Martín concrétise son retour au sommet : "Tellement heureux et reconnaissant !"
Il y a près d'un an, Jorge Martín se blessait grièvement au Qatar. Aujourd'hui, il fête sa première victoire avec Aprilia, la première aussi depuis son titre et toutes les épreuves qui ont suivi.
Depuis le sprint de Sepang, en novembre 2024, Jorge Martín n'avait plus connu l'ivresse de la victoire. Lui qui a tout vécu depuis cette date, du sacre jusqu'à la douleur et l'angoisse que lui ont transmises de graves blessures l'an dernier, il a renoué avec le succès ce samedi en remportant la course sprint d'Austin.
Autrefois si dominateur dans cet exercice, il s'impose pour la 17e fois dans ce format. Mais celle-ci a des airs de première fois, tant son parcours a été tortueux pour remonter ainsi au sommet.
Après une année 2025 cauchemardesque, Martín a cependant entamé cette nouvelle saison à la perfection, avec une cinquième et une quatrième places en Thaïlande, puis une troisième et une deuxième places au Brésil. Il a donc logiquement poursuivi sur cette lancée pour aller chercher la médaille d'or au Texas, et même prendre la tête du championnat au passage.
Sa course, Martín l'a construite très intelligemment. D'abord avec un très bon départ l'ayant placé quatrième dès les premiers virages, puis en réussissant à rapidement se défaire de Joan Mir et de Pedro Acosta. Lorsqu'il s'est installé en deuxième position, Pecco Bagnaia avait déjà pris 1"2 d'avance, mais le pilote Aprilia en avait en réserve. Il était en effet le seul à avoir choisi le pneu arrière medium, plus endurant que le soft privilégié par ses adversaires.
Bien que dépassé par Marco Bezzecchi dans le septième des dix tours de ce sprint, Martín n'a rien lâché. Son coéquipier est vite parti à la faute, libérant un boulevard devant lui, et ce alors que Bagnaia lâchait du lest, en proie justement à des vibrations avec un pneu désormais bien usé. C'est dans le dernier tour que tout s'est joué, avec un dépassement imparable de Martín sur celui qui fut son rival pour le titre il y a deux ans : la victoire était à lui !
Dans l'émotion que ce succès lui a transmise, Jorge Martín a fait le show, et sans doute plus qu'il ne l'aurait souhaité ! Il a d'abord cassé la bulle de son Aprilia d'un poing rageur, avant… de tomber en manquant son atterrissage après un wheelie festif ! Peu importe qu'il ait finalement été ramené au parc fermé par la voiture médicale, le vainqueur du jour est tout à sa joie lorsqu'il a répondu aux questions des journalistes, parmi lesquels se trouvait Motorsport.com.
Jorge, hier tu disais avoir mal à la main gauche : comment vas-tu aujourd'hui ?
Physiquement, on a plutôt bien travaillé hier. J'avais mal hier soir, mais on a réussi à faire en sorte que l'inflammation diminue et, ce matin, je me sentais super bien. Maintenant, j'ai assez mal à la main gauche. Je pense que l'effort a été énorme, j'ai attaqué dans chaque tour jusqu'à la fin. Quand j'ai vu que je pouvais gagner, je me suis donné à 110%. Du coup, on a encore beaucoup de travail, comme hier, pour faire disparaître cette inflammation et que je sois prêt pour demain.
Tu t'es donné à fond… jusque dans le tour d'honneur !
C'était à fond ! Le wheeling… je savais que j'allais tomber à un moment donné. Parce que j'ai mis la seconde, puis la troisième, et j'ai vu que la moto ne se cabrait pas, alors je ne contrôlais plus l'avant. Quand j'ai mis la quatrième et que j'ai touché le sol, je suis tombé. Je suis désolé pour l'équipe. Mais aujourd'hui, ils seront contents de travailler [sur la moto], alors ça n'est pas un souci !
Jorge Martín (Aprilia Racing Team)
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Tes freinages ont été impressionnants, on avait l'impression que tu pouvais faire ce que tu voulais sur la moto. Qu'est-ce que ça fait de ressentir ça à nouveau ?
Pendant toute la course, j'ai gardé beaucoup de marge au freinage, jusqu'à ce que je sois obligé de freiner [fort]. Dès que j'ai dû le faire, j'ai tout donné et j'ai doublé Pecco. Je pense que j'étais vraiment à la limite, car l'avant bougeait et je ne savais pas si j'allais m'arrêter. Il allait peut-être sortir de la piste ou quelque chose comme ça.
J'ai vu que Marco était assez fort dans le virage 11, mais il est tombé. J'étais moi-même assez fort dans le virage 1 et j'y récupérais beaucoup de terrain. Globalement, mes sensations et l'équilibre de la moto étaient tout le temps meilleures avec le pneu medium, c'est pour ça j'ai opté pour ce pneu.
La semaine dernière, tu semblais beaucoup plus ému après ton podium dans le sprint, alors que tu parais plutôt calme ici. À quel point les résultats de la semaine dernière ont-il compté pour obtenir celui-ci ?
C'est incroyable ! On a fait cinquième, quatrième, troisième, deuxième, et maintenant premier. Hier, lors de la réunion avec l'équipe, je leur ai dit d'oublier la victoire, que je voulais juste faire des podiums et peut-être de bons résultats, pour renforcer ma confiance, et finalement aujourd'hui, on est premiers.
Mais c'est vrai, c'était beaucoup plus fort émotionnellement au Brésil. Maintenant, on est de retour dans le game, on est tout le temps dans le top 5, tout le temps compétitifs. En fait, Austin était une course importante pour moi, une sorte d'inconnue, disons, parce que je ne savais pas comment la moto allait réagir sur ce circuit vraiment étrange. Mais on est compétitifs, et on sera rapides toute la saison.
Vous ne pouvez pas imaginer à quel point j'étais au plus bas la saison dernière, je ne voulais vraiment pas revenir, et maintenant, me voilà.
Quand as-tu réalisé que tu allais gagner ?
Je savais que Marco était un peu plus rapide, mais quand il m'a dépassé, j'ai vu qu'il me ralentissait. Alors je me suis dit : "OK, maintenant je suis plus rapide avec le pneu medium". Et puis, quand il est tombé, j'ai juste vu que Pecco ralentissait un peu, alors j'y suis allé à fond.
Jorge Martín (Aprilia Racing Team)
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Quand tu étais à l'hôpital, au Qatar, si on t'avait dit que tu serais de retour à la victoire un an plus tard, tu aurais dit que c'était impossible ?
J'étais sous Fentanyl, alors si on m'avait dit ça j'aurais peut-être répondu "Ouais, bien sûr, je vais gagner à nouveau" ! Mais oui, c'est fou. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point j'étais au plus bas la saison dernière, à quel point j'étais déconnecté de ce monde, du MotoGP. Je ne voulais vraiment pas revenir, et maintenant, me voilà. Je suis tellement heureux, tellement reconnaissant envers Aprilia. Ils m'aident énormément à retrouver mon niveau, alors merci beaucoup à eux.
Après ce qui s'est passé l'an dernier, te sens-tu plus fort que l'année où tu es devenu champion ?
J'ai l'impression de toujours chercher à m'améliorer. Deux ans ont passé, donc je suis meilleur qu'en 2024, mais c'est le cas pour tout le monde. Le niveau ne cesse de s'élever, c'est comme ça en MotoGP et dans le sport en général. Mais je travaille dur pour être toujours la meilleure version de moi-même.
Tu penses au championnat ?
Non. Même en 2024, je ne pensais pas au championnat. Je me concentre sur chaque course, chaque jour, et on verra en novembre si on a une chance.
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