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Analyse

Le titre de Jorge Martín, fruit d'une métamorphose mentale

Avant, Jorge Martín avait peur de ne pas être champion et il en faisait trop. Aujourd'hui, aidé par un psychologue qui lui a appris à ne plus être obsédé par la victoire, le voici apaisé dans son approche des courses... et champion.

Jorge Martin, champion du monde MotoGP 2024

Photo de : MotoGP

Sa fin de championnat 2023, lorsque sa première lutte pour le titre lui a fait perdre le sommeil et l'a vu en difficulté pour gérer ses émotions, a poussé Jorge Martín à rapidement réagir. L'Espagnol a fait appel à un psychologue du sport, Xero Gasol, afin de travailler l'aspect mental de son approche du MotoGP, dont il a compris qu'il s'agissait de son talon d'Achille.

Au moment de fêter son titre, un an après sa défaite face à Pecco Bagnaia, cette nouvelle figure d'importance dans son entourage était là, l'observant de loin à son retour au parc fermé. Habitué du sport de haut niveau, Xero Gasol connaissait bien plus le football et le hockey que le MotoGP, dont il n'a découvert le paddock qu'au GP de Catalogne, au mois de mai. C'est le manager du pilote, Albert Valera, qui les a mis en contact, et l'homme lui a apporté un regard neuf, lui offrant un soutien des plus solides tout au long d'un championnat que le Madrilène s'était donné pour mission de remporter.

Discret, le psychologue est resté en permanence en lien avec Martín. Ils se sont vus, ont échangé en visio ou par message. Dans les moments difficiles, Xero Gasol a apporté son écoute, comme au GP d'Allemagne, où le pilote Pramac Racing est tombé alors qu'il était en tête. Son premier réflexe en rentrant au stand a été de se diriger vers le camion de son équipe et d'y appeler le psychologue pour lui relater les faits.

Et, peu à peu, Jorge Martín a changé. Plus serein, tant sur la moto qu'en dehors de la piste, il a compris que sa stratégie devait muer. Chercher la victoire à tout prix pouvait se retourner contre lui, ce qu'avait démontré sa saison 2023 où bien que très performant, il a manqué de régularité. En 2024, ses résultats ont opéré une bascule : en 20 Grands Prix, il n'a glané "que" trois victoires mais 16 podiums, auxquels se sont ajoutés sept succès en course sprint. Cela lui a valu un record de points et un titre arraché à Bagnaia, pourtant victorieux 11 fois.

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Encore dans les effluves de champagne à sa descente du podium de Barcelone, le nouveau champion du monde a tout de suite salué son nouvel acolyte. "Cette année, j'ai beaucoup travaillé avec mon psychologue, Xero, qui m'a aidé à perdre la peur de ne pas gagner, à courir sans avoir peur de perdre et à le faire pour l'espoir de gagner", a-t-il expliqué.

Le doute, la peur de ne pas y arriver, c'est cela que le psychologue a cherché à éradiquer de l'esprit du pilote. "J'ai vraiment eu du mal avec ma santé mentale. La saison dernière a été bonne, même si après avoir pris la deuxième place j'étais assez satisfait, mais dans l'ensemble, j'ai commencé à avoir beaucoup de peurs. J'avais très peur de ne jamais devenir champion MotoGP", a expliqué Martín.

"Grâce à mon coach, j'ai beaucoup progressé. J'étais plus concentré sur l'espoir de victoire que sur la peur de perdre. Si je perdais, OK, je n'allais pas mourir, la vie n'allait pas s'arrêter là. J'avais un gros espoir de victoire, pas seulement pour moi mais pour mon équipe, pour mes proches, pour ma famille, mes plus proches. Ça m'a beaucoup aidé."

Jorge Martin, Pramac Racing

Jorge Martín assume totalement avoir cherché de l'aide pour mieux gérer ses émotions.

Photo de : Dorna

Dans un portrait réalisé par Red Bull, Jorge Martín explique comment ses doutes l'ont poussé à trop en faire en 2023 : "Parfois, il faut que je me montre plus cool et plus relax, que j'essaye de mieux analyser les situations. Par exemple, la saison dernière à Lombok, je menais de trois secondes [et je suis tombé]. Ça n'avait aucun sens de faire ça… Il valait mieux finir quatrième que ne pas finir du tout." Ses progrès, cette année, ont été concentrés sur ses "émotions, [sur] le contrôle des impulsions et la gestion des moments critiques".

Pour gagner, il a éliminé de sa tête l'obsession à l'idée de gagner… "Je veux apprécier le processus, apprécier l'entraînement, et au final le fait de gagner est une conséquence de tout cela. Si vous faites bien tout le travail, vous êtes concentré, et ensuite les conséquences de cela font que vous gagnez. Alors je ne suis pas obsédé par la victoire. Je suis plus obsédé par le processus."

La confiance, un atout qui s'apprend

Avec quelques jours de recul sur son premier titre dans la catégorie reine, lorsqu'il est interrogé par Motorsport.com sur ce qu'il a pu découvrir sur lui-même au cours de cette année charnière, Jorge Martin répond : "J'ai appris à me faire beaucoup plus confiance. J'ai toujours eu beaucoup de doutes. J'étais très négatif quand j'étais enfant. Je faisais la Red Bull Rookies Cup et je me disais que je n'allais pas être renouvelé, que je ne serais pas capable d'atteindre le championnat du monde. Petit à petit, je me suis prouvé que j'étais capable d'atteindre ces objectifs."

Avant, il fallait que je réussisse quelque chose pour me convaincre que j'en étais capable. Là, j'ai cru que j'en étais capable avant de réussir.

"Cette année, j'ai vraiment cru en moi avant de gagner le titre", poursuit-il. "Avant, il fallait que je réussisse quelque chose pour me convaincre que j'en étais capable. Là, j'ai cru que j'en étais capable avant de réussir. C'est quelque chose que j'emporterai avec moi à l'avenir."

Lui qui transmet l'image d'une grande assurance, frôlant aux yeux de certains avec de l'arrogance, il conçoit que ces questionnements profonds ne correspondent pas vraiment à l'idée que l'on se fait de lui : "Oui, peut-être. Cette année, j'ai été beaucoup plus calme, j'ai été moins impulsif et j'ai pu garder mon calme dans les moments où ça allait mal, qui n'ont pas été nombreux. Tout cela m'a aidé, non seulement moi mais aussi mon équipe, parce que j'ai pu m'exprimer plus clairement sur ce que j'attendais de la moto."

Jorge Martin, Pramac Racing

Jorge Martín, champion du monde MotoGP 2024.

Photo : Dorna

Cette force intérieure qu'a trouvée Martín a effectivement été un moteur pour tout son groupe de travail. Gino Borsoi, team manager de l'équipe Pramac, le reconnaît aisément, y voyant la clé du titre de son pilote : "Il est certain que l'une des clés de nos succès cette saison a été l'aspect mental de Jorge. Nous avons fait cette saison en adoptant une meilleure stratégie en tant qu'équipe. Jorge est devenu beaucoup plus fort dans sa tête et je pense que tout cela nous a aidés à atteindre l'objectif."

Le nouveau champion du monde n'a donc rien caché de l'importance qu'a prise pour lui le psychologue qui l'a accompagné à chaque étape de cette quête. Dans la lignée d'autres pilotes de sa génération, comme Fabio Quartararo, il contribue à changer le regard des acteurs du MotoGP, et au-delà, sur le soutien psychologique, et y voit une normalité.

"Cela semble être un sujet tabou. Certains pensent qu'avoir recours à un psychologue est un signe de faiblesse, mais c'est en fait tout le contraire", nous fait-il remarquer. "Je le vois comme une preuve de force car cela montre la volonté de s'améliorer. Personne n'est parfait, nous avons tous des faiblesses que nous pouvons renforcer. Un psychologue ne va pas vous faire de mal. Tout ce qu'il fait, c'est fournir des outils que l'on peut choisir d'utiliser, si on le veut." Et Jorge Martín a clairement su utiliser ces outils.

Avec Vincent Lalanne-Sicaud

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