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Édito - Le parcours rêvé

Dans beaucoup de sports, atteindre le sommet cache bien souvent un parcours rude ainsi que la difficulté de réunir les composants permettant de démontrer son talent.

Le vainqueur Jack Miller, Marc VDS Racing Honda

Derrière les top guns du devant de la scène, la vie de certains pilotes peut aussi devenir un purgatoire.

S’il y a bien de quoi s’attarder sur l’éclosion d’un nouveau pilote, c’est surtout l’occasion de comprendre l’histoire qui a jalonné ce parcours, et tous les sacrifices consentis. Si l’implication et très souvent les investissements des proches sont des points communs, les Européens gardent l’avantage du territoire principal en termes de compétitions. Le réseau, les équipes, les championnats restent la référence sur le Vieux Continent.

Tout plaquer pour mettre son enfant en selle, c’est quasiment la norme comme trouver les ressources financières afin qu'il puisse s’illustrer. Quelle que soit la discipline, de Lewis Hamilton jusqu’à Jack Miller, il sont assez nombreux dans les coulisses des Grands Prix à postuler pour un destin identique. Aucune garantie n’est assurée, bien entendu, seule l’est celle du parent ou de l’ami qui parfois hypothèque sa maison, convaincu que le jeu en vaut la chandelle. Si les Espagnols ou les Italiens semblent toujours disposer de plus de possibilités pour faire leur chemin, les Australiens sont ceux pour qui l’enjeu est le plus important. Jack Miller n’a pas échappé à la règle.

L’aventure de la famille Miller est semblable à celle des compatriotes Stoner. Ces derniers ont aussi tout plaqué pour rejoindre l’Europe, vivant dans un bus aménagé et fourni gracieusement par l’équipementier Spidi. Je me souviens encore de voir ce véhicule dans un coin du paddock de Valencia, au milieu des essais du Mondial Superbike en février à l’aube du nouveau millénaire, dans cette zone qui ressemblait plus à un parking de supermarché. Une fois renseigné sur les occupants, le nom de Stoner peinait à trouver un écho dans l’univers d’alors, je sus que le jeune Casey se partageait entre les courses britanniques et le championnat espagnol.

Lui qui fut repéré par Alberto Puig, artisan de la filière Movistar dans laquelle il affûta sa gamme avec Dani Pedrosa, Chaz Davies et Leon Camier, allait prendre son envol vers la scène des Grands Prix grâce à cela, troquant l’asphalte du paddock espagnol pour le grand jardin de la grande demeure de Puig. Au passage, cet homme si souvent décrié a enseigné à ces pilotes une discipline de fer, semblant s’acharner sur Pedrosa, qu’il a accompagné pendant de nombreuses années. Et comme dans bien des cas, en discutant simplement avec lui, on comprend mieux ce qu’il s’est appliqué à leur transmettre. Eux, pour le coup, nous ont donné et nous donnent encore de sacrés moments de course.

Casey Stoner, Ducati Team

L’histoire pour les Australiens est la plus rude, et cela même quand on est aidé par Barry Sheene, comme Chris Vermeulen, ou par Wayne Gardner dans le cas de Broc Parkes. Regarder le chemin à parcourir quand on s’apprête à quitter sa terre natale n’a rien de bien attirant, et il est certain que cela façonne le caractère, que cela construit la volonté.

Les Américains, eux, ont connu des années fastes, aidés par un Kenny Roberts ayant ouvert une voie royale et un championnat national où constructeurs et sponsors ont investi beaucoup d’argent, permettant ainsi à beaucoup de pilotes d’arriver dans de meilleures conditions sur la scène internationale. Ben Spies semble pour sa part avoir refermé cette époque, la crise financière également, mais ses débuts ont été tout autant jalonnés de sacrifices, avec une mère cumulant jusqu’à trois métiers pour assumer les envies de courir du fiston.

Si seuls ceux mentionnés ont un nom qui nous dit bien quelque chose, c'est sans oublier tous les autres qui ont mis les mêmes énergies mais qui sont restés dans l’anonymat, le rêve ultime rangé au placard. Les sommes demandées par les équipes tout au long de l’ascension représentent le prix de plusieurs maisons cumulées, et autres biens qu’on ne retrouvera peut-être plus quand on est un parent. Chacun fait le choix de ce qui est bon pour lui et les siens, et ces vies hors cadre nous permettent de vibrer en regardant les courses. C’est aussi pourquoi, en 2011, en voyant un drapeau australien dans un fond de stand, sous une tente de paddock à Misano, je me suis aussi demandé : Jack Miller, qui c’est celui-là ?

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