Lorenzo parviendra-t-il une nouvelle fois à remonter la pente ?

Le tempérament atypique du Majorquin a été l'une de ses forces pour surmonter des situations difficiles par le passé, mais toute la question est de savoir si ce sera de nouveau le cas avec Honda.

Lorenzo parviendra-t-il une nouvelle fois à remonter la pente ?

"Lorsque Jorge Lorenzo arrive au stade où il se sent bien avec la moto, et où tout est en place, il est imbattable." Ce propos est d'autant plus fort qu'il émane de Marc Márquez, le maître absolu du MotoGP depuis son arrivée en 2013 (le titre ne lui a échappé qu'une fois en six ans) et coéquipier du Majorquin depuis cette année.

Au printemps dernier, l'annonce de l'arrivée de Jorge Lorenzo au HRC a fait l'effet d'une bombe, comme si quelqu'un avait exaucé le rêve de tout fan : réunir les deux derniers Champions du monde en date, considérés comme les deux meilleurs pilotes à l'heure actuelle, sur la même machine et sous le même toit, dans ce cas précis celui de Repsol Honda. Bien sûr, le numéro 99 ne pouvait pas imaginer à ce moment-là que la poursuite de son rêve allait le soumettre à l'importante pression qu'il subit en ce moment en raison de son manque évident de résultats.

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Le fait de ne pas avoir pu prendre part au premier test de pré-saison à Sepang, en raison d'une fracture du scaphoïde, a clairement réduit le temps de roulage de l'Espagnol sur la moto, ainsi que son délai de préparation physique. Un facteur qui a encore des conséquences aujourd'hui.

Après cinq courses achevées en 2019, Lorenzo occupe la 14e place du championnat, et n'affiche que 16 points à son compteur, ce qui est en soi son plus mauvais début de saison en MotoGP, à égalité avec celui de l'an dernier, lorsqu'il évoluait encore chez Ducati. À l'époque, la victoire qu'il avait ensuite décrochée au Mugello avait confirmé les avancées réalisées au cours de son adaptation sur la Desmosedici. Un autre succès était arrivé lors de la manche suivante en Catalogne, affirmant ainsi son retour au premier plan. Si l'on garde cela en mémoire, il est donc légitime de se demander si pareil scénario pourrait se reproduire avec Honda et avoir la même issue. Au vu de sa capacité de remise en question et de son habilité d'abstraction, qu'il a pu démontrer lors de ses 17 années passées en Grand Prix, la logique voudrait que l'on réponde oui à cette interrogation.

Jorge Lorenzo, Repsol Honda Team, Marc Marquez, Repsol Honda Team

Des précédents à chaque fois surmontés

Lorsqu'il évoluait en 250cc, Lorenzo avait réussi à obtenir son premier titre à l'issue d'une année où il s'était trouvé au milieu d'un conflit entre son agent, Dani Amatriain, et son père, Chicho Lorenzo. Par la suite, lors de l'année de ses débuts en MotoGP, en 2008, la rupture avec son manager de toujours avait engendré une situation chaotique, et malgré cela il fut en mesure de signer sa première victoire dans la catégorie reine (au Portugal), empochant six podiums et quatre pole positions pour finir quatrième du championnat. Logiquement, le Majorquin avait été désigné Rookie de l'année.

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Plus tard, à l'orée de la saison 2011, le fait de ne pas être à 100% lors des essais hivernaux, juste après avoir décroché son premier titre avec Yamaha (en 2010, donc), avait précipité les problèmes qu'il allait rencontrer un peu plus tard. L'un des moments forts de la saison était survenu à Motegi, où son équipe avait dû le convaincre de ne pas couper les ponts avec son mécanicien en chef, Ramón Forcada. Le Majorquin allait remporter l'année suivante son deuxième titre avec la marque aux trois diapasons, puis un troisième en 2015, l'année du clash entre Marc Márquez et Valentino Rossi.

La preuve la plus évidente de sa capacité à s'isoler de toute pollution extérieure et de la pression peut se résumer au GP de Valence de cette année-là. En dépit des enjeux, il n'avait laissé aucune chance à ses adversaires, signant dans un premier temps la pole position avant de mener la course de bout en bout. Voici donc la technique qu'il devrait appliquer à présent pour s'adapter à la RC213V, un prototype qu'il a déjà revu de fond en comble pour tenter de le mettre à sa main, toujours dans les limites de la réglementation.

"La Honda n'est pas aussi facile que la Yamaha : les rookies issus du Moto2 qui grimpent sur cette dernière sont rapides dès le premier jour. Le chemin que j'ai devant moi est long, et je ne me sens toujours pas à l'aise à 100%. Mais je crois que je vais mieux me sentir au Mugello qu'ici, et la progression que nous avons fait jusqu'à présent est bonne", a résumé Lorenzo dimanche dernier au Mans, après avoir terminé la course à la 11e place, son meilleur résultat avec la marque à l'aile dorée cette année.

"Nous avons essayé de donner à Jorge tout ce qu'il demandait pour comprendre ce qu'est notre moto", a assuré le team manager du HRC, Alberto Puig, lors d'une interview avec Motorsport.com. "C'est un quintuple Champion du monde, donc il a pleinement la légitimité pour qu'on l'écoute. Il y a eu des choses que nous lui avons données alors même que nous savions qu'elles ne fonctionnaient pas. Mais certains pilotes ont besoin d'essayer certaines pièces avant de prendre la décision de les exclure. Nous n'avons aucun problème avec cela. Lors du test à Jerez, il a fait un petit pas en avant, et je pense qu'il en a fait un autre au Mans. Je suppose qu'il commence à comprendre comment les Honda fonctionnent."

Jorge Lorenzo, Repsol Honda Team

Une direction technique claire chez Honda

Puig n'a ainsi aucun problème à admettre qu'avec les performances de Márquez, la direction technique à suivre est déjà claire pour 2020 : "La Honda est ce qu'elle est, et c'est son caractère. Si Marc obtient tous ces résultats, cela n'a aucun sens de changer de cap", reprend celui qui a joué un rôle clé dans le recrutement de Lorenzo. "Ce que nous avons fait, c'est que nous avons sélectionné la meilleure option que nous avions à ce moment-là", ajoute Puig, qui avait conclu l'accord avec le Majorquin lors du GP d'Italie 2018.

Avant le contrat avec Lorenzo, il y avait par ailleurs deux candidats initiaux. Le choix premier de Honda s'était porté sur Johann Zarco, mais le Français avait décidé de rejoindre les rangs de KTM, sur les conseils de son ex-manager, Laurent Fellon. La seconde option sur la table était celle de Joan Mir. Une option préférentielle avait même été trouvée, avant d'être annulée lorsque le Champion du monde Moto3 2017 a signé avec Suzuki. Et c'est Lorenzo qui a finalement dû convaincre Puig, ce dernier ayant bien entendu pris sa décision après consultation de Márquez.

Bien que le manque de résultats ait suscité des rumeurs, le responsable du HRC se montre clair au moment d'aborder le futur de son pilote : "Jorge a signé un contrat de deux ans, et de notre côté il va les accomplir à 100%. Honda est décidé à le rendre plus compétitif, car au final c'est pourquoi nous l'avons engagé. Qu'il y parvienne ou non, c'est une autre histoire." Aux côtés de Takeo Yokoyama, responsable technique, et de Ramón Aurín, ingénieur de piste, Puig est chargé de gérer les besoins de Lorenzo, qui n'a aucun problème à demander de modifier des choses, même s'il le fait parfois trop, selon son entourage. "Jorge est très content du groupe qui l’entoure. Il s'entend très bien avec Aurín, et le reste des techniciens est très professionnel", explique Albert Valera, son agent.

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Dans les quartiers du HRC, Jorge Lorenzo est encouragé à retrouver sa maîtrise, en dépit du fait que la moto lui demande de réaliser des choses différentes de celles qu'il a pu faire jusqu'ici. Il est aussi important de garder à l'esprit les contrastes entre son style de pilotage et celui de Márquez, qui sont pour ainsi dire opposés. Depuis que son problème de scaphoïde a été réglé, le Majorquin fait tout pour que son manque d'énergie ne soit pas un handicap. De plus, il a commencé il y a quelques semaines à s'entraîner à moto aux côtés de son père, un élément qui l'a sans doute aidé à retrouver la concentration qui lui a fait défaut récemment.

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