Le long chemin de Viñales avant une victoire libératrice avec Aprilia

Aurait-on retrouvé le Maverick Viñales impressionnant qui a un temps porté les espoirs de Yamaha ? Trois ans après son départ du constructeur japonais, le pilote a de toute évidence passé un cap avec Aprilia.

Maverick Vinales, Aprilia Racing Team

L'émotion était forte dimanche après la victoire de Maverick Viñales, la première pour lui en trois ans. Après ses deux très récents succès en course sprint, l'Espagnol a enfin passé le cap d'un Grand Prix remporté avec Aprilia, la marque qu'il a rejointe courant 2021 dans la foulée d'une séparation houleuse avec Yamaha.

Avoir gagné ce Grand Prix lui donne un statut à part, celui d'être le premier pilote à voir figurer trois constructeurs différents à son palmarès depuis la création du MotoGP, en 2002. Les seuls à l'avoir fait précédemment dans la catégorie reine sont Mike Hailwood dans les années 1960 (avec Norton, MV Agusta et Honda), Randy Mamola dans les années 1980 (Suzuki, Honda et Yamaha), puis Eddie Lawson (Yamaha, Honda et Cagiva) et enfin Loris Capirossi entre les 500cc et le début du MotoGP (Yamaha, Honda et Ducati).

Viñales lui-même estime que ce succès avec le constructeur italien a une valeur différente des neuf autres qui figurent à son palmarès, obtenus d'abord avec Suzuki (2016), puis avec Yamaha (2017-2021). Il incarne en effet l'adaptation, parfois difficile, du pilote pour sa moto, mais aussi le chemin parcouru par Aprilia pour se porter au plus haut niveau face aux autres marques, alors qu'il avait découvert la RS-GP à une époque où elle ne gagnait pas encore.

"Cette victoire avec Aprilia a une valeur différente", commentait-il dimanche, "parce que quand j'ai signé pour eux, ils faisaient des dixièmes ou 15e places, et c'est incroyable de voir à quel point on a fait progresser cette usine. On est un gros constructeur, évidemment, mais il nous faut encore du temps pour progresser et pour être plus réguliers. Cependant, je vois un gros potentiel pour cette année. Il faut qu'on soit très intelligents et très concentrés sur notre travail."

"Ce qu'il s'est passé à Portimão [son abandon sur problème technique en toute fin de course alors qu'il était deuxième, ndlr] permet d'acquérir plus d'expérience et de passer plus de temps aux avant-postes. On croit en nous et il faut qu'on continue. C'est un grand constructeur, les grands constructeurs gagnent des courses et on l'a fait aujourd'hui, alors on peut être très heureux et très fiers du travail qu'on a accompli. Mais, évidemment, c'était plus difficile de gagner là où je suis maintenant car on était derrière et aujourd'hui on est au sommet."

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La place historique de cette victoire dans les statistiques du championnat semblait quelque peu donner le tournis à Viñales dimanche. À titre personnel, ce qu'il retient surtout c'est le chemin parcouru depuis son arrivée à Noale. Alors que l'on sait qu'Aprilia a discuté avec Fabio Quartararo pour envisager de le recruter en 2025, avant que le Français décide de prolonger chez Yamaha, gagner est la meilleure réponse que pouvait apporter Viñales à ceux qui se montraient critiques du temps qu'il lui aura fallu pour s'adapter à la RS-GP.

Impossible de ne pas voir dans cette victoire un nouveau chapitre qui s'ouvre pour lui à 29 ans, alors qu'il dispute sa dixième saison dans la catégorie. Personne n'a oublié qu'il avait rejoint Noale au cœur d'une saison 2021 très troublée, où son union avec Yamaha avait pris fin dans la polémique au beau milieu du championnat. Avant cela, ses quatre ans et demi avec le constructeur japonais avaient été parsemés de moments de tension.

Le GP du Qatar 2021, la dernière victoire de Maverick Vinales avec Yamaha, à l'aube d'une saison explosive.

Le GP du Qatar 2021, la dernière victoire de Maverick Viñales avec Yamaha, à l'aube d'une saison explosive.

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

Cette nouvelle étape vient s'inscrire dans une carrière déjà longue pour celui qui avait été l'un des moteurs ramenant Suzuki aux avant-postes. Titré en Moto3 en 2013, il n'avait passé qu'un an en Moto2 avec la troisième place du championnat à la clé, avant d'intégrer le MotoGP auréolé de très grandes attentes. Un an et demi plus tard, il décrochait cette première victoire avec la GSX-RR.

Une victoire (et la quatrième place du championnat), et puis s'en va, car lorsqu'il soulevait ce trophée à Silverstone, il avait déjà été recruté par Yamaha pour remplacer Jorge Lorenzo. Compte tenu de son âge et de son talent, il était perçu comme le renouveau d'un constructeur qui réfléchissait à l'après Valentino Rossi. Et ses débuts avec la M1 allaient dépasser les attentes, puisqu'il s'est imposé lors des deux premières courses avant une troisième victoire au cinquième Grand Prix de la saison, suscitant les pronostics les plus dithyrambiques pour la suite.

Mais Maverick Viñales n'est pas quelqu'un de facile à suivre. Et malgré le potentiel affiché avec la Yamaha, sa courbe de résultats s'est révélée très irrégulière par la suite. Il n'a plus gagné pendant un an et demi et s'est ensuite contenté d'une à deux victoires par saison et, tout au plus, de la troisième place du championnat. À cela se sont ajoutées des tensions dans le stand, avec son souhait de remplacer le légendaire chef mécanicien Ramón Forcada par Esteban Garcia en 2019, puis le remplacement de ce dernier par Silvano Galbusera, imposé par Yamaha dans le courant de la saison 2021. L'heure du divorce était venue, peu glorieux dans la forme qu'il a prise.

Que restait-il alors d'un pilote parmi les plus grands talents purs du championnat ? Si le projet de série "inside" du MotoGP a tourné court, il aura au moins permis de dévoiler les coulisses de cet épisode, montrant un pilote isolé, contraint de vivre le GP d'Autriche depuis le bord de piste sans savoir s'il y retournerait un jour. Les événements de cet été-là auraient pu marquer la fin de sa carrière, or Aleix Espargaró, son ancien coéquipier chez Suzuki, a milité pour qu'Aprilia le recrute, lui offrant alors les conditions inespérées pour rebondir. Le constructeur avait besoin d'un remplaçant à Andrea Iannone et Maverick Viñales avait besoin de retrouver sa confiance.

Il allait lui falloir deux ans et demi pour y parvenir. Sans cesse en quête des sensations parfaites, l'Espagnol a patiemment construit le cadre dont il avait besoin pour se montrer aussi performant qu'il en rêvait avec l'Aprilia. Le constructeur lui a laissé ce temps, créant l'environnement de sérénité dont il avait besoin, avec notamment le recrutement de Manu Cazeaux, le chef mécanicien qu'il a voulu à ses côtés.

Massimo Rivola a offert à Maverick Vinales le temps dont il avait besoin pour se reconstruire.

Massimo Rivola a offert à Maverick Viñales le temps dont il avait besoin pour se reconstruire, jusqu'à la victoire.

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

Nervosité et agacement se sont peu à peu effacés et Viñales a semblé encore évoluer dans son état d'esprit pendant l'hiver. Lors des tests hivernaux et du premier Grand Prix, il lui restait à trouver l'équilibre qu'il n'a eu de cesse de chercher avec la version 2024 de sa moto et, lorsque cette dernière pièce du puzzle a trouvé sa place, il a semblé retrouver la grande force qu'il était capable d'afficher aux plus belles heures de ses succès avec Yamaha.

"Cette confiance et cette croyance viennent de l'année dernière", a-t-il décrit. "Cela a pris une année entière avec mon nouveau chef mécano pour pleinement comprendre la moto et ce dont on avait besoin, mais ça en valait la peine parce que depuis le Qatar, j'ai toujours été devant, en lutte pour les premières places. C'est ce que l'on a besoin de faire."

"Ce qu'on a changé sur la nouvelle moto n'était pas facile, mais à Portimão, on a compris ce qu'on avait besoin de faire et maintenant je me sens vraiment bien avec la moto. À partir du moment où je peux piloter la moto avec mon style de pilotage et être efficace, je suis très calme et en confiance. Il faut toujours que la moto ait ce type d'équilibre, pour que je puisse pousser et faire de mon mieux."

D'une moto de milieu de peloton lorsqu'il a rejoint l'équipe, Viñales détient aujourd'hui une machine capable de gagner, voire de survoler une course si les conditions lui correspondent. Interrogé sur ce que serait la force de l'Aprilia, il a expliqué : "Ce que je peux dire par rapport aux autres motos, c'est que la stabilité est peut-être une de ses clés. La moto est très stable. Bien sûr, on doit encore progresser pour les virages à 180°, où il faut stopper la moto, mais il n’y a pas beaucoup de pistes qui en comportent, alors c'est bien."

"Dans les portions fluides de la piste, comme le premier secteur ou les trois virages à droite [qui s'enchaînent], je faisais la différence pendant la course. Je pense donc que notre moto est forte là-dessus mais qu'elle peut encore progresser sur d'autres points."

Toutes les pistes ne correspondront pas à l'ADN de la RS-GP, mais s'il y a bien un enseignement à tirer de la carrière écrite jusqu'à présent par Maverick Viñales, c'est qu'il lui faut avant toute chose le bon environnement pour performer. Si ce n'était qu'une question de patience, quelle sera désormais sa limite ? La sérénité aujourd'hui retrouvée paraît lui donner les clés pour affronter toute difficulté en piste et fait de lui, à nouveau, un des hommes forts du championnat, capable de venir mettre son grain de sable dans une hiérarchie qu'on aurait tort d'imaginer écrasée par Ducati.

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