L'engouement justifié autour de Pedro Acosta
On devrait bientôt en savoir plus sur l'avenir de Pedro Acosta, l'étoile montante du MotoGP, bichonnée par KTM. En seulement deux ans et demi dans les Grands Prix, le jeune pilote de 19 ans a déjà brillé, et ses débuts annoncés dans la catégorie reine ont suscité un vif engouement. Mais pourquoi ce gamin est-il si apprécié et est-ce justifié ? Nous avons rencontré Aki Ajo, son team manager actuel, pour le comprendre.
"Les pieds sur terre". C'est par cette expression, utilisée à plusieurs reprises durant l'interview qu'il a accordée à Motorsport.com lors du GP de Grande-Bretagne, qu'Aki Ajo dresse le portrait de Pedro Acosta, qu'il fait actuellement courir dans la catégorie Moto2. L'ancien pilote finlandais, aujourd'hui patron de l'une des équipes les plus réputées des petites catégories, le team Ajo Motorsport, sait ce qu'encadrer des champions signifie et il supervise actuellement le développement de l'un des plus grands espoirs du championnat.
La manière dont Aki Ajo s'exprime est directe, sans hyperboles ni euphémismes. Exactement ce qu'il faut lorsque l'on évoque un pilote qui pourrait bien être le grand talent de sa génération. Le MotoGP accueillera-t-il son nouveau Marc Márquez en 2024 ? L'avenir le dira, mais c'est en tout cas précédé d'une réputation dithyrambique que l'Espagnol va faire son entrée, ayant choisi d'appliquer le droit que lui réserve son contrat avec KTM.
Pour le constructeur autrichien, ce passage à la catégorie reine sera une nouvelle étape dans le développement continu d'un pilote chapeauté depuis ce qui est aujourd'hui connu sous le nom de Championnat du monde Junior FIM et la Red Bull Rookies Cup, série qu'il a remportée en 2020 avec 64 points d'avance sur David Muñoz.
Dans la foulée, Acosta devait rejoindre le team Prüstel GP KTM en Moto3. Lorsque cet accord est tombé à l'eau, KTM et Ajo Motorsport ont pris le relais et l'Espagnol a donc fait ses débuts dans les Grands Prix avec l'équipe finlandaise. Sur le podium dès sa première course, il a remporté une première victoire la semaine suivante, alors même qu'il avait été contraint de prendre le départ depuis la voie des stands. Voilà le tableau.
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C'est ainsi que Pedro Acosta, alors âgé de 17 ans, a pris la voie d'un premier titre de Champion du monde, obtenu de manière spectaculaire lors de l'avant-dernier Grand Prix de la saison, lorsque Darryn Binder a percuté Dennis Foggia, dernier rival de l'Espagnol au championnat, le mettant hors course.
Son passage en Moto2, toujours au sein de l'équipe Ajo, était déjà assuré à ce moment-là, mais ce titre dès l'année de ses débuts n'a fait qu'accroître les attentes à son égard. Après une blessure et des erreurs, il ne sera "que" cinquième l'année suivante dans la catégorie intermédiaire, mais déjà auteur de trois victoires. De quoi l'annoncer parmi les favoris pour le titre 2023 et, alors qu'approche le cap de la mi-saison, il occupe bel et bien la tête du championnat avec quatre victoires à son actif.
Pedro Acosta a remporté son premier titre de Champion du monde dès sa première saison en Moto3.
Sans avoir encore été officialisé et clarifié, le passage de Pedro Acosta en MotoGP pour 2024 est d'ores et déjà acté. Que KTM ait un réel problème à résoudre en ne disposant que de quatre motos pilotes sous contrat n'a que peu d'effet sur l'Espagnol. Dans sa tête, quoi qu'il arrive, il sera au guidon d'une RC16 lors des essais de Valence qui lanceront, en novembre, la préparation de la prochaine saison. À 19 ans, on pourrait facilement se laisser submerger par une telle perspective. Mais ce n'est pas son cas.
"Si vous êtes assez mûr dans votre tête et que vous pensez comme des personnes plus âgées, cela aide beaucoup", nous explique Aki Ajo à propos de Pedro Acosta. "Mais d'un autre côté, c'est l'équilibre dont on a toujours besoin pour vraiment s'amuser. Il ne faut pas être trop sérieux, il faut garder cet enthousiasme et ne jamais oublier pourquoi on est ici, parce que c'est tellement sympa de piloter des motos."
"Mais en même temps, si on le peut, [il faut] être assez mature, rester simple et se concentrer sur les bonnes choses", poursuit le Finlandais. "Je vois tellement souvent des pilotes et leurs familles se focaliser trop sur ce que les autres ont. Il est toujours important de rester simple. Si on veut améliorer ses performances, il faut se concentrer sur les points que l'on peut toucher, ne pas gaspiller son énergie sur des choses qu'on ne peut pas toucher."
"Pedro est vraiment doué pour ça et les autres champions aussi... Je ne veux pas donner de noms, mais d'autres bons gars avec qui j'ai travaillé dans le passé. C'est peut-être quelque chose de similaire chez les mecs qui sont forts."
Aki Ajo finira par comparer Pedro Acosta à Jack Miller et Brad Binder, eux aussi des produits de son équipe, en disant que l'Espagnol fait partie de "la dernière génération de gars de la vieille école". Les pieds bien sur terre.
Pedro Acosta est actuellement en tête du championnat Moto2, qu'il dispute pour la deuxième année.
La liste de talents ayant franchi les portes du team finlandais à un moment ou à un autre est kilométrique : cela va de Marc Márquez à Johann Zarco, en passant par Brad Binder, Jack Miller et Jorge Martín, pour n'en citer que quelques-uns.
Si l'on devait considérer les champions qui se démarquent dans leur génération, on pourrait en citer deux au cours de la dernière décennie : Marc Márquez et Fabio Quartararo. Le Français n'est pas passé par le système Ajo ou KTM, en revanche le #93 a remporté le championnat 125cc avec la formation finlandaise en 2010 : il avait alors décroché dix victoires et marqué en moyenne 18,2 points par manche tout au long des 17 Grands Prix de cette année-là. En 2016, Binder a gagné sept fois dans la catégorie Moto3, avec une moyenne de 17,7 points par course. Et Acosta ? Vainqueur six fois en 2021, il affichait une moyenne de 14,3 points par Grand Prix. Sauf qu'il était alors débutant, là où Márquez en était à sa deuxième année et Binder à sa cinquième.
Marc Márquez est celui qui, parmi les pilotes actuels de la catégorie MotoGP, a remporté le plus de victoires lors de la saison de son titre en Moto2 (neuf en 2012), tandis que Johann Zarco a obtenu une moyenne de points légèrement supérieure (19,5 en 2015). La première saison de Pedro Acosta, entravée par une fracture de la jambe, s'est révélée un peu moins bonne avec trois victoires et une moyenne de 8,85 points par course. Mais compte tenu des circonstances, et en comparaison de son coéquipier Augusto Fernández, titré cette année-là avec quatre succès et 13,5 points de moyenne, ce n'était tout de même pas si mal.
Et cette année ? Après neuf manches sur vingt, Acosta compte quatre victoires et une moyenne de 17,3 points par course. Un chiffre très comparable à celui qu'avait affiché Márquez en 2012. Certes, les résultats ne sont pas toujours révélateurs : l'unique victoire décrochée par Quartararo en quatre ans de Moto3 et Moto2 avant son arrivée surprise en MotoGP en 2019 ne laissait pas présager le titre et le statut qui l'attendaient dans la catégorie reine. Mais le talent dont est doté Acosta ne fait aucun doute.
Un bateau de pêche l'attend s'il ne réussit pas sa carrière
Ce talent n'est toutefois qu'un des éléments ayant fait de lui l'espoir le plus excitant du paddock. La course est son métier, mais il a réussi à le voir comme un privilège. Un privilège pour lequel il a travaillé dur, certes, mais quelque chose qui n'est en tout cas pas acquis et qu'il lui faut savourer. Cela se voit clairement dans ses interactions avec les fans, dans son sens du spectacle. Et ça, ça ne ressemble pas vraiment à ce que l'on voyait chez Márquez avant ces dernières années.
"J'avais l'habitude de dire à certains pilotes dans le passé que nous sommes des enfoirés de chanceux, et quand on s'en souvient chaque matin en ouvrant les yeux, il est ensuite tellement plus facile de se concentrer et de profiter de la journée", pointe Aki Ajo, qui décrit des racines familiales proches de celles d'un Maverick Viñales.
"Il comprend la chance qu'il a, qu'il a le talent qu'il a et l'opportunité que c'est d'être ici. Son père est pêcheur et possède un bateau de pêche, et son père lui a rappelé plusieurs fois quand il était jeune : 'tu ferais mieux de bien faire ce boulot, ou bien ce bateau t'attendra en mer'. Il dit que la pêche n'est pas un mauvais métier, mais [il ajoute] : 'j'ai de la chance d'être ici, j'aime mieux ça'. Les pieds sur terre, c'est important. Il a ça."
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Quand il a remporté sa première victoire au Qatar il y a deux ans, l'énorme réaction que cela a suscité l'a poussé à retirer quelque temps la carte SIM de son téléphone portable. Un coup d'œil sur ses réseaux sociaux montre un jeune homme qui ne se préoccupe pas d'avoir une vie censément parfaite. Peu de placements marketing, pas de voyages hors de prix… Cela ne veut pas dire qu'il y aurait quelque chose de mal à cela, et au fur et à mesure que sa célébrité s'accroît, son utilisation des réseaux sociaux va sans doute changer. Pour le meilleur ou pour le pire, cela fait partie de notre société de consommation et d'image.
Cependant, son approche actuelle de la notoriété est tout à fait conforme à celle qu'il a de la course. Et c'est ce qui sera une arme déterminante pour lui quand viendra le moment d'intégrer le MotoGP. La catégorie reine est impitoyable, alimentée par un vivier de talents qui gravit les échelons sans discontinuer, avec de nouveaux arrivants qui vous poussent vers la sortie si vous n'êtes pas à la hauteur alors que la porte d'entrée vient à peine de vous être ouverte.
Les attentes seront élevées pour la première saison de Pedro Acosta en MotoGP.
Et puis les attentes à l'égard d'un pilote KTM changent. Aujourd'hui, il n'est plus suffisant de monter de temps en temps sur le podium. Courir pour le géant autrichien exige des victoires et, bientôt, de se battre pour le titre. Or, depuis un certain temps, ces espoirs nourris pour le futur semblent liés à la croissance qu'aura Pedro Acosta.
L'excitation qui entoure le jeune Espagnol va sans aucun doute se traduire par des comparaisons aventureuses et beaucoup se demanderont s'il peut rééditer les exploits de Marc Márquez, champion dès sa première année en MotoGP. Et cet intérêt suscité par l'arrivée d'Acosta peut aussi donner une impulsion nouvelle à la médiatisation du championnat.
La pression est donc immense. Voici un pilote qui pourrait bien être considéré un jour comme l'un des meilleurs de tous les temps, alors que les stars actuelles se trouvent en difficulté et que le cours inexorable du temps mène impitoyablement les carrières les plus prestigieuse à leur fin. Il sera injuste, mais incontournable, d'attendre qu'Acosta se montre instantanément performant et peu de gens pensent qu'il ne sera pas à la hauteur.
"Je crois que Pedro fait partie de ces jeunes, l'un des rares parmi eux, qui aura un très bel avenir", affirme Aki Ajo.
Et tout cela avec les pieds sur terre. Voilà la manière de faire de Pedro Acosta.
L'approche de Pedro Acosta impressionne son patron d'équipe, Aki Ajo, autant que son talent.
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