Lorenzo : "Je dois à Márquez le fait d'avoir signé chez Honda"

Le pilote espagnol a accordé une interview à Motorsport.com, au cours de laquelle il évoque notamment son passage chez Ducati, son futur chez Honda et sa relation actuellement tumultueuse avec Márquez.

Lorenzo : "Je dois à Márquez le fait d'avoir signé chez Honda"

En quelques mois, Jorge Lorenzo sera passé de la satisfaction d'avoir enfin réussi à s'adapter à la Ducati à la désillusion suite à sa blessure contractée lors des essais libres du Grand Prix de Thaïlande. Avant de repartir de Buriram, le Majorquin a échangé avec Motorsport.com, dans une discussion qui n'a fait que souligner toute son humilité. Un pilote en mesure de critiquer l'agressivité en piste de Márquez, tout en reconnaissant le rôle clé du numéro 93 chez Honda.

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As-tu tiré des conclusions de l'entretien téléphonique avec Márquez après l'incident d'Aragón ?

Il a sa version des faits, et j'ai la mienne. Mais toute personne qui a piloté au MotorLand sait que Marc ne pouvait pas bien négocier le virage avec son point de freinage.  

Il est quand même positif que tous les deux ayez pu avoir une discussion sur cet événement.

Oui, ça l'est. Dans un sens c'est positif, mais il faut aussi garder en tête que nous avions tous les deux des possibilités de victoire : lui s'est imposé, et moi j'ai fini par ne pas être classé mais blessé et avec une belle frayeur en voyant mon orteil, qui était totalement déplacé. Ce n'est pas bien du tout. Et tout cela à cause d'une action qui, de mon point de vue, était évitable. Dans le dernier tour c'est à peine acceptable, et je considère ce qu'il a fait comme irresponsable et imprudent, mais encore plus quand il s'agit du premier virage de la course. Il a voulu par tous les moyens m'empêcher d'être en tête, c'est pour cela qu'il a fait ça.

Ce n'est pas la première fois que tu es confronté à ce genre de problème. Il y a deux ans, à Misano, et avec Rossi, tu étais déjà monté publiquement au créneau contre une manœuvre que tu avais jugée trop agressive. As-tu déjà reconsidéré ta position sur les limites à ne pas franchir ?

Je suis l'un des pilotes les plus loyaux en piste, l'un des plus prudents, et l'un des plus expérimentés. Mais aussi l'un de ceux qui se blessent le plus souvent. En Aragón, je me suis retrouvé face à un mur. Je pensais que Marc avait changé à maintenant 25 ans. C'est vrai qu'il chute moins que l'an passé, par exemple, mais nous avons tous vu en Argentine ce qu'il s'est passé, et ensuite en Aragón. Parfois son cerveau déconnecte.

Cette question était plus à propos de toi, pas de Márquez.

Avez-vous vu comment j'ai couru en Autriche ? Je n'ai pas été intimidé, loin de là. Quand il est l'heure d'attaquer, je le fais. Mais je le fais toujours en respectant mes rivaux, étant donné que nous risquons tous nos vies et que quelque chose peut toujours arriver : vous pouvez avoir de l'huile sur l'asphalte, votre boîte de vitesses peut casser, vos freins peuvent être endommagés, comme cela m'est arrivé au Qatar. Si en plus vous courez comme un fou...

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Tu traversais ta meilleure période avec Ducati. Avec du recul, est-ce que tu t'attendais à atteindre ce niveau de compromis avec ta moto ?

Je finis toujours par y arriver. J'ai le talent pour être rapide sur une moto, en particulier parce que je suis, disons, une éponge. Je travaille beaucoup et si les choses ne fonctionnent pas, je travaille deux fois plus. Les problèmes que nous rencontrions, c'était le temps, l'urgence, et le degré de changement qu'impliquait un passage de Yamaha à Ducati.

Avec la Yamaha je touchais rarement les freins, et je relâchais le frein avant beaucoup plus tôt pour accroître ma vitesse dans les virages. Avec la Ducati c'est complètement l'opposé : vous prenez votre temps aux points de freinage, vous bloquez la roue arrière au dernier moment, vous prenez le virage tout en profitant de l'accélération en sortie. Pour moi c'était comme changer de catégorie.

Je dirais que le passage de l'Aprilia 250cc à la Yamaha du MotoGP fut moins spectaculaire que mon arrivée chez Ducati. L'Aprilia est moins nerveuse que la Ducati, ce qui était parfait pour mon style. La Ducati, c'était l'opposé, et c'est pourquoi j'ai été choqué les premières fois que j'ai pu l'essayer.

Mais j'insiste, je finis toujours par y arriver. J'ai connu ça en 250cc et aussi en MotoGP. Le problème, c'est que tout le monde a pensé que j'allais être Champion avec Ducati lors de ma première année. D'autant plus avec Márquez devant, qui courait alors avec Honda depuis cinq ans.

Je finis toujours par y arriver

Jorge Lorenzo

Penses-tu que l'équipe sera encore compétitive après ton départ ?

Je ne sais pas, et tout de suite ce serait pure spéculation que de dire non, de même pour mes résultats. Petrucci pourrait faire un pas en avant et obtenir des podiums ainsi que des victoires, ça pourrait arriver.

Tu as expliqué que si la victoire avait tant tardé à arriver, c'était parce que tu manquais d'énergie. Les exigences physiques de la Desmosedici t'ont-elles surpris ?

Je reconnais que j'ai sous-estimé les changements impliqués par le passage de Yamaha à Ducati. J'ai pensé que j'allais être plus rapide dès le début, mais ça ne s'est pas passé comme ça. Mais c'est aussi vrai que Ducati n'a remporté qu'un titre dans toute son Histoire, et que l'équipe était dans une année particulière : elle tirait profit des pneus Bridgestone et sa moto disposait de 30 ch supplémentaires par rapport à ses concurrentes.

Que signifie pour toi le fait que Márquez n'a pas fait la moindre objection quand Honda a décidé de te recruter ?

Pour moi, cela signifie qu'il a vraiment confiance en lui, et qu'il ne veut montrer aucune faiblesse. Je lui dois le fait d'avoir pu signer avec Honda, et j'en suis reconnaissant car à ce moment-là j'étais dans une situation difficile.

Peut-on dire que tu as failli te retrouver sans point de chute ?

Non. Je voulais continuer à courir, donc j'aurais choisi l'autre opportunité qui m'était faite (celle de Yamaha-Petronas). J'étais au meilleur de ma forme, et cela aurait été dommage de dire au revoir dans ces circonstances.

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Tu as battu Valentino Rossi chez Yamaha, et tu as démontré que tu étais capable de t'imposer avec la Ducati. Qu'attends-tu au cours du prochain chapitre ?

Le mariage entre Lorenzo et Ducati a permis aux deux parties de grandir. De mon point de vue, j'étais loin de ma zone de confort, j'ai du me réinventer pour être de nouveau rapide. Cela m'a donné quelques possibilités que je n'avais pas eues par le passé, et cela va probablement m'aider dans mon processus d'adaptation avec la Honda. J'ai aussi fait partager beaucoup de connaissances avec Ducati sur ce dont avait besoin la moto pour être encore plus compétitive. La marque a dû travailler dans des domaines qu'elle n'avait pas abordés par le passé, tel que le châssis ou l'ouverture des gaz. Jusqu'à ce moment tout était centré sur l'électronique et le moteur.

Penses-tu que le fait qu'Honda veut démontrer que sa moto peut gagner avec un autre pilote que Márquez puisse jouer en ta faveur ?

Durant l'ère Stoner, celui-ci était pour ainsi dire le seul en mesure de gagner. Même chose avec Rossi avant que je n'arrive. Ce qui est clair, c'est que la meilleure chose que vous puissiez faire dans une équipe est de recruter les deux pilotes les plus compétitifs, et de cette façon vous augmentez les chances de décrocher des victoires et des titres. C'est vrai que les choses ont changé : il y a six ou huit ans c'était plus facile de monter sur le podium que maintenant. Aujourd'hui il y a 20 motos compétitives, donc pour finir premier ou deuxième c'est plus compliqué. Mais il est aussi clair que le retour que je vais pouvoir donner à Honda va être important pour faire progresser la bonne moto qu'ils ont déjà.

Comment vois-tu les premiers tests à Valence ?

C'est sûr que cela va être un choc la première fois que je vais monter sur la moto, il n'y a qu'à voir la différence de gabarit. La Honda est un peu plus petite, mais il va y avoir des bonnes et des mauvaises choses.

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