcast du MotoGP. "Je pense que Ducati a dû lui présenter ses excuses, en un sens, parce qu'il a fallu quelques courses pour que la moto soit au niveau qu'il méritait et appréciait. Cela a pris peut-être cinq courses. Quand on lui a donné les réglages et la moto qu'il appréciait, il a toujours été sur le podium ou à terre. Et quand il est tombé, hormis la première course au Quatar, il était toujours [dans les positions du] podium."

"Il est très performant, le package est très performant, donc il faut penser à ne plus refaire les erreurs des essais hivernaux et mieux commencer l'an prochain, mais Pecco a déjà fait son auto-analyse et s'est dit qu'il devait gérer certaines situations différemment, comme au Mans ou au Sachsenring, où la deuxième place était déjà assurée. Cela représente 20 points et on aurait remporté le titre à Phillip Island."

Comment un tel renversement de situation a-t-il été possible ? Pour Davide Tardozzi, l'état d'esprit en interne y est pour beaucoup : "Je pense que le plus important, c'est la relation très étroite que nous avons avec Pecco chez Ducati. J'estime que c'est la clé. On n'a jamais perdu la confiance mutuelle. Je pense que ça fait une grosse différence pour nous relancer."

Francesco Bagnaia, Ducati Team, fête sa victoire avec son équipe

Pecco Bagnaia félicité par son équipe après son succès à Misano

"Même après le Sachsenring, avec 91 points à combler, on n'a jamais renoncé. Ce ne sont pas que des mots. Quelques minutes après la chute, on disait que le titre était perdu, et quelques heures après, qu'il fallait travailler ou reprendre ces points. C'est ce qu'on fait. Je veux souligner la relation entre nous."

"On s'est dit qu'on avait le potentiel, la moto, qu'on ne pouvait pas renoncer à la lutte pour gagner", a ajouté l'Italien. "Les mécaniciens disaient que ce n'était pas fini, ils voulaient motiver Pecco. Les mécaniciens, son ingénieur, le responsable de l'électronique, ils disaient tous que ce n'était pas fini. [...] Son groupe était très resserré autour de lui. Je n'ai presque rien dit parce qu'ils faisaient mon travail ! J'ai dit bravo, c'était du bon boulot."

Tardozzi espère que le bon travail effectué ces derniers mois se poursuivra à Sepang, en mettant Bagnaia dans un état d'esprit lui permettant de conserver son calme : "Il faut que la situation reste aussi normale que possible mais j'ai la chance d'être entouré par des gens qui le savent. On en a discuté à Phillip Island, pour que le week-end soit vraiment normal ici à Sepang. L'équipe est vraiment calme et ils mettent Pecco dans un état d'esprit fantastique. Pecco m'a dit qu'il était serein ce matin, il est en paix avec lui-même. L'ambiance est incroyable dans l'équipe. Je pense qu'on pourra décrocher le meilleur résultat possible. Je ne sais pas si ça sera suffisant pour remporter le championnat mais je pense qu'on jouera nos cartes aussi bien que possible."

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Tardozzi s'agace des débats sur les consignes d'équipe

Davide Tardozzi estime que Pecco Bagnaia ne doit sa remontée au championnat qu'à son travail avec son équipe et pas à des consignes d'équipe. Depuis le Grand Prix de Saint-Marin, les débats sont incessants autour des instructions que la marque pourrait donner en faveur de son pilote phare, en s'appuyant sur ses huit machines, et dont une part importante es représentée à l'avant à chaque course. Certains moments ont suscité l'attention, quand Johann Zarco a préféré ne pas attaquer Bagnaia en Thaïlande, jugeant une tentative trop dangereuse, ou quand Marco Bezzecchi est resté derrière son compatriote à Phillip Island, précisant après la course qu'il n'avait pas le rythme pour prendre l'avantage.

Course après course, Ducati assure qu'aucune consigne formelle favorisant Bagnaia n'est planifiée mais que le mot d'ordre reste le même : ne pas tenter un dépassement trop agressif risquant de mettre le pilote de l'équipe officielle à terre. Aux yeux de Tardozzi, Enea Bastianini l'a notamment prouvé en attaquant Bagnaia dans le dernier tour à Misano puis sur le MotorLand Aragón, échouant la première fois mais atteignant son objectif la seconde. Quant au cas Zarco, il rappelle que l'initiative de ne pas porter d'attaque venait du Français.

"Je pense que ce qu'Enea a fait à Misano... J'ai entendu dire qu'Enea avait respecté des consignes à Misano... En finissant deuxième à 34 millièmes ? Un mètre de plus et il gagnait. On a vu ce qu'Enea a fait en Aragón. Est-ce une consigne d'équipe ? Johann Zarco en Thaïlande : tout d'abord, il était très rapide pour remonter et si on comprend la course, on sait que les pneus pluie, sur une piste sèche, se dégradent très vite, surtout à l'avant. Dans les mêmes conditions, d'autres pilotes comme Raúl Fernández, sont remontés et ont commencé à régresser d'un coup. Quand la surface s'assèche, le pneu avant surchauffe beaucoup et ne permet pas de freiner fort."

Francesco Bagnaia, Ducati Team, Johann Zarco, Pramac Racing

Johann Zarco est resté derrière Pecco Bagnaia en Thaïlande

"Deux tours avant, [Zarco] l'a fait avec Márquez, il a eu l'opportunité de le doubler, mais après il a pensé qu'essayer de doubler Pecco était dangereux. Márquez a tout fait pour doubler Pecco mais il n'a pas réussi ! Zarco a dit qu'il aurait pris trop de risques pour doubler Pecco et évidemment, il s'est dit qu'il était sur une Ducati. Mais c'était la décision de Johann Zarco. C'était sa décision, pas celle de Ducati !"

"Vous pouvez comprendre que [je sois passionné] parce qu'on voit des choses qui ne sont pas vraies, on lit des choses qui ne sont pas vraies. On connaît la vérité. Évidemment, on était très heureux de ce résultat et que Johann Zarco ait fait ça. Évidemment ! Mais c'était sa décision."

"J'ai toujours dit une chose : on ne donne jamais de consignes d'équipe avant le dernier moment", a insisté Tardozzi. "On dit aux pilotes de ne rien faire de trop dangereux entre pilotes Ducati. C'est la seule 'consigne.' Il est évident qu'à la dernière course, si une position donne le championnat ou pas, on donnera une consigne d'équipe. On n'est pas idiots ! C'est évident, tout le monde [le ferait]."

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