Le maintien du spectacle au cœur de la stratégie de la Dorna

Le patron de la Dorna va de l'avant et se veut optimiste pour l'avenir du championnat, malgré la violence de la crise actuelle. Il sait que le MotoGP a un atout de taille : l'adrénaline qu'il draine avec lui et la qualité de son show.

Le maintien du spectacle au cœur de la stratégie de la Dorna

La crise actuelle n'est pas la première que traverse le monde, et à son échelle le MotoGP, mais c'est indéniablement la plus large et la plus violente que la plupart d'entre nous peuvent se souvenir d'avoir vécu. À la tête du plus grand championnat de moto depuis 1992, Carmelo Ezpeleta, 73 ans, semble réussir à s'adapter à toutes les situations. Les visioconférences n'ont plus de secrets pour lui, et organiser en quelques semaines un championnat qui battra des records de tardiveté ne le fait pas plus sourciller. Alors que le MotoGP est en pleine mer, le capitaine espagnol donne l'impression qu'aucune vague ne peut l'atteindre et il garde le cap vers le début de saison qu'il espère réussir à mettre sur pied pour fin juillet.

Mais alors que les efforts se multiplient pour sauver 2020, qu'en sera-t-il de l'après ? Si certaines voix s'élèvent pour que cette crise serve à repenser la multiplication des Grands Prix dès l'année prochaine, le promoteur du championnat ne voit pas les choses de cet œil-là. "Pour 2021 nous avons des contrats avec 20 courses et nous ne pouvons pas annuler cela. Et d'autre part, tous les promoteurs, avec lesquels nous avons parlé, sont contents de continuer", dans une interview accordée à plusieurs journalistes, baptisée MotoGP Roundtable. "À mon avis, avoir plus de courses aide le championnat. Je pense que l'intérêt des pays pour accueillir le championnat ne baisse pas, et nous avons même pendant cette période reçu deux autres demandes pour accueillir des courses à l'avenir."

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Le MotoGP a déjà dû affronter en 2008 les secousses de la crise financière, repensant à l'époque certains de ses fonctionnements et de ses points de règlement pour que le château de cartes ne s'effondre pas, et 12 ans plus tard le défi était parfaitement réussi, presque oublié. Les problématiques posées par le coronavirus sont toutefois nouvelles, et les difficultés décuplées. "C'est une crise incroyable", concède Carmelo Ezpeleta. "C'est la période la plus difficile que nous ayons connue depuis 1992. Mais nous travaillons ensemble, et je pense que si nous arrivons à gérer la situation, nous en sortirons renforcés pour l'avenir."

"Nous nous concentrons aujourd'hui sur le fait d'essayer de faire la saison 2020, mais nous commençons aussi à discuter [de l'avenir], et la première mesure dont nous avons discuté avec la MSMA, la FIM et l'IRTA est la mise en place d'un gel technique afin de réduire les coûts", rappelle le patron de la Dorna, qui a également rapidement instauré un système d'aide financière à destination des équipes afin d'assurer leur survie au plus fort de la crise.

Si d'autres changements possibles ont été discutés ces dernières semaines, un argument est resté central et a parfois fait pencher la balance en défaveur de certaines propositions : celui de maintenir un cadre permettant au MotoGP de rester une discipline spectaculaire et divertissante, que le public devra pendant quelque temps suivre à la télévision et non plus en tribune.

"Nous pensons que l'aspect sportif de notre championnat est très bon. Ce qu'il faut c'est que nous réduisions les coûts qui ne sont pas nécessaires, afin d'abaisser les budgets et de permettre aux équipes indépendantes, aux constructeurs et à tout le monde de se concentrer là-dessus. Il est clair que ce sera un championnat différent de ce que nous avons connu jusqu'à présent, mais pas sur le plan sportif : sur ce plan, nous pensons qu'il nous faut conserver exactement la situation que nous avions, voire mieux."

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C'est dans cette optique que la réduction du plateau à une seule moto par pilote, proposée par Ducati, a été refusée. "Nous avons parlé de cette possibilité, parce qu'il a souvent été dit que le fait d'avoir une seule moto au lieu de deux pourrait réduire les coûts, mais nous avons finalement dit non", souligne Carmelo Ezpeleta. "Compte tenu de la réduction des coûts [que cela apporte] comparé aux possibilités que nous donne le fait d'avoir deux motos, nous avons décidé de garder deux motos pour l'avenir proche. Nous pensons que le système flag-to-flag est très bon comme il est maintenant, et puis s'il n'y a qu'une seule moto et que quelqu'un tombe au warm-up, alors il n'aura pas la possibilité de participer [à la course]. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé que c'était très important, et malgré la réduction de coûts nous comprenons dans ce cas que ce serait pire pour le championnat."

Danilo Petrucci, Ducati Team

"Pendant la crise précédente, en 2008, nous avons essayé de supprimer les essais du vendredi matin et nous avons vu que cela n'apportait pas une grande réduction de coûts et que c'était dommageable", poursuit le promoteur. "Nous voulons garder tout ce qui est un argument pour que l'aspect sportif soit bon.  Pour moi, nous devons faire des réductions ailleurs. [...] En travaillant ensemble nous pouvons réduire fortement les coûts et réussir à continuer jusqu'à ce que la situation change. Nous avons aussi vu la réaction de nos sponsors et elle est bonne : ils nous font confiance et pensent pouvoir continuer."

Le sponsoring, justement, est l'un des trois domaines dans lesquels Carmelo Ezpeleta estime que le MotoGP doit convaincre ses interlocuteurs afin de se préserver en vue de l'avenir, et probablement le plus délicat car celui qui impose la concurrence la plus forte. "Avec un circuit de haut niveau, il est possible d'avoir la Formule 1 ou le MotoGP, pas beaucoup plus d'événements, aussi un pays qui possède un circuit [de ce type] doit être au calendrier. Pour ce qui est de la télévision, nous sommes en concurrence avec d'autres sports et d'autres possibilités, et avec les sponsors nous sommes en concurrence contre tout le monde", détaille-t-il.

"Ma réaction est donc optimiste en ce qui concerne les circuits, optimiste aussi concernant les télévisions même si la situation pourrait peut-être être un peu plus difficile que pour les circuits, et nous nous allons surtout essayer d’apporter notre aide en matière de sponsors pour les équipes. Nous essayons de régler ces problèmes avec les mesures que nous prenons", souligne Ezpeleta. "Compte tenu de la crise économique, l'aspect sponsoring sera réduit, et ce que nous devons faire, à notre avis, est de maintenir ce que nous avons de meilleur dans le championnat, à savoir l'aspect sportif et les courses. Nous ne voulons absolument pas que le show diminue."

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