KTM va évaluer Kallio en pensant à 2020

Le constructeur autrichien peut tirer des bénéfices à plusieurs niveaux dans son nouveau line-up : celui de poursuivre son développement sans risque de fuites, et celui d'évaluer en conditions réelles un pilote qui, cinq ans après sa dernière saison de titulaire, pourrait faire partie du plateau 2020.

KTM va évaluer Kallio en pensant à 2020

Mike Leitner a admis que si KTM a confié à Mika Kallio un guidon de course pour la fin de la saison, "c'est aussi parce qu'il est l'un des candidats pour faire une saison complète en 2020". À la recherche d'un remplaçant inattendu pour Johann Zarco la saison prochaine, le constructeur autrichien a mis un mois à véritablement réagir à la perspective de perdre son titulaire un an plus tôt que prévu, mais l'a finalement fait en le mettant à pied et en confiant son guidon à son troisième pilote.

Lire aussi :

La première raison avancée par Mattighofen est la confidentialité du développement mené sur la moto en vue de 2020, alors que le Français cherche actuellement une place au sein d'un autre constructeur. "Le projet ne cesse d'avancer et vous avez un pilote dans l'équipe qui va partir à la fin de la saison et qui va rejoindre la concurrence. Alors cela vous bloque d'une certaine façon, dans les futurs développements, le fait d'apporter de nouvelles pièces, de donner des idées quant à la direction que va prendre le projet. C'est [l'une des] raisons pour lesquelles Mika, qui fait partie du projet depuis que nous avons commencé, en 2016, est une très bonne option. Nous savons qu'il est à 100% derrière le projet, qu'il connaît l'histoire", explique le team manager KTM.

Cette situation crée plusieurs opportunités pour KTM, car si la marque va pouvoir profiter des courses pour tester en conditions réelles certaines évolutions, elle aura aussi la possibilité d'évaluer le Finlandais en situation avant de valider son line-up 2020. "Pour Mika, ce n'est pas facile d'enfourcher la moto après 13 manches et de se mettre à courir avec ces gars-là. Il faut donc que nous nous montrions patients et que nous lui donnions le temps de revenir à une vitesse de course. Mais nous allons aussi voir comment il va performer et cela va nous aider dans notre décision pour l'avenir, c'est clair", explique Leitner.

"Avant toute chose, il faut qu'il retrouve la vitesse [de course], et bien sûr il fera d'autres tests pour nous avant la fin de l'année", précise le gestionnaire au sujet de celui qui n'a plus couru depuis plus d'un an. "En Aragón et en Thaïlande, il est clair que ce sera dur pour lui de faire partie de ce groupe. Mais c'est un pilote très expérimenté et il a une longue histoire avec notre moto, alors il ne sera pas surpris par ses réactions ou son comportement. Toute l'équipe va l'aider et lui-même aide beaucoup ce projet."

Un retour en course inespéré

Engagé dans le développement de la RC16 depuis le début du programme, Mika Kallio a été le premier à l'aligner au départ d'un Grand Prix, en 2016, mettant alors entre parenthèses la carrière qui par trois fois l'a mené à être vice-Champion du monde, en 125cc puis en Moto2, et à disputer deux saisons en MotoGP avec une Ducati satellite. S'il n'a pas été retenu en tant que titulaire dans un premier temps, il a pu disputer plusieurs courses en tant que wild-card, jusqu'à se blesser lourdement au genou durant l'été 2018.

Aujourd'hui, Mike Leitner concède qu'il est en tête de liste pour faire équipe avec Pol Espargaró la saison prochaine : "Nous prendrions tout pilote aimant piloter la moto de la façon dont elle doit l'être. Pol l'a démontré de manière très impressionnante et Miguel [Oliveira] aussi est impressionnant. Pour le moment nous ne mettons aucun nom sur la table, mais la plus grande chance pour 2020 ce serait Mika de toute façon."

Lire aussi :

Bien que ce retour à la compétition se fasse dans un contexte délicat, Mika Kallio avoue qu'il veut profiter de cette chance qui lui est offerte, assurant qu'il s'agit d'une "très belle opportunité pour [lui] et [qu'il va] en profiter". Il explique : "La décision est arrivée assez soudainement de la part de KTM. Nous savions que [Johann] avait beaucoup de mal, et il y a aussi eu ce qu'il a annoncé à KTM pendant le GP d'Autriche, qu'il s'arrêterait à la fin de la saison. Bien sûr, après ça, j'ai réalisé qu'il fallait voir ce qui allait arriver et que cela pourrait bouger dans les courses à venir. Mais du côté de KTM, c'est arrivé de manière très directe mardi, c'est tout."

"J'ai dit, pendant les deux dernières années où j'étais impliqué avec KTM, que j'étais toujours prêt à courir si quelque chose devait arriver à nos pilotes. C'était le plan. J'essayais de rester en forme et de m'entraîner un peu au niveau mental aussi, au cas où ce genre de choses arriverait", poursuit le Finlandais. "C'est un moment très spécial pour moi, cela fait plus d'un an que je n'ai pas piloté la moto en course, et après ça il y a eu des moments difficiles car j'ai eu une grosse blessure au genou droit. Cela a failli mettre un terme à ma carrière et maintenant je suis ici… C'est quelque chose dont je vais simplement profiter pour le moment."

"Il n'y a pas de pression de résultats de la part de l'équipe", précise Kallio. "Tout le monde sait que ça n'est pas une situation facile de revenir comme ça. Je dirais que cette première course est un peu un échauffement pour nous, pour que je me remette dans le rythme de la course, qu'on voie un peu ce qu'on peut faire avec la moto et qu'on trouve des réglages de base pour moi. Je dois aussi découvrir l'équipe de Johann, comment elle fonctionne, et comment nous pouvons tout gérer durant les journées. Il y a beaucoup de choses nouvelles, beaucoup de points d'interrogation. Il faut que nous voyions jour après jour où nous sommes. Il va me falloir un peu de temps pour m'adapter de nouveau à l'esprit de la course, mais je vais y aller pas à pas, sans pression."

Johann Zarco, Red Bull KTM Factory Racing

Des conseils, qui n'ont pas fonctionné

Kallio explique par ailleurs avoir tenté d'aider Zarco à s'adapter à la RC16, à l'image de l'ensemble de l'équipe, mais en vain. Pour lui, bien que les différences notables entre la Yamaha et la KTM soient évidentes, il est toutefois difficile de comprendre ce qui a pu à ce point bloquer le Français, alors qu'Espargaró et Smith, les deux premiers titulaires de l'équipe, venaient eux aussi de la M1.

"Il est facile de voir que toutes les motos ont un ADN et des caractéristiques différents. Il venait de la Yamaha, qui est complètement différente de notre moto, et il faut vraiment adapter son style pour la moto. Je ne suis pas la bonne personne pour dire quel était son problème, mais il devait avoir des attentes pour la moto et il ne savait pas vraiment ce qui se passait. Il s'attendait à ce qu'il se passe quelque chose, et puis le retour était différent, et il ne pouvait pas gérer la situation", suggère-t-il.

Lire aussi :

"Je sais qu'il a beaucoup travaillé pour changer les choses, même sur son style de pilotage, mais au final, ça n'a pas fonctionné. C'est difficile de dire pourquoi, mais c'était comme ça. Bien sûr, tout le monde l'a aidé, et j'ai aussi essayé de l'aider le plus possible, en lui donnant de petits conseils, mais ça n'a pas fonctionné", regrette le pilote finlandais, jugeant que Zarco était ouvert à ses conseils mais qu'il "aurait peut-être pu l'être encore plus".

"Mais tout le monde a son style et c'est comme ça. Ce n'est jamais une situation facile quand tu as autant de mal que ça, et beaucoup de gens viennent donner leur opinion sur ce qu'il faut changer : 'Change ci ou change ça, et tu te sentiras mieux'. On écoute tout, et on construit les choses, il faut y croire. Mais je ne sais pas si c'est ce qu'il a fait, si c'était la bonne façon de faire ou pas. En tout cas, c'est comme ça."

Avec Michaël Duforest

partages
commentaires
Pour Márquez, la course Moto2 de Misano a créé un précédent
Article précédent

Pour Márquez, la course Moto2 de Misano a créé un précédent

Article suivant

EL2 - Attaque groupée des Yamaha, mais Márquez garde l'avantage

EL2 - Attaque groupée des Yamaha, mais Márquez garde l'avantage
Charger les commentaires
Suzuki déjà en retard dans la quête de son nouveau patron MotoGP ? Prime

Suzuki déjà en retard dans la quête de son nouveau patron MotoGP ?

Après avoir pris la décision de ne pas remplacer Davide Brivio début 2021 et n'avoir par la suite pas réussi à aider Joan Mir à défendre son titre, Suzuki est aujourd'hui à la recherche d'un nouveau team manager. Mais quelle que soit la personne que Shinichi Sahara nommera pour la suite, il est peut-être déjà trop tard pour convaincre le Champion du monde 2020 de rester.

MotoGP
23 nov. 2021
Quand les enjeux financiers engendrent l'agressivité des jeunes pilotes Prime

Quand les enjeux financiers engendrent l'agressivité des jeunes pilotes

La pression à laquelle sont soumis les espoirs de la moto est à la source d'une agressivité qui inquiète de plus en plus. Restreindre la participation au Championnat du monde aux pilotes âgés de 18 ans suffira-t-il à endiguer les manœuvres souvent désespérés des jeunes qui rêvent du MotoGP ?

MotoGP
3 nov. 2021
Quartararo : "Ce titre permet d'oublier les moments difficiles de Yamaha" Prime

Quartararo : "Ce titre permet d'oublier les moments difficiles de Yamaha"

De ses débuts inattendus en MotoGP à son premier titre de Champion du monde, trois ans plus tard, Fabio Quartararo a déjà connu un parcours intense dans la catégorie reine. Avec, au passage, une saison 2020 qui lui a rapporté ses premières victoires et une lourde déception, formatrice pour la suite.

MotoGP
26 oct. 2021
Plus que la Yamaha, c'est Quartararo qui a su évoluer vers le titre Prime

Plus que la Yamaha, c'est Quartararo qui a su évoluer vers le titre

Trop inconstant en 2020, Fabio Quartararo apparaît cette année infaillible au guidon de la Yamaha. Mais plus que les progrès opérés par la machine, c'est sûrement la transformation du pilote français qui l'a ainsi placé au sommet, en capacité de remporter son premier titre de Champion du monde MotoGP dès cette semaine.

MotoGP
20 oct. 2021
Comment KTM a pris le contrôle des jeunes talents au détriment de Honda Prime

Comment KTM a pris le contrôle des jeunes talents au détriment de Honda

Il fut un temps où Honda était la destination toute tracée des jeunes talents de la moto mais deux de ses rivaux, KTM et, dans une moindre mesure, Ducati, ont pris le contrôle de ce marché. Cette évolution aura-t-elle des conséquences sur l'avenir du MotoGP ?

MotoGP
16 oct. 2021
Marc Márquez a dû et doit encore réinventer son pilotage Prime

Marc Márquez a dû et doit encore réinventer son pilotage

Marc Márquez a profondément fait évoluer son pilotage pour retrouver la victoire après sa blessure. Celui qui a dominé la dernière décennie du MotoGP devra peut-être le faire à nouveau s'il veut redevenir un prétendant au titre, la marge de progrès dans sa condition physique se réduisant.

MotoGP
7 oct. 2021
Qu'est-ce qui a rendu le Circuit des Amériques si bosselé ? Prime

Qu'est-ce qui a rendu le Circuit des Amériques si bosselé ?

Le retour du MotoGP en Amérique pour la première fois depuis 2019 ne se passe pas aussi bien que prévu, les pilotes s'inquiétant de la sécurité à l'issue des essais du vendredi.

MotoGP
2 oct. 2021
Comment la Ducati est-elle devenue la moto la plus polyvalente ? Prime

Comment la Ducati est-elle devenue la moto la plus polyvalente ?

L'attention portée par Ducati à ses équipes satellites, couplée aux efforts fournis par Andrea Dovizioso pour améliorer la capacité des dernières versions de la Desmosedici à prendre les virages, permettent à la marque italienne de disposer aujourd'hui de la moto la plus polyvalente du championnat, une moto que l'on a vue sur le podium avec cinq pilotes différents cette année.

MotoGP
27 sept. 2021