Édito - Le GP du Qatar, naufrage ou sauvetage ?

Une séance supplémentaire annoncée, puis rapidement annulée, samedi, et enfin une soirée de qualifications intégralement avortée. Que faut-il retenir d'un Grand Prix du Qatar perturbé par la météo ?

Samedi, pour la première fois en plus de six ans, le MotoGP a été contraint d'annuler ses qualifications. Un accroc au programme qui a alimenté bien des discussions et n'a pas été sans susciter la critique. S'il peut être jugé de bon ton de contester systématiquement les décisions des instances dirigeantes, on aurait parfois tendance à oublier la complexité des choix à opérer et à ne plus voir les évolutions positives qui s'opèrent avec les années.

Tandis que les responsables du championnat se démenaient, samedi, certains s'étranglaient à l'idée que les solutions très simples, évidentes, auxquelles ils pensaient n'avaient pas traversé l'esprit des dirigeants. Mais quelles leçons ont à recevoir les instances dans ce cas précis ? Ne pas avoir anticipé la pluie ? Ne pas avoir organisé au pied levé un plan B ? Avoir trop tergiversé avant de trancher ? Pas si simple…

Tout ceci pouvait-il vraiment être prévu ?

La pluie, d'abord. Elle avait déjà touché le circuit lors des essais Moto2 et Moto3 le week-end précédent et les prévisionnistes annonçaient depuis plusieurs jours que la météo serait mauvaise pour le Grand Prix et qu'il risquait de pleuvoir à un moment ou un autre. Mais chacun sait aussi que s'il est un élément en constante évolution et par conséquent impossible à anticiper avec beaucoup d'avance et avec exactitude, c'est la météo. Or, ce n'est pas une simple pluie qui s'est abattue sur Losail vendredi soir, c'était un déluge, d'une intensité telle qu'il en a surpris plus d'un. Des heures durant, le circuit situé en plein désert qatari a donc dû faire face à des quantités d'eau exceptionnelles.

Pour ne rien arranger, la malchance a également pesé dans le timing, car cette pluie très forte a décidé de jouer au chat et à la souris avec le programme de la compétition, en faisant son arrivée vendredi après la fin des essais et en se poursuivant jusqu'aux environs de 15h samedi. Cela posait un problème double : d'un côté, il avait plu de façon très virulente, mais d'un autre les orages avaient cessé depuis trois heures lorsque les MotoGP devaient entrer en jeu. En conséquence, on avait affaire aux plus mauvaises conditions qui soient, avec un circuit présentant des portions détrempées, voire des "rivières" traversant la piste, mais d'autres à peine humides et même sèches. Typiquement le genre de conditions qui bloquent les pilotes aux stands, dans l'impossibilité d'utiliser correctement les pneus slicks ou pluie.

La voiture de sécurite BMW

Quid d'un hypothétique plan B ? Il a bien été tenté d'en mettre un en place, avec l'ajout d'une séance supplémentaire au début du programme de samedi, cependant celle-ci a dû être annulée compte tenu, justement, des conditions. Il était bel et bien prévu d'organiser un test des pilotes MotoGP si la pluie touchait le circuit à l'heure des essais, or cela n'a pas été le cas ou en tout cas pas dans des conditions exploitables : dimanche à l'heure du départ de la course, l'averse s'est avérée trop modérée, tandis que samedi, la piste était (partiellement) mouillée, mais il ne pleuvait plus.

Pourquoi alors ne pas avoir réalisé un test le samedi matin, lorsqu'il pleuvait ? "Ça n'est pas si simple d'organiser cela, car les gens ne sont pas là et on ne sait pas s'il va pleuvoir ou non", s'est défendu Loris Capirossi lorsqu'il a été confronté à cette contradiction. "Nous avons bien vu que [vendredi] soir il pleuvait, aux alentours d'une heure du matin, mais, compte tenu du fort vent, il se peut que quand vous arrivez le matin ce soit sec, alors vous avez fait se déplacer 200 personnes pour rien."

Outre cette question logistique, un problème bien plus complexe encore aurait de toute façon pu s'opposer à un roulage, même de jour et même pendant l'averse, et c'est celui du manque de drainage, seule véritable raison avancée et martelée pour expliquer l'annulation des qualifications dans la soirée.

Quant au sujet de la visibilité sur piste mouillée et pendant une averse, Loris Capirossi a rectifié un malentendu, en arguant que les pilotes auraient bel et bien le dernier mot dès qu'ils auraient eu l'opportunité de rouler sur place de nuit et sous la pluie. C'est peut-être le comble de l'ironie que cela n'ait pas été possible durant ce week-end pourtant ô combien humide, mais que faire contre la volonté des cieux ? Il faut accepter qu'il n'y ait parfois pas de solutions, mais que des problèmes…

Un autre paramètre qu'il faut avoir à l'esprit, lorsque l'on veut envisager de modifier les horaires des essais sur le Grand Prix du Qatar, est que la fenêtre de temps permettant de rouler de nuit est particulièrement réduite, car il faut attendre l'obscurité tout en ne dépassant pas un certain horaire afin d'éviter une trop grosse chute des températures. C'est la raison pour laquelle il est organisé sur quatre jours (ou quatre soirées, disons) afin de maintenir le temps de roulage habituel pour les trois catégories.

Enfin, il a parfois été reproché aux instances dirigeantes de trop tergiverser avant d'en arriver à la conclusion que les qualifications allaient être annulées. Là encore, Loris Capirossi s'est défendu en mettant en avant le fait que tout avait été tenté. Alors oui, la journée de samedi a été longue et frustrante ; oui, le programme a changé plusieurs fois et de nombreux scénarios ont été évoqués sans se concrétiser. Mais, au lieu de retenir l'attente et les hésitations, ne devrait-on pas se réjouir d'avoir un championnat qui ose annuler ses séances, qui ose placer la sécurité au-dessus de tout le reste, qui ose laisser ses pilotes s'exprimer comme ce fut le cas notamment dimanche soir, à l'heure où aurait dû initialement s'élancer la course et où les concurrents ont fait valoir une piste humide dans plusieurs portions pour obtenir un délai ?

Le séchage de la piste

Certains ont parlé de naufrage de l'organisation, mais j'ai surtout vu des gens s'armer de patience et redoubler d'efforts des heures durant pour – restons dans la métaphore aquatique – garder ce Grand Prix à flot. Face à un cas de force majeure, il me semble au contraire que tout a été tenté durant ce week-end pour que la plus grande partie possible du programme soit maintenue, d'une part, et pour que les pilotes ne prennent pas la piste dans des conditions dangereuses, d'autre part.

Enfin des travaux à l'étude

Si l'on doit s'étonner d'un manque d'anticipation, c'est plutôt de celui qui fait que cette situation – le manque de drainage, entendons-nous bien – puisse s'être représentée huit ans après une première édition du Grand Prix du Qatar fortement perturbée par la météo. À l'époque, on s'étonnait qu'il puisse pleuvoir, et aussi fort, dans le désert, et il avait fallu des heures et des heures pour nettoyer la piste afin de pouvoir organiser la course le lundi soir, 22 heures après l'horaire initial (!), mais aujourd'hui il n'y a plus lieu d'être surpris par de tels caprices de la météo ni par les difficultés d'évacuation de l'eau à Losail, un circuit qui n'est absolument pas prévu pour de telles conditions. En revanche, on est en droit de s'interroger sur le fait que le circuit n'ait pas encore subi de travaux pour éviter qu'une telle situation, aussi exceptionnelle soit-elle, n'engendre à nouveau ces conséquences.

"Nous parlons déjà avec le circuit pour essayer d'améliorer beaucoup de choses, parce que les pilotes commencent aussi à se plaindre un peu de l'asphalte, qui est de 2004, date à laquelle la piste a été construite. Nous avons des plans pour l'année prochaine. Il nous faut tout planifier mais il est certain que nous ferons des travaux pour l'année prochaine", a promis Loris Capirossi.

Qu'il ait fallu attendre huit ans après le déluge qui avait pris tout le monde par surprise avant de penser tester la visibilité de nuit et sur piste mouillée, c'est un décalage qui peut, certes, prêter à sourire. Mais si, au lieu d'observer chaque événement à travers le prisme du verre à moitié vide et en pointant ce qui n'a pas fonctionné à la perfection, on s'autorisait à retenir plutôt le positif, les éléments encourageants ? Oui, il est aberrant qu'il ait fallu huit ans pour se saisir de la question, mais le test réalisé le mois dernier a au moins pour mérite de prouver que le dossier est ouvert.

Loris Capirossi

Loris Capirossi l'a également prouvé en personne. Après avoir souvent été le chef de file des pilotes sur les questions de sécurité, il est, depuis son retrait de la compétition, en charge de ces problématiques auprès des instances dirigeantes. Ce Grand Prix était d'ailleurs le premier qu'il vivait dans son nouveau rôle, celui de membre de la direction de course en tant que préposé à la sécurité pour le compte de Dorna Sports, le promoteur du championnat, et dans la soirée qatarie, samedi, il était au cœur de l'attention. Sous le feu des projecteurs, au propre comme au figuré. Il a arpenté la piste maintes et maintes fois afin de jauger son état, accompagné notamment par Franco Uncini. Une fois l'annulation des séances entérinée, il s'est présenté face à la presse, seul, pour répondre à une salve de questions pendant 20 minutes et expliquer ce qui venait de se passer.

Les Grands Prix moto existent depuis 1949 et leur Histoire, émaillée de tant de drames, a été marquée par plusieurs grandes figures, des pilotes qui n'envisageaient pas la course aveuglément, mais qui se battaient pour que la situation s'améliore, pour que leurs voix soient entendues. Aujourd'hui, les deux préposés à la sécurité auprès de la FIM et de la Dorna, intégrés à la direction de course, sont de cette veine-là. Doit-on s'étonner d'un mélange des genres et s'interroger sur le fait qu'ils ont franchi une supposée ligne rouge en rejoignant les décideurs ? Et si on se félicitait plutôt que l'intérêt des pilotes d'aujourd'hui soit défendu par ceux qui, hier, faisaient entendre leur voix non pas dans les bureaux des organisateurs, mais en piste ?

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