Ses difficultés et ses doutes : Lorenzo se livre

Dans une interview accordée à Motorsport.com, le triple Champion du monde MotoGP se livre sur l'année ô combien difficile qu'il traverse avec Honda et les doutes dont il a été pris ces derniers mois.

Ses difficultés et ses doutes : Lorenzo se livre

O.P., Buriram - Dimanche, alors que Marc Márquez remportait la course et devenait Champion du monde pour la sixième fois en sept ans de MotoGP, son coéquipier, Jorge Lorenzo, passait la ligne d'arrivée du Grand Prix de Thaïlande en 18e position, à 54 secondes du #93. Une situation rude pour le pilote majorquin, alors que des doutes persistent depuis son absence pour blessure l'été dernier quant à son avenir à la fois chez Honda et en MotoGP.

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C'est en marge de ce Grand Prix que Jorge Lorenzo a répondu aux questions de Motorsport.com, évoquant avec nous cette saison compliquée et si éloignée de son palmarès habituel, mais aussi les doutes que cela a suscité chez lui.

Après tout ce que tu as vécu cette année, quelle est la leçon la plus importante que tu retiens ?

Les erreurs qui ont causé mes blessures cette année, je les avais déjà commises auparavant. Dans ce sport, il faut être à la limite, il faut attaquer. Et on ne sait pas que l'on va tomber, sinon on ralentirait à cet instant précis, c'est évident. Je peux me dire qu'à Assen je ne me sentais pas très bien, en conséquence de mon accident au test de Montmeló, et qu'étant donné que je ne me sentais pas à 100% le mieux aurait été de ne pas forcer. Si je l'avais su, j'aurais été plus prudent. De cette année, je n'ai aucune leçon particulièrement importante à tirer.

Qu'est-ce qui explique que ton adaptation à la Honda soit beaucoup plus compliquée que celle que tu as connue avec la Ducati ?

Il n'y a pas qu'une seule raison. Avant toute chose, je ne me suis jamais senti à 100% physiquement. Je suis arrivé aux tests de Valence et de Jerez [en novembre 2018] avec les ligaments de la main qui étaient déjà en mauvais état. Et malgré cela, ça n'a pas été trop mal parce que j'ai beaucoup aimé cette moto [celle de 2018, ndlr]. Le problème, cela a été la nouvelle moto, qui ne m'a pas donné de confiance dans les virages. J'ai été plus rapide en ligne droite, mais plus lent en général. J'ai apporté mes suggestions, mais il était probablement trop tard parce que l'intention de Honda était de continuer avec le moteur qu'ils avaient conçu. Marc a réussi à s'adapter et il a trouvé une manière de contourner ces déficits, mais Crutchlow et moi avons souffert plus que si l'on avait conservé l'ancienne moto.

Takeo Yokoyama, directeur technique du HRC, a reconnu que Honda avait cherché l'hiver dernier à trouver plus de puissance pour rivaliser avec la vitesse de pointe de la Ducati, en considérant que Márquez pourrait réussir à piloter une moto plus critique. Que ferais-tu à sa place pour la moto de 2020 ?

Ce que je ferais, c'est que j'essaierais de concevoir une moto qui ne peut pas être pilotée que par un seul pilote.

On se dit : Lorenzo est à deux secondes de Márquez, et ça parait beaucoup. Mais tout peut changer en peu de temps.

Jorge Lorenzo

Est-il réaliste de penser que l'on reverra un jour la meilleure version de toi-même ?

Je ne peux pas faire pire. La meilleure version de moi-même ? Ce sport confirme le dicton qui veut qu'un malheur ne vienne jamais seul. Quand on se sent mal, cela affecte notre confiance et tout empire. Lorsque la moto change un peu, on reprend confiance et on commence à plus croire en soi, tout s'aligne et s'améliore plus que ce que ces pièces vous apportent réellement. Cela arrive non seulement dans le sport, mais dans la vie en général. On se dit : Lorenzo est à deux secondes de Márquez, et ça parait beaucoup. Mais tout peut changer en peu de temps. À Jerez, pendant la pré-saison, et sans connaître la moto j'ai été aussi rapide que lui. Pour quelle raison ? Eh bien, parce que cette moto me procurait de meilleures sensations et ce circuit me plaisait plus.

Quels sont les éléments clés pour retrouver cette confiance sur la moto ?

Avant tout, que je me sente bien physiquement. Et que la moto s'améliore dans certains domaines afin de me donner plus de sécurité sur l'avant. Alors, je serai plus rapide parce que j'ai toujours été rapide.

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Comprends-tu qu'après les doutes dont tu as été pris et qui t'ont poussé à envisager de changer d'équipe, Honda ait perdu en partie confiance en toi ?

Je comprends complètement la position de Honda. La marque, à la fois du côté technique avec Takeo et du côté exécutif avec Alberto [Puig], m'a toujours compris, soutenu et encouragé. Mais ils comprennent aussi les moments difficiles que j'ai traversés. Comme je l'ai dit à Silverstone, quand je suis revenu de blessure, dans ces moments difficiles on a beaucoup de doutes. Le plan que l'on a lancé au Japon pour améliorer la moto pour l'année prochaine est d'ailleurs toujours en place. Je ne sais pas si ces changements vont fonctionner ou non. Mais l'intention est de les mettre en pratique, cela m'a été confirmé.

Jorge Lorenzo, Repsol Honda Team

Et as-tu une stratégie afin de montrer à Honda ton implication ?

À un moment donné, j'ai eu des doutes au sujet de ma carrière et j'en ai informé Honda. Quand j'ai réglé cela, je leur ai dit que mon intention était de poursuivre ce projet. À partir de là, c'est la décision de Honda. Je ne peux pas changer ce qui s'est passé et ce que je ressens. J'essaye de donner le meilleur de moi-même chaque fois que je prends la piste, mais parfois le meilleur de moi-même est décevant. Mais ce niveau est celui que me permet d'avoir la moto compte tenu de la façon dont elle me fait me sentir à l'heure actuelle, alors je ne sais pas comment en donner plus et je ne peux pas en donner plus.

Durant ces quatre courses que tu as manquées, as-tu vraiment pensé à prendre ta retraite ?

Je préfère me limiter à dire que j'ai eu des doutes et que chacun en tire ses propres conclusions.

Et as-tu encore des doutes ?

Pas à l'heure actuelle.

À un moment donné, j'ai eu des doutes au sujet de ma carrière et j'en ai informé Honda. Quand j'ai réglé cela, je leur ai dit que mon intention était de poursuivre ce projet. À partir de là, c'est la décision de Honda.

Jorge Lorenzo

Tu as fait équipe avec Valentino Rossi et maintenant avec Marc Márquez. Qui t'as rendu les choses plus difficiles ?

Aucun d'eux. J'ai toujours été assez fort pour me concentrer juste sur moi-même et sur mon travail. Ce que mon coéquipier dit ou fait ne m'affecte pas. Mais ils sont tous deux de grands gagnants et ils ne donnent rien à leur coéquipier. Je suis comme ça aussi.

Tu as encore un an de contrat avec Honda. Est-ce que le fait de poursuivre sur cette dynamique ne risquerait pas d'entacher tout le prestige que tu as acquis précédemment durant ta carrière ?

Ce que les gens pensent m'est égal. Ce qui m'importe, ce sont mes proches et mes fans. Ceux qui ne sont pas avec moi ne le seront dans aucune circonstance. Cette situation est critique parce que j'ai toujours été habitué à gagner. Mais si je regarder tout ce que j'ai réalisé durant ma carrière avec plus de recul, je me considère comme une personne très chanceuse. Bien entendu, je veux bien faire avec Honda, mais si pour une raison quelconque je n'y arrivais pas ce ne serait pas la fin du monde.

As-tu déjà pensé à discuter d'un accord avec Honda pour trouver une porte de sortie à cette situation ?

J'ai signé avec Honda et je suis un battant qui veut atteindre les objectifs qu'il s'est fixé. Jusqu'à présent je les ai atteints et si je n'y arrive pas cette fois ce sera la première fois.

Jorge Lorenzo, Repsol Honda Team

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