Interview

Comment KTM défend son souhait d'élargir sa présence en MotoGP

KTM se heurte aujourd'hui au refus de la Dorna d'élargir le plateau, mais maintient son souhait de passer de quatre à six motos sur la grille MotoGP. Une volonté argumentée par Pit Beirer, qui défend la place centrale aujourd'hui prise par le groupe autrichien en Grand Prix.

Pol Espargaro, Tech3 GASGAS Factory Racing

Voilà plusieurs semaines que le groupe Pierer Mobility multiplie les efforts pour tenter d'obtenir deux places supplémentaires sur la grille MotoGP. La société, qui englobe notamment les marques KTM et GasGas, aurait souhaité récupérer les créneaux laissés vides par le départ de Suzuki, mais malgré d'intenses discussions, le promoteur s'y refuse. Ce sera donc impossible pour la saison 2024, d'où le casse-tête auquel se heurte le groupe pour placer ses cinq pilotes sur les quatre machines auxquelles il sera limité, mais KTM garde néanmoins espoir d'y parvenir à l'avenir.

Arrivé dans la catégorie MotoGP en 2017, KTM a accueilli sa première équipe satellite deux ans plus tard en se liant à Tech3. L'effort, à l'époque, a été notable. "Quand nous sommes passés de deux à quatre motos, ça nous a presque tués", admet rétrospectivement Pit Beirer, patron de KTM Motorsport. "Tout à coup, vous vous rendez compte que vous manquez d'espace de stockage dans l'entreprise. Notre fournisseur, qui était jusqu'à alors à la limite avec les vilebrequins, doit en produire deux fois plus. Il n'est plus à la limite, il s'effondre."

"Ce sont des expériences que l'on ne peut lire dans aucun livre. En MotoGP, on n'achète pas de pièces sur un catalogue, il faut les inventer avec ses équipes, les construire et les apporter sur le circuit", poursuit l'Allemand. "Une expansion a toujours un impact important. Nous avons perdu les concessions [courant 2020, ndlr] et nous avons eu l’équipe satellite. Vous pouvez alors voir dans les résultats et dans le coin des yeux de vos collaborateurs ce que vous leur avez fait."

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"Est-ce que huit Ducati, c'est trop pour moi ? Oui, mais je leur tire quand même mon chapeau parce qu'il faut les gérer, ces huit motos", souligne Pit Beirer au sujet de son concurrent, qui arrive à associer quantité, en occupant le tiers du plateau, et qualité de la performance.

Pit Beirer, directeur de KTM Motorsport

Pit Beirer, directeur de KTM Motorsport

Aujourd'hui, le groupe de Mattighofen a dépassé ces difficultés de 2019 et 2020, et se sent même prêt à produire le matériel nécessaire pour aligner deux motos de plus. "Maintenant, je suis convaincu que nous sommes prêts pour la prochaine étape", affirme le patron de KTM Motorsport. "Nous ne cesserons de demander deux places supplémentaires. Je pense que notre moto est suffisamment forte pour que nous puissions en construire deux de plus. Notre structure, y compris avec toute la matière première, a grandi."

"Si nous regardons vers l'avenir, six motos, ce serait vraiment la taille optimale pour nous. Cela ne dépend pas de nous que cela se fasse l'année prochaine ou pas, mais si ça n'est pas le cas, nous ferons quand même des efforts extrêmes afin d'aller dans cette direction l'année suivante."

Plus de motos pour investir dans les pilotes de demain

On a beaucoup parlé du souhait de KTM d'obtenir une place supplémentaire pour permettre l'arrivée de Pedro Acosta, voire une sixième place pour hypothétiquement aligner Marc Márquez, mais les projets du constructeur autrichien vont bien au-delà de la saison prochaine. C'est sur le long terme qu'il se projette et, compte tenu de ce que le groupe fait pour les jeunes pilotes avec la Red Bull Rookies Cup et dans les deux catégories inférieures des Grands Prix, Pit Beirer estime qu'il serait justifié qu'il dispose de plus de places en MotoGP.

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"Il y a des constructeurs qui participent au championnat avec une ou deux équipes", fait remarquer le responsable allemand, sans nommer Yamaha et Honda, qui financent respectivement une à deux équipes en Moto2 et Moto3, ou Ducati et Aprilia qui concentrent leurs efforts sur la catégorie reine.

"Nous avons 28 pilotes répartis dans toutes les catégories. Si tout le monde investissait autant de millions que nous dans le travail auprès des juniors, alors ils pourraient avoir les mêmes exigences que nous. C'est la raison pour laquelle nous voulons deux places de plus sur la grille."

A Spielberg, seuls les pilotes KTM et Husqvarna se sont battus pour la victoire en Moto3.

À Spielberg, seuls les pilotes KTM et Husqvarna se sont battus pour la victoire en Moto3.

Les arguments de KTM sont sur la table, pourtant les décideurs du MotoGP s'y sont jusqu'à présent opposés. Alors qu'il y a actuellement cinq équipes d'usine et six teams satellites dans le championnat, les deux places qui étaient celles de Suzuki restent réservées à l'arrivée éventuelle d'un nouveau constructeur, comme BMW ou Kawasaki.

"Nous pourrions jouer la carte de la marque supplémentaire", suggère Pit Beirer, en faisant référence à la stratégie déjà appliquée cette année pour lier le team Tech3 à GasGas, même si ses motos sont bel et bien des KTM. Une autre marque du groupe Pierer Mobility, Husqvarna, pourrait parfaitement rejoindre la catégorie reine avec le même type de montage. "Mais ils ne veulent pas attribuer ces deux créneaux à une KTM sous une autre marque", ajoute toutefois le responsable, "ils les veulent pour un constructeur à part entière."

"Le souhait initial de Dorna était que chaque constructeur aligne une équipe satellite. Ce serait bien sûr la taille parfaite. Ainsi, tout resterait équilibré, peu importe quel constructeur inventerait quoi que ce soit, et personne ne deviendrait trop puissant. Mais ce souhait ne s'est jamais concrétisé. Alors nous aimerions avoir six motos plutôt que quatre, afin de pouvoir d'une certaine manière être dans la lutte. Mais pour être juste aussi, Ducati s'est débrouillé avec le plateau existant [de teams satellites]. Il y a l'offre et la demande."

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Aucune équipe satellite ne peut en effet être contrainte de travailler avec un constructeur si elle n'est pas convaincue par la qualité de sa moto, la répartition étant régie par le marché libre. C'est aussi cela qui explique que Ducati ait réussi à convaincre trois équipes satellites, avec ce que la marque avait à offrir d'un point de vue technique et financier, là où Yamaha n'a plus d'équipe partenaire cette année, et n'en aura pas non plus l'année prochaine.

Mais pourquoi les deux places de Suzuki ne sont-elles pas attribuées à une nouvelle équipe satellite et à KTM ? "Il y a un engagement oral, mais pas contractuel, avec les patrons d'équipe, pour que ces places aient une certaine valeur. Des places supplémentaires ne devraient pas être données à de nouvelles équipes [de manière] inflationniste", explique Pit Beirer. "[Les équipes satellites actuelles] sont des partenaires importants du championnat, qui sont parfois passés par des moments difficiles lorsqu'il n'y avait pas autant de constructeurs. Elles sont protégées. Les créneaux des constructeurs sont également limités."

Malgré de nouvelles discussions avec la Dorna à Spielberg, le sujet des deux places supplémentaires voulues par KTM devrait être définitivement clos. Mais on le comprend, le constructeur autrichien défend son projet et entend bien affirmer encore un peu plus sa place en MotoGP.

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