Le logiciel informatique qui entend sauver des vies en MotoGP
Les organisateurs du MotoGP se sont associés à l'Université de Padoue afin d'adopter une approche scientifique de la sécurité sur les circuits et de rendre la discipline plus sûre.
Depuis la saison dernière, la Commission de sécurité du MotoGP utilise la version complète d'un logiciel développé spécifiquement pour le championnat par l'Université de Padoue, afin d'étudier et d'améliorer les zones de dégagement sur les circuits du calendrier.
Pourquoi Padoue ? Car s'il y a un endroit au monde où dominent les questions sur le mouvement et leurs effets, c'est bien là. Copernic et Galilée, deux des figures les plus importantes de la Renaissance, sont passés par cette prestigieuse université du nord de l'Italie, et avec plus de cinq siècles ayant suivi les recherches des deux scientifiques, les responsables du MotoGP ont vu dans ce pôle d'études le meilleur partenaire possible afin d'améliorer la sécurité sur les circuits.
De cette alliance est né un programme informatique qui a commencé à être développé il y a cinq ans et dont la version complète a été mise en application la saison dernière, devenant ainsi le meilleur allié de ceux qui sont chargés de certifier si un circuit est sûr ou non.
Le fait est que les progrès technologiques rendent les motos de plus en plus rapides chaque année, ce qui a un impact direct sur le niveau de sécurité des circuits. "Les lignes droites semblent de plus en plus courtes, et les murs de plus en plus proches" : voilà ce que l'on entend souvent sur la grille de nos jours. Dans ce contexte, l'un des éléments les plus dangereux lors d'un accident, c'est la collision avec un obstacle. Et les pilotes ont également constaté que l'augmentation des vitesses fait que certains endroits ne sont plus perçus comme étant aussi sûrs qu'il y a quelques années.
Carlos Ezpeleta, directeur sportif du MotoGP, et Corrado Cecchinelli, directeur de la technologie, ont donc pris contact avec les disciples de Galilée et il en résulte ce logiciel, créé à Padoue et alimenté par les archives de la Dorna, de la FIM, de divers fournisseurs, des équipes et des pilotes eux-mêmes.
"Nous cherchions un outil qui nous permette d'insérer un profil de piste dans AutoCAD et qui nous donne les dimensions idéales des dégagements ou nous indique si ceux qui existent sont adéquats", explique Carmelo Ezpeleta pour Motorsport.com. "Nous en avons discuté avec Corrado, et il a pris contact avec les gens de Padoue, qui sont les meilleurs dans le domaine des études de mouvement."
Tome Alfonso, responsable sécurité de la FIM, sur le circuit de Buddh, en Inde.
Photo : Gold and Goose / Motorsport Images
Le point de départ était de créer une ligne qui simule, le plus fidèlement possible, les trajectoires des motos sur la piste. En même temps, il a été cherché à reproduire les performances maximales en termes de vitesse. Ensuite, une deuxième optimisation a offert un important saut de qualité, puisqu'elle a permis d'anticiper la trajectoire que suit un pilote après avoir heurté le sol, la vitesse à laquelle il glisse et jusqu'où il va.
"Ce qui est important, c'est qu'à partir de ce moment-là, le programme faisait déjà la distinction entre le mouvement de la moto et celui du pilote", nous explique Corrado Cecchinelli. Toutes ces prédictions et simulations sont basées sur l'expérience, Carlos Ezpeleta a précisé : "Nous avons transféré aux techniciens de Padoue les données d'innombrables chutes survenues au cours des dix dernières années."
Comme la plupart des programmes, celui-ci, qui n'a pas encore de nom, fonctionne sur la base de modèles statistiques et comporte donc une marge d'erreur. Avec l'évolution du logiciel, cette marge est de plus en plus réduite, bien qu'elle ne puisse jamais être inexistante. Et, logiquement, il arrive que l'interprétation de toutes les informations par ce cerveau électronique ne corresponde pas tout à fait à ce qui se passe par la suite dans la réalité.
"Par exemple, un pilote ne glisse pas de la même manière sur un sol de gravier couvert de la pluie tombée toute la nuit que sur ce même gravier complètement sec", explique Tome Alfonso, responsable sécurité pour la FIM. "Ou bien, dans certains accidents, qui sont très similaires entre eux, le programme peut ne pas comprendre que le pilote est projeté dans une direction spécifique."
Dans ce domaine, le programme a permis de faire un grand pas en avant. "Les circuits restent homologués par des personnes, mais ce logiciel est d'une grande aide lorsqu'il s'agit de prendre des décisions. Quand on se base sur les mathématiques, sur une base scientifique, tout est plus facile", ajoute Tome Alfonso, qui a déjà utilisé le logiciel lors de la visite du MotoGP en Inde. "Cela nous a grandement facilité la tâche, car nous savions déjà ce que nous allions rechercher et cela nous a permis de corroborer et de confirmer beaucoup de choses."
Le tracé du Red Bull Ring a été modifié à l'aide de cet outil après le crash de 2020.
Photo : Gold and Goose / Motorsport Images
On parle ici de nouvelles pistes, mais Corrado Cecchinelli souligne également l'avantage qu'offre ce système pour les pistes qui figurent déjà au calendrier MotoGP : "Ce système nous permet d'importer les données des trajectoires et des vitesses réelles, ce qui réduit la marge d'erreur de toute simulation."
Une autre modification récente apportée grâce aux suggestions du nouvel outil a été la variante introduite après le premier virage du Red Bull Ring, afin d'éviter que se produise à nouveau un accident aussi spectaculaire que celui qui a impliqué Johann Zarco et Franco Morbidelli en 2020, au cours duquel leurs motos en perdition ont traversé la piste et frôlé Valentino Rossi et Maverick Viñales.
"Cela a très bien fonctionné là-bas, parce que nous avions de multiples limitations au niveau de la piste et aussi parce qu'il était essentiel de ne pas changer le tracé de la Formule 1. En fonction de ce que l'outil nous a renvoyé, nous avons perfectionné le dessin jusqu'à obtenir une conception optimale, en fonction de l'espace à disposition", explique Carlos Ezpeleta. "Toutes ces versions ont été introduites dans le logiciel jusqu'à ce que nous arrivions à la proposition finale."
Le GPS ajoute une nouvelle dimension
S'il est vrai que les motos actuelles intègrent déjà des émetteurs GPS, l'arrivée de systèmes plus complets avec la nouvelle réglementation qui entrera en vigueur en 2027 offrira une multitude de possibilités, non seulement en termes de rapidité et de précision tant pour les équipes que pour les responsables du département télévision, mais aussi pour ceux qui gèrent ce programme.
Jusqu'à présent, les informations qui alimentaient l'historique des chutes provenaient de calculs basés sur l'observation de ces accidents, à partir d'images TV. "Le GPS nous donnera des données réelles sur la glisse, la vitesse, la trajectoire, etc. C'est pourquoi nous avons travaillé dur pour qu'il soit accepté dans le règlement de 2027", explique Carlos Ezpeleta.
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