Malgré ses soucis financiers, KTM maintient l'investissement en MotoGP
KTM traverse des difficultés financières qui vont mené à une réduction des effectifs et à une baisse de la production. La marque souhaite en revanche préserver les ressources consacrées au MotoGP.
Photo de : Rob Gray / Polarity Photo
KTM ne se porte pas bien. Avec des chiffres en berne, le constructeur autrichien traverse une mauvaise passe sur le plan financier, et les nouvelles inquiétantes s'enchaînent depuis quelques jours. KTM a vu ses ventes dégringoler de 27% au cours du premier semestre de l'année 2024, ce qui a entraîné plusieurs vagues de licenciements.
Le groupe, qui possède aussi les marques GasGas et Husqvarna, s'est séparé de 309 employés dans la première moitié de l'année, de 200 de plus en août, et de nouvelles réductions de postes, touchant entre 280 et 300 personnes, sont prévues pour les prochaines semaines.
La fabrication des motos va être drastiquement réduite au cours des prochains mois. Les lignes de production vont passer de deux shifts quotidiens à un seul selon le quotidien Oberösterreichische Nachrichten, et elles seront même à l'arrêt en janvier et février. Au total, 1000 employés seront au chômage technique, avec l'équivalent d'un salaire de 30 heures hebdomadaires qui leur sera versé.
Sur le plan financier, la dette de l'entreprise est passée de moins de 300 millions d'euros au début de l'année 2022 à plus de 1,5 milliard d'euros cette année, tandis que les actions ont perdu 90% de leur valeur depuis février 2022. En début de semaine, Pierer Mobility, actionnaire du constructeur, a annoncé que lui et les autres créanciers étaient en discussions pour injecter une somme "à trois chiffres" en millions d'euros, soit entre 100 millions et un milliard, sans donner plus de précisions.
Réduire l'implication en MotoGP serait une "erreur"
Quelles seront les effets de cette mauvaise passe sur l'implication de KTM en compétition ? Le groupe va réduire la voilure en rallye-raid, en n'engageant que trois pilotes lors du prochain Dakar, et concentrer ses efforts sur la promotion de sa marque principale, en mettant notamment fin à l'implication commerciale de GasGas avec Tech3 en MotoGP. Les grandes lignes du programme ne sont en tout cas pas menacées pour le moment.
La marque GasGas n'apparaîtra plus en MotoGP l'an prochain
Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images
Interrogé sur le sujet au GP de Thaïlande, Brad Binder n'avait trop pu entrer dans le détail. "D'après ce que je comprends, tout continue normalement", confiait-il. Hervé Poncharal, patron de Tech3, a pu s'entretenir avec Hubert Trunkenpolz, membre du conseil d'administration et dont le nom de famille figure dans l'acronyme KTM. Les nouvelles sont rassurantes concernant le programme en MotoGP, important pour la communication auprès du grand public.
"Il m'a dit que le pire était derrière nous", a confié le Français à Motorsport-Total.com, publication sœur de Motorsport.com. "Ils m'ont dit qu'ils étaient confiants d'avoir pris les bonnes décisions. Maintenant, ils doivent prendre des décisions douloureuses. Cela concerne le nombre d'employés, la réduction de la capacité de production et des réductions de prix pour réduire l'inventaire. Ce sont les principales difficultés actuellement."
"Il y a des effets sur la compétition mais ils m'ont dit qu'ils ne voulaient pas attaquer le MotoGP, parce que ce serait une erreur vu que le MotoGP est le vaisseau amiral. Ce sont les mots de Stefan [Pierer, patron de Pierer Mobility] et de Hubert. Ce sont les patrons. Je préfère les écouter que lire un article de presse. Je demande à la source, ils m'ont assuré qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter. Oui, ils souffrent et ils ont dû prendre des décisions douloureuses, mais cela fait partie de la gestion d'une entreprise. La vie a ses hauts et ses bas."
Poncharal a dressé un lien avec les difficulté que traversent l'ensemble des constructeurs européens, sur deux comme sur quatre roues, en citant l'exemple de Volkswagen, maison-mère d'Audi et donc de Ducati, qui va fermer au moins trois usines en Allemagne.
"Ce n'est jamais une bonne nouvelle quand on lit des choses de la sorte, évidemment. Mais si vous regardez l'ensemble de l'industrie de la mobilité, tout le monde souffre. Les constructeurs automobile allemands ont du mal et maintenant nous voyons ce qui se passe chez Volkswagen. Cela ne s'était jamais produit. Tout le monde souffre financièrement, l'industrie automobile et l'industrie de la moto."
Chez Ducati, la décision de passer de huit à six motos l'an prochain a été motivée par une volonté de réduire les dépenses, en jouant notamment sur les salaires des pilotes.
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