Comment Lorenzo a convaincu Yamaha qu'il pourrait succéder à Rossi

Avant même de remporter son premier titre, en 250cc, le jeune pilote espagnol avait déjà séduit Yamaha, s'affirmant comme un potentiel successeur de Valentino Rossi grâce à son "instinct de killer".

Fin limier du MotoGP depuis 20 ans, Lin Jarvis était déjà aux manettes du programme Yamaha lorsque Jorge Lorenzo est entré dans son radar. S'il était difficile de passer à côté du phénomène Lorenzo, plus jeune pilote à courir dans le championnat puis auteur de quelques frasques retentissantes, voir en lui le successeur de Valentino Rossi était moins évident. Mais c'est son caractère de "killer" qui a justement frappé le directeur exécutif de Yamaha Motor Racing.

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Arrivé en Grand Prix le jour de ses 15 ans, le pilote majorquin, jeune adolescent impétueux, a gravi les échelons de la catégorie 125cc jusqu'à jouer régulièrement la gagne en 2004, insuffisamment toutefois pour rivaliser avec un Andrea Dovizioso très dominateur cette année-là. Passé en 250cc en 2005, il a pris ses marques avec la catégorie intermédiaire au guidon d'une Honda qu'il a réussi à mener six fois dans le trio de tête, mais a aussi reçu un avertissement qui allait faire date dans son esprit, disqualifié d'une course pour avoir fait chuter Alex de Angelis à la fin du GP du Japon, en tentant d'arracher une place sur le podium. C'est en rejoignant Aprilia la saison suivante qu'il a pu réaliser deux campagnes parfaites, synonymes de ses premiers titres en 2006 et 2007.

Lin Jarvis, lui, avait attentivement suivi son parcours et avait déjà vu dans le pilote au casque Chupa Chups le successeur potentiel de Valentino Rossi, avant même ces premiers sacres. "C'est une histoire intéressante", se souvient l'Anglais auprès du site officiel du MotoGP. "Valentino nous a rejoints en 2004 et nous avons été deux fois titrés en 2004 et 2005, puis nous avons presque remporté le titre en 2006 jusqu'à la chute de Valentino [à Valence, ndlr]. Mais c'est une époque où Valentino pensait sérieusement à passer à la course auto. Il y avait cette menace, nous pouvions le perdre et nous devions donc chercher qui pourrait être la personne pour prendre la suite de Valentino."

"Or ça n'est pas facile ! Il faut quelqu'un qui possède un talent exceptionnel, un pilotage exceptionnel, un instinct de killer. C'est ce que nous avons vu qu'il avait dans les petites catégories", souligne le patron du programme en évoquant Jorge Lorenzo. "Il était absolument super talentueux, mais c'était un killer. C'est ce qui nous a attiré chez lui. Nous avons commencé les négociations très tôt et nous l'avons signé avant qu'il soit Champion en 250cc et cela a mené à de formidables choses par la suite."

De bébé à grand champion

Conférence de presse d'après course : le champion 2010 de MotoGP Jorge Lorenzo, Fiat Yamaha Team

Jorge Lorenzo Champion du monde au GP de Malaisie 2010

Propulsé en catégorie reine en tant que pilote officiel Yamaha en 2008, Lorenzo n'avait encore que 20 ans. Alors qu'il venait d'enchaîner deux titres, il intégrait une structure qui avait été battue durant ces deux années, mais au sein de laquelle Rossi régnait encore en maître incontesté. Et pourtant, le jeune Espagnol a vite écarté tout complexe d'infériorité et réalisé d'emblée des performances impressionnantes au guidon de la M1.

"Il nous a rejoints quand il était très, très jeune, en montrant son talent et ses promesses", se souvient Jarvis. "C'était vraiment un bébé, il avait de bonnes joues ! Mais il a vraiment frappé fort dès ses débuts. Lors de ses trois premières courses en MotoGP avec nous il a signé trois pole positions, puis il a remporté sa première victoire au bout de trois courses."

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Ce n'est qu'au Grand Prix de France, cinquième manche de la saison, que Rossi a pu prendre l'avantage sur son nouveau coéquipier au championnat. En tant que responsable du team du #46 à l'époque, Davide Brivio se trouvait dans le clan "adverse" de Por Fuera, pourtant il n'en a pas moins été scotché par le rookie. "Ce qui a été assez impressionnant, c'est la manière dont il a commencé sa carrière en MotoGP", pointe-t-il, "parce que je me souviens que dès qu'il est arrivé, dès les essais hivernaux, il a immédiatement été rapide en tant que rookie. Il a signé trois pole positions sur ses trois premières courses, il a gagné à sa troisième course. Il ne faut pas oublier cela : ce furent ses débuts."

"C'était comme si rien ne pouvait l'arrêter", reprend Jarvis. "Mais, bien sûr, il s'est un peu arrêté lui-même, puisqu'il a eu cet énorme accident en Chine. Je me souviens qu'il s'est envolé dans un énorme highside, qu'il a atterri en se cassant les deux chevilles. Mais il n'a pas baissé les bras ! Il était en fauteuil roulant et il est monté sur la moto, et je crois qu'il a terminé quatrième."

"Quelqu'un m'a demandé comment je le décrirais en un mot et le mot que j'ai choisi a été 'dur'. Parce qu'il fait vraiment partie de ceux qui sont durs. Il est dur avec lui-même, c'est un adversaire dur, il est dur à vivre ! Et il a été un très grand champion", poursuit le responsable Yamaha. "Il est assez dur avec lui-même et avec ceux qui l'entourent, toujours exigeant pour obtenir le meilleur. Il est perfectionniste et il va toujours pousser jusqu'à la limite et c'est ce que les grands champions font. Il est vraiment spécial."

Jorge Lorenzo, blessé, se fait porter pour enfourcher sa Yamaha M1

Jorge Lorenzo blessé au GP de Chine 2008

Passés ces débuts retentissants, Jorge Lorenzo s'est effectivement affirmé comme le successeur de Valentino Rossi que Lin Jarvis avait vu en lui. Lorsque le pilote italien s'est blessé en 2010, c'est lui qui a été coiffer la couronne. Puis à nouveau en 2012, alors que le #46 avait rejoint Ducati, et enfin en 2015 avec un titre que Rossi continue à décrire comme lui ayant été "volé" dans le contexte de son clash très coûteux avec Marc Márquez. Après neuf ans d'union et trois victoires au championnat, Lorenzo n'était toutefois pas encore le véritable leader chez Yamaha et c'est avec l'ambition d'être sacré au sein d'une autre équipe qu'il a rejoint Ducati en 2017.

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"Nous avons bien sûr une relation particulière avec lui car nous avons passé neuf ans ensemble. Pour une marque en général, c'est extraordinaire et très inhabituel, je pense, d'avoir neuf ans de contrat ininterrompus avec un pilote", souligne Lin Jarvis. "Quand il est arrivé, c'était juste le petit jeune qui arrive et maintenant il apparaît comme un athlète très mature à la carrière fabuleuse. Nous repensons donc à la période qu'il a passée avec nous avec beaucoup de tendresse et il est celui qui nous a rapporté nos trois derniers championnats."

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