Interview Michelin - "Des pneus très compétitifs, mais pas mal de chutes" (1/2)

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Interview Michelin -
Par : Léna Buffa
20 déc. 2015 à 11:45

Nous y sommes, Michelin est désormais le seul manufacturier aux manettes du MotoGP. Bridgestone a tiré sa révérence le mois dernier et la marque clermontoise a repris la fourniture qu'elle avait cessée il y a sept ans.

Le bonhomme Michelin
Eugene Laverty, Aspar Team
Andrea Dovizioso, Ducati Team
Publicité Michelin
Marc Marquez, Repsol Honda Team
Michelin adapte les roues de ses clients pour y installer des pneus
Valentino Rossi, Yamaha Factory Racing
Andrea Iannone, Ducati Team
Hector Barbera, Avintia Racing
Valentino Rossi, Yamaha Factory Racing

"Tout le monde a été très accueillant pour notre retour," se réjouit Pascal Couasnon, Directeur Compétition de Michelin, auprès de Motorsport.com. "N'oublions pas que nous avons quand même une sacrée histoire dans cette série. Nous sommes très heureux d'y revenir et nous savons qu'il va se passer plein de choses très positives."

S'il faut indéniablement laisser à Michelin le temps de retrouver ses marques en MotoGP et de peaufiner ses produits, force est de constater qu'avant d'en arriver au positif, la marque a dû composer avec les critiques. "Le changement, c'est toujours compliqué et il faut donc prendre un petit peu de recul," suggère Pascal Couasnon, tout en acceptant d'établir un bilan franc sur les premières difficultés rencontrées.

En cours d'année, vous nous disiez qu'il fallait faire attention à l'interprétation des chutes en essais, puisqu'ils avaient lieu au lendemain des Grands Prix avec des motos qui n'étaient pas encore réglées pour Michelin et des pilotes qui étaient toujours dans l'état d'esprit du Grand Prix. Avez-vous le sentiment que les essais de novembre ont permis aux pilotes et aux motos de commencer à s'adapter à leurs nouveaux pneus?

"Il n'y a pas eu énormément d'essais, mais nous avons pu voir deux choses pendant la séance organisée à Valence au lendemain du dernier Grand Prix. D'une part, que nos pneus étaient déjà très compétitifs et rapides : cinq pilotes ont roulé en 1'31 pendant la course [deux jours plus tôt, en Bridgestone, ndlr] et ils étaient une quinzaine à avoir franchi cette barre pendant les essais [en Michelin]. Par contre, il y a eu pas mal de chutes – des chutes sans gravité et c'est ce qu'il faut voir aussi. Il va falloir trois ou quatre séances durant lesquelles les pilotes seront à 100% sur les pneus Michelin, afin qu'ils prennent le feeling et qu'ils modifient légèrement leur stratégie de pilotage pour s'adapter."

"Un pneu a vraiment une signature. Est-ce que l'un est meilleur que l'autre? C'est toujours compliqué à dire. Je pense aussi qu'il va être difficile de complètement juger l'influence d'un paramètre plutôt qu'un autre. Il faut bien noter qu'il y a des changements d'électronique, avec désormais une électronique commune sur toutes les motos, et c'est un facteur supplémentaire d'adaptation pour les pilotes. Après une petite année de travail, je dirais qu'il y a eu des progrès significatifs. Par contre, c'est un challenge et nous le prenons très humblement. Nous progressons à chaque séance."

Ce dont les pilotes se plaignent surtout c'est d'un pneu avant moins précis que celui qu'ils avaient avant et de ne pas sentir venir ses dérobades. Est-ce un paramètre que vous pouvez rectifier?

"Nous y travaillons et, même si effectivement nous avons toujours ce type de commentaires, il y a aussi des commentaires disant que de gros progrès ont été accomplis depuis les premières séances d'essais. Oui, c'est une chose sur laquelle nous travaillons. Il est évident que cela va aller de mieux en mieux. Ce sera une combinaison de solutions techniques, d'adaptation et de léger changement de stratégie de pilotage pour que l'accord entre la moto, le pilote et le pneu soit meilleur."

On sait que Michelin échange beaucoup avec les pilotes et les teams pour faciliter cette adaptation. Avez-vous été impliqués dans la décision de Yamaha de déplacer son réservoir pour le positionner derrière le pilote? Pensez-vous que cela pourrait jouer en leur faveur?

"Non, nous essayons d'être impliqués le plus possible, mais les éléments d'architecture de moto restent la responsabilité des teams. Est-ce que cela va les avantager? C'est extrêmement difficile à dire. Il n'y a pas un paramètre que vous pouvez sortir et qui est indépendant. Si vous changez quelque chose, cela va induire d'autres conséquences, c'est toujours un ensemble. Il va y avoir des améliorations sur certaines performances et ce sera aussi aux ingénieurs de minimiser des conséquences potentiellement un peu moins positives dans d'autres domaines."

La grande qualité des Michelin c'est en tout cas le fort grip offert par le pneu arrière. Dans votre recherche du bon équilibre entre les deux gommes, est-il envisageable que le pneu arrière perde en grip pour faciliter cet accord?

"C'est quelque chose que nous regardons aussi, bien sûr. Néanmoins, quand nous discutons avec les pilotes, les teams et les organisateurs, ils nous disent : "Faites attention, restez quand même Michelin." Nous avons une signature et certains pilotes en sont très contents. Je dirais qu'il n'y a pas de solution miracle, pas de solution unique. Nous proposons quelque chose d'un peu différent et ce qu'il faut que nous arrivions à bien comprendre, en discutant avec l'ensemble de la famille MotoGP, c'est jusqu'où aller dans les évolutions de nos caractéristiques. Nous nous donnons un peu de temps pour que les pilotes comprennent le fonctionnement du pneu et se fassent plaisir aussi. Il faut qu'ils continuent à prendre confiance, à découvrir le pneu. De notre côté, nous allons continuer à travailler pour qu'ils aient un petit peu plus de feeling à la limite avec ce pneu avant."

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Séries MotoGP
Auteur Léna Buffa
Type d'article Interview