Joan Mir chez Gresini, mais pas sur les traces de Marc Márquez
L'année prochaine, Joan Mir suivra le chemin emprunté par Marc Márquez en 2024, en quittant Honda pour signer chez Gresini. Cependant, les circonstances entourant ces deux changements n'ont rien à voir, tout comme les motivations qui les ont tous deux poussés à prendre cette décision.
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
L'analogie entre le transfert de Joan Mir vers Gresini la saison prochaine et celui opéré par Marc Márquez en 2024 est logique si l'on tient compte du fait que tous deux auront quitté Honda pour cette équipe, et qu'ils ont d'ailleurs fait équipe au HRC en 2023.
C'est là que le #93 a décidé de prendre le virage le plus radical de sa carrière en renonçant à sa dernière année de son contrat – et donc à quelque 20 millions d'euros - pour rejoindre l'équipe dirigée par Nadia Padovani et enfourcher une Ducati d'ancienne génération.
Ce qui a poussé Márquez à faire ce que beaucoup ont considéré comme un saut dans le vide allait au-delà d'une simple question technique. Cela relevait presque d'une réflexion philosophique : le pilote voulait savoir si son manque de résultats s'expliquait par les performances insuffisantes de la Honda ou si, au contraire, la raison se trouvait en lui.
En d'autres termes, Márquez voulait savoir s'il avait perdu l'essence même de ce qui l'avait conduit à pratiquement tout rafler depuis son entrée fracassante en MotoGP, avec six titres sur sept inscrits à son palmarès.
Le cas de Mir est différent, puisqu'il n'a jamais exprimé le moindre doute quant à son potentiel. C'est sans doute pour cette raison qu'il serait resté chez HRC si les responsables de la marque à l'aile dorée n'avaient pas laissé les mois s'écouler sans lui dire s'ils comptaient ou non sur lui pour l'avenir.
Son contrat expirait à la fin de cette année, or à chaque fois que ses représentants ont tenté d'organiser une réunion pour aborder le sujet, Honda a tergiversé. Voilà ce qui a conduit le Majorquin à chercher une autre solution.
"À Jerez, je n'avais aucune nouvelle de la part du management de Honda quant à la suite, et ce qui est clair, c'est que je ne crois pas mériter cela. C'est ce qui m'a fait changer d'avis et décider que je ne voulais pas continuer ici", déclarait Joan Mir mi-mai, visiblement déçu par la manière dont il avait été traité.
Nadia Padovani a accompagné la renaissance de Marc Márquez.
Photo de : Gresini Racing
Nadia Padovani, propriétaire de Gresini, une équipe à l'effet revitalisant sans pareil, a répondu à cet appel. Comme l'ont clairement montré les récents exemples de Márquez et de son frère Álex, mais aussi, auparavant, ceux d'Enea Bastianini et de Fabio Di Giannantonio, la structure italienne offre un environnement privilégié, à l'écart des projecteurs, propice à faire ressortir le meilleur de chacun.
Montrer le meilleur de lui-même, c'est précisément ce que Mir n'a pas pu faire jusqu'à présent chez Honda. Le constructeur le plus puissant du championnat est aussi une formation en pleine restructuration depuis de nombreuses années.
Motorsport.com croit savoir que le contrat de Mir avec Gresini a été signé au Mans, soit deux semaines après l'échéance de Jerez que mentionnait le pilote, même s'il a fallu attendre l'accord entre le championnat et ses constructeurs et équipes indépendantes pour l'annoncer.
La logique laisse penser que Joan Mir va désormais retrouver Frankie Carchedi, qui était son ingénieur chez Suzuki et avec lequel il a été sacré champion du monde en 2020. Curieusement, Carchedi a également été chargé d'accompagner le passage de Márquez de Honda à Ducati, en 2024. Le technicien italo-anglais pourrait cependant être le seul point commun entre ces deux cas de figure, par ailleurs distincts sur de nombreux points.
Frankie Carchedi, ici en 2022 aux côtés de Joan Mir chez Suzuki.
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Le défi auquel est confronté le pilote des Baléares est immense, et d'une nature très différente de celui auquel Márquez avait dû faire face. Tout d'abord, parce que ce dernier savait parfaitement quelle moto il voulait lorsqu'il a décidé d'accepter l'offre de Gresini.
D'ailleurs, cette proposition portait essentiellement sur l'aspect matériel, puisque le Catalan a couru gratuitement en 2024, ne percevant que les rétributions correspondant aux contrats qu'il détenait avec ses sponsors personnels.
Avant que l'arrivée de Mir chez Gresini ne soit confirmée, Motorsport.com avait demandé au Majorquin s'il oserait suivre la même voie que celle tracée par son ancien coéquipier, et sa réponse laissait alors entrevoir que la nature des deux accords est similaire : "À l'heure actuelle, je serais effectivement capable de courir sans être rémunéré."
L'incertitude entoure la moto de 2027
Pour en revenir à l'aspect technique, Márquez a couru il y a deux ans sur une Desmosedici GP23, moto avec laquelle Pecco Bagnaia avait remporté l'année précédente son deuxième titre. Une machine que l'on disait alors être la moto parfaite, et qui l'a prouvé à travers ses statistiques de 2023 : 13 victoires, 30 podiums cumulés et 11 poles, en 20 Grands Prix.
La certitude dont pouvait faire preuve Márquez au sujet de la qualité de cette moto contraste fortement avec l'incertitude générale qui règne autour du niveau de compétitivité qu'offrira chaque machine en 2027. Le matériel répondra en effet à un nouveau règlement technique.
Là où le multiple champion du monde a pu s'appuyer sur les informations que lui transmettait son frère, qui connaissait déjà bien la Desmosedici, Mir part à l'aveugle. Et il pourra difficilement s'appuyer, du moins au début, sur les données de celui qui sera son coéquipier, le rookie Dani Holgado.
À tout cela, il faut en outre ajouter un autre aspect important qui influera sur le développement de la moto. En effet, même si les six pilotes qui courront avec une Ducati la saison prochaine le feront avec la même conception de base, seuls quatre d'entre eux bénéficieront d'améliorations en cours de saison.
Les premiers à en profiter seront logiquement Marc Márquez et Pedro Acosta, le duo de l'équipe d'usine, et il semble que Fermín Aldeguer, chez VR46, et Joan Mir, chez Gresini, en bénéficieront également. Reste à voir, en tout état de cause, si cette répartition restera inchangée une fois qu'il sera confirmé que Nicolò Bulega sera l'élu pour accompagner Aldeguer au sein de l'équipe de Valentino Rossi, un choix défendu par le constructeur.
Enfin, la récente prolongation de contrat de Marc Márquez, qui restera en rouge jusqu'en 2028, et l'arrivée de Pedro Acosta dans le groupe mettent en évidence une autre grande différence entre le chemin pris par le #93 il y a deux ans et celui que s'apprête à emprunter Joan Mir.
Le premier s'était en effet fixé entre autre objectif de prouver à Ducati qu'il méritait d'intégrer l'équipe officielle dès 2025 – ce qu'il a réussi à faire –, le second sait déjà qu'il n'y aura pas de place pour lui, du moins pas avant 2029.
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