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Jack Findlay, le premier homme du Bibendum

L’implication du géant industriel français en Grands Prix moto ne date pas d’hier. Dès le départ, Michelin n’a pas tardé à trouver le chemin du succès et a ainsi posé les fondations de son histoire.

Jack Findlay, le premier homme du Bibendum

Pour trouver trace des premiers tours de roues de Michelin en Grands Prix moto, il faut remonter à 1972. Autre temps, autres mœurs, le terme de MotoGP n'existait pas encore, et Giacomo Agostini enchaînait les titres et se ferait bientôt chiper la couronne par son équipier Phil Read en 500cc.

Les motos, elles, parcouraient le monde sur des pneus plutôt étroits, à la technologie limitée, et à la surface rainurée. "À l’époque, les commissaires étaient totalement opposés aux slicks", commentait Jack Findlay, disparu en 2007. "Ils ne voulaient absolument pas nous voir prendre la piste avec des pneus lisses. Ces pneus modifiaient beaucoup le pilotage."

Mais la première victoire du manufacturier français dans la discipline reine des Grands Prix se déroula sur l'une des épreuves les plus célèbres du monde : l’Île de Man. Comme aujourd’hui, l'homme et sa machine y côtoyaient les éléments plus que n'importe où ailleurs, la moindre excursion sur les bas-côtés pouvant s'avérer fatale, en plus de conditions météo variables sur cette piste de 60 kilomètres. Une piste que les pilotes de GP d’aujourd’hui – comme Valentino Rossi, qui y a roulé en 2009 – considèrent comme trop dangereuse ! Mais l’Île de Man était un rendez-vous de choix dans le Championnat du monde des années 70, et une route particulièrement exigeante pour les pneus.

Alternant passages rapides à flanc de collines, traversées de villages à tombeau ouvert et 264 virages à négocier, la Snaefell Mountain Course – c'est le nom du tracé – est réservée aux braves. Malgré sa place au calendrier, le TT (Tourist Trophy) faisait l'objet de nombreuses critiques. La mort de l'Italien Gilberto Parlotti au guidon de sa Morbidelli, sous la pluie de l'édition 1972, persuada Agostini de ne plus y revenir l'année suivante. Conséquence de ce désamour parmi les habitués du Continental Circus, le plateau du Senior TT fut exempt des MV Agusta.

Le quintuple vainqueur sortant à la maison, la succession était alors grande ouverte. Sur une grille forte de 69 courageux prêts à affronter ce TT, il y avait Jack Findlay et sa Suzuki TR500 III à refroidissement par eau qui comptait enfin apposer son nom au palmarès de cette course unique. À 38 ans et après 15 tentatives infructueuses, le temps était venu de mettre à profit son expérience !

Habitué à préparer ses motos lui-même dans les paddocks, et vivant toute l’année dans sa caravane, l’Australien reçut dès le début de la saison le soutien de la firme nippone via l'importateur italien. Pour cette épreuve, il fut équipé de pneus Michelin PZ, une version permettant une surface de contact au sol plus importante que les autres gommes du marché. C'est donc avec un matériel de premier ordre qu'il débarqua sur l'Île de Man pour affronter les six tours de course.

"La véritable raison de ma venue chez Michelin, c’est Pierre Dupasquier [directeur de la compétition chez Michelin]. J’avais signé avec Suzuki Italie pour la saison 1972. Ils venaient de passer chez Michelin. J’étais un peu inquiet, à cette époque les pneus étaient globalement tout ce qui séparait nos fesses du bitume. J’ai signé et je suis resté avec Michelin."

Si Findlay était désigné comme un challenger de choix par les bookmakers britanniques, d'autres pilotes comptaient aussi monter sur la première marche du podium : Peter Williams, vainqueur de la classe 750cc, et Mick Grant (deuxième de cette catégorie) étaient aussi des spécialistes du TT.

Au guidon de sa 354 Yamaha, Grant prit l'avantage dès le premier tour. Au second passage devant les stands, l'Anglais de 39 ans porta même l'écart à près d'une minute sur Findlay. Ce dernier donna le maximum sur sa Suzuki en frôlant les murets, les gaz ouverts en grand. Dur au mal, Findlay serra les dents : sa main droite le faisait encore souffrir suite à un accident, un mois auparavant à Hockenheim. Il ne put nullement baisser le rythme, puisque Williams était dans ses échappements.

Findlay propulsé en tête

Le Senior TT étant l'épreuve la plus longue disputée au Tourist Trophy avec ses 360 kilomètres, les conditions de piste pouvaient piéger même les plus endurcis. Et la réputation impitoyable du TT frappa au troisième tour. Arrivé à la pointe nord du circuit dans la localité de Ramsey, le leader Grant glissa sur de l'huile déposée par la moto d’un autre concurrent. Quelques instants plus tard, Tony Rutter (le père de Michael Rutter, pilote le plus victorieux à Macau) détruisit lui aussi sa machine. Les deux hommes s’en sortirent indemnes, mais la course s'arrêta là pour eux.

Ce malheur fit le bonheur de Jack Findlay qui hérita du commandement. Pas le temps de souffler pour le plus Français des Australiens, qui entendit le moteur de la Matchless de Williams hurler dans son sillage à travers les vertes collines de l'île. À peine le temps de prendre sa respiration lors d'un bref ravitaillement à la fin du tour, et la bataille repartit de plus belle.

Plus que l'habileté des pilotes, c'est la mécanique qui allait définitivement assurer à Findlay sa première victoire au TT. Williams, en proie à des soucis d'hydraulique au niveau de son frein arrière, ralentit la cadence et assura un podium plutôt que de flirter avec la casse d’un élément aussi important sur ce tracé !

La hiérarchie allait rester figée jusqu'au baisser du drapeau à damier. À 163 km/h de moyenne, et après deux heures d’épreuve, Jack Findlay l'emporta avec plus d'une minute d'avance sur Williams. C'est sans conteste la victoire la plus gratifiante pour lui. Mais le pilote au casque frappé d'un bondissant kangourou ne fredonna pas l'hymne australien sur le podium : puisqu'il était détenteur de la licence française depuis 1963, c'est la Marseillaise qui retentit dans la ville de Douglas. Au terme de ce rodéo insensé, Findlay empocha la prime de 1000 livres !

Après ce fait d'armes, Jack Findlay poursuivit l'aventure avec Michelin et fut le premier pilote à utiliser les premiers sticks en 1974, deux ans avant le premier titre de Michelin avec Barry Sheene. Il fut aussi un pilote de développement important dans l'histoire de la compétition moto pour Bibendum, et expérimenta les dernières évolutions techniques. C'est en effet à lui qu'incomba la tâche de développer les premiers prototypes du pneu radial lancé durant la décennie suivante ; une gomme à la carcasse qui révolutionna la scène des Grands Prix et avec laquelle Freddie Spencer allait régner sur les Grands Prix.

Avec Rodolphe Coiscaud

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