Lorenzo chez Ducati : les coulisses d'une union légendaire mais express
L'annonce du transfert de Jorge Lorenzo de Yamaha à Ducati avait fait le buzz, mais deux ans plus tard l'Espagnol repartait avec pertes et fracas. Pourtant, entre-temps, il a bien réussi à gagner avec la moto italienne, sur fond de tension. Retour sur un épisode mouvementé du MotoGP.
Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Rétro : Dans l'Histoire des sports méca
Sur deux ou quatre roues, replongez-vous dans l'Histoire des sports mécaniques, celle qui a écrit la légende des hommes et des machines durant des décennies.
Avec ses cinq titres mondiaux, dont trois en MotoGP, Jorge Lorenzo fait partie des plus gros palmarès des années 2000. Un nom que l'on aurait pensé à jamais associé à Yamaha, la marque qui l'a fait débuter dans la catégorie reine en 2008 et dont il a porté haut les couleurs dans un duel d'anthologie avec Valentino Rossi.
Sauf que les mésententes et le manque de reconnaissance parfois ressenti par Lorenzo ont fini par le pousser à changer d'air après son titre de 2015, obtenu sur fond de polémique avec l'affaire Rossi-Márquez. Contre toute attente, le Majorquin a donc choisi de relever un nouveau défi à l'aube de ses 30 ans en rejoignant Ducati. La marque venait tout juste de retrouver le chemin de la victoire et la présence de Gigi Dall'Igna avait de quoi convaincre Lorenzo, qui a conservé de ses jeunes années une admiration sans bornes pour l'ingénieur.
C'est sur cette association, qui a d'emblée fait sensation à l'époque, que lève le voile un documentaire consacré par DAZN Espagne à Ducati. "Fin 2015, je cherchais de nouvelles stimulations après avoir passé de nombreuses années chez Yamaha", y raconte Jorge Lorenzo. "J'ai également considéré que, quand j'ai remporté le titre, Yamaha n'a pas montré tellement d'enthousiasme pour ma victoire. On voyait que du point de vue médiatique, ils préféraient Valentino. J'ai appelé Dall'Igna et c'est là que tout a commencé."
L'envie de Lorenzo a alors trouvé écho chez le directeur général de Ducati Corse, qui cherchait lui aussi un nouveau leader. "Nous savions tous que nous étions proches d'atteindre l'objectif, mais je crois qu'au final, il nous manquait le champion", observe Gigi Dall'Igna.
C'est avec Gigi Dall'Igna que Jorge Lorenzo est monté sur le podium pour sa première victoire avec Ducati, au GP d'Italie 2018.
Photo : Gold and Goose / Motorsport Images
Le transfert de Lorenzo de Yamaha à Ducati s'est donc fait en 2017, avec un contrat de deux ans. Mais alors que l'annonce de cette nouvelle union a généré d'immenses attentes, les débuts de l'Espagnol sur une Desmosedici encore loin d'avoir atteint son niveau d'aujourd'hui se sont révélés compliqués.
"Je pensais peut-être que mon adaptation serait plus rapide. La moto était plus rapide en ligne droite, elle était très stable au freinage, mais elle n'avait pas la fluidité de la Yamaha. Je voulais piloter la Ducati comme la Yamaha, c'est pourquoi je n'étais pas compétitif. J'ai terminé la saison 2017 très fort. Ducati était content de ma performance et ils pensaient que 2018 aurait commencé encore mieux."
"Mais la saison a été à l'opposé. En plus, j'ai eu la malchance d'être pris dans la triple chute à Jerez et d'emmener au tapis Dovizioso, qui était le candidat au titre face à Marc Márquez. Ducati n'a pas apprécié et tout cela a fait qu'ils ont commencé à s'impatienter. 'Quand va arriver la première victoire de Lorenzo, quand elle va arriver…' On commençait à parler de Danilo Petrucci comme d'un remplaçant probable. À ce moment-là, on faisait les mêmes résultats, mais lui, il gagnait dix ou 11 fois moins que moi."
Jorge Lorenzo s'est mis à gagner avec Ducati alors qu'il venait de signer avec Honda.
Photo de : Gold and Goose / Motorsport Images
Ce début de saison compliqué, l'absence de victoires et la pression de devoir gagner au plus vite ont donc commencé à peser pour Lorenzo, qui parlera même plus tard d'un petit épisode dépressif. Et c'est alors qu'il a décidé de s'orienter vers un projet différent en scellant un accord avec Honda pour 2019, moins d'un mois après l'accident de Jerez.
"Quand j'ai vu que j'étais dos au mur, j'ai pris le téléphone et j'ai appelé directement Alberto Puig. C'est comme ça que j'ai signé avec Honda. Personne ne le savait. Puis on est arrivés au Mugello et, cinq jours seulement après avoir signé avec Honda, j'ai renoué avec la victoire. Je n'étais pas habitué à une telle disette, c'était difficile, mais alors que personne ne croyait plus en moi, j'ai montré que je pouvais encore gagner et ça a été une grande satisfaction."
Lorenzo a mené Ducati à la victoire sur ses terres, au GP d'Italie, avant d'enchaîner avec une seconde victoire dans la foulée, à Barcelone, puis de gagner à nouveau dans l'été, en Autriche. Il ne lui avait finalement fallu que 24 départs pour s'imposer avec une moto pourtant très différente de celle qu'il connaissait, prouvant à quel point les jugements avaient été hâtifs.
Avec ces trois victoires ainsi qu'un autre podium en 2018, et malgré une blessure qui l'a privé d'une partie de la fin du championnat, il avait bel et bien prouvé qu'il pouvait être ce champion avec qui Ducati cherchait à bâtir, seulement la séparation était déjà actée. Sans doute trop tôt, mais l'histoire ne se réécrit pas… "Je savais que la Ducati allait devenir la meilleure moto, parce que Gigi Dall'Igna a fait gagner tous les projets qu'il a gérés", souligne Lorenzo, pourtant parti vers d'autres horizons.
Marc Márquez a vite compris qu'il valait mieux faire venir Jorge Lorenzo dans son équipe pour 2019.
Photo de : Gold and Goose / Motorsport Images
Márquez a poussé Honda à recruter Lorenzo
Marc Márquez aussi devait sentir ce potentiel. Car le Catalan révèle avoir lui aussi joué un rôle dans le départ rapide de Jorge Lorenzo de Ducati, expliquant en effet avoir suggéré à Honda recruter le Majorquin en 2019. C'était pour lui une manière de l'éloigner de la Desmosedici et de priver la marque italienne d'un adversaire redoutable, qu'il préférait avoir en interne.
Le #93 l'explique dans le documentaire : "Quand Lorenzo était chez Ducati, j'ai dit à Honda : 'Ils y sont. La meilleure stratégie est que vous preniez Lorenzo et que vous le mettiez chez Honda. Sinon, on se fera battre par un autre pilote, avec une autre marque, parce que Lorenzo est Lorenzo, il est cinq fois champion du monde'."
L'association entre Lorenzo et Honda allait cependant tourner court. Le pilote espagnol n'a pas réussi à devenir le premier à gagner avec trois marques différentes en MotoGP (il faudrait attendre Maverick Viñales en 2024 pour cela) et il a surtout eu beaucoup de mal à s'adapter à la RC213V et a subi d'importantes blessures. Cela l'a poussé à demander la rupture de son contrat au bout d'un an et à prendre sa retraite fin 2019.
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