Interview

Marco Bezzecchi, le meilleur héritier de Valentino Rossi en MotoGP ?

Au bout de deux saisons en MotoGP, le talent de Marco Bezzecchi ne fait plus aucun doute pour personne. Son attitude décontractée alliée à un investissement total dans son travail n'est pas sans rappeler l'aura de son patron d'équipe, Valentino Rossi.

Valentino Rossi et Marco Bezzecchi, VR46 Racing Team

Avec ses boucles pas très disciplinées, ses boucles d'oreilles et ses tatouages, Marco Bezzecchi a l'image d'un mec cool. Et ce n'est pas qu'une apparence, tant ce jeune pilote de 25 ans semble décontracté dans son attitude, malgré le stress qui parfois se permet de poindre. Étapes importantes dans son parcours ou courses malheureuses, quand la nervosité s'invite, il ne la cache pas. Mais il a sa manière à lui de cohabiter avec les émotions parfois contrastées que le MotoGP lui inflige, et il n'est pas franchement du genre à jouer un rôle devant les médias.

Pour le debrief du dernier Grand Prix de la saison 2023, il s'est présenté face aux journalistes une bière à la main, estimant qu'elle était bien méritée après une telle année et surtout après un accrochage dès le premier tour avec Marc Márquez. L'Espagnol en a pris pour son grade au passage, Bezzecchi le qualifiant de pilote "le plus sale" du peloton, sans chercher à jouer une quelconque amitié de façade.

Par quelques éléments de son look, mais surtout par cette attitude décontractée qu'il affiche dans les allées du paddock, Marco Bezzecchi n'est pas sans rappeler Marco Simoncelli, qui fut tout aussi désireux de chercher le plaisir pour combattre la pression de la compétition et savait alléger bien des situations par une ou deux boutades. C'est aussi à Valentino Rossi qu'il fait penser, et ce n'est peut-être pas un hasard si la carrière de Bezzecchi s'est véritablement lancée au sein de l'équipe dont le nonuple Champion du monde est le propriétaire.

Formé à la VR46 Riders Academy − cette école que Rossi a créée pour faire perdurer le type de relation qu'il entretenait avec Simoncelli − il côtoie la légende depuis des années. Il y puise l'inspiration pour son approche de la compétition autant que pour cette attitude de star cool qui, couplée à son talent hors normes en piste, a fait la gloire du Docteur.

Si la course doit rester un plaisir, le dévouement nécessaire pour performer n'a jamais échappé à Rossi, et cette approche se retrouve aujourd'hui dans le groupe VR46 qu'il dirige et chez ses pilotes, notamment Bezzecchi qui incarne à la perfection ce modèle parmi la nouvelle génération. "L'équilibre entre le plaisir, le travail et les bons résultats, c'est qu'il faut rester concentré", expliquait Uccio Salucci, directeur du team VR46, à Motorsport.com l'an dernier. "Certes, nous sommes une équipe familiale et amusante, mais nous devons rester concentrés."

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Arrivé en Grand Prix à 16 ans, Bezzecchi a appris vite, décrochant un premier podium lors de sa première année en Moto3 avant de se battre pour le titre à sa deuxième saison, en 2018. Son passage en Moto2 a fait vaciller sa carrière, en raison du châssis KTM peu convaincant dont il disposait chez Tech3, mais c'est en intégrant l'équipe VR46 l'année suivante, avec une Kalex, qu'il a repris son ascension, avec au passage deux victoires dans la catégorie intermédiaire. En 2021, bien que n'étant pas tout à fait à la hauteur des candidats au titre, il était tout de même troisième du championnat et cela lui a valu d'être promu en MotoGP, toujours avec l'équipe de Valentino Rossi.

Au guidon de sa Ducati satellite, Bezzecchi s'est démarqué des autres rookies en montant sur le podium à Assen et en terminant l'année avec 87 points d'avance sur le second débutant. Puis sa deuxième année a été exceptionnelle, le récompensant de trois victoires en Grand Prix et de la troisième place finale du championnat, toujours avec une Ducati datant de la saison précédente.

"Je m'attendais à aller vite mais je ne me serais jamais attendu à obtenir autant de bons résultats, surtout parce que ce n'est que ma deuxième saison", a expliqué Marco Bezzecchi à Motorsport.com à l'heure de dresser le bilan de sa saison 2023. "Mais dès qu'on a commencé, j'ai vu que j'étais en confiance avec la moto, que j'allais vite et que je faisais de bons chronos pendant les tests."

"Ceci dit, un test, c'est toujours différent par rapport à un week-end de course, alors j'ai voulu attendre Portimão, un circuit qui normalement ne me donnait jamais de bonnes sensations. Quand je suis monté sur le podium, je me suis dit 'OK, cette année, je vais être fort à toutes les courses'. Mais je ne m'attendais pas à me battre pour le championnat."

Bezzecchi scored three grands prix wins in 2023

Photo by: Gold and Goose / Motorsport Images

Marco Bezzecchi a décroché trois victoires en 2023.

La recette pour y arriver ? Il explique ses progrès par l'expérience acquise au guidon de la Ducati, le fait que le constructeur permette d'accéder aux données de huit pilotes, mais aussi par le fait qu'il est "plus en forme pour piloter la moto". Ce qui lui a parfois manqué, c'est la constance, car de bons week-ends ont souvent été suivis d'une baisse de forme et une fracture de la clavicule ne l'a pas non plus aidé, mais il voit surtout sa principale faiblesse dans les départs.

"Ce que je sais qu'il me manque et ce que j'essaie d'améliorer, c'est un peu le départ", explique-t-il. "Et à cause du départ, les premiers tours sont ceux où je ne suis pas encore très fort, surtout si je pars en milieu de peloton. J'ai du mal au départ, ensuite je perds quelques places, puis le début de la course est vraiment difficile et c'est dur à rattraper."

"Parfois, j'arrive à revenir, comme en Autriche ou en Thaïlande, mais parfois c'est plus difficile. Ou bien on peut être impliqué dans un accident. En Inde, j'ai été impliqué [dans un crash], mais j'étais en pole position. Mais le départ reste un problème, que j'essaie de résoudre. Parfois je trouve la solution, et parfois non."

Une loyauté totale à l'équipe qui l'a mené au sommet

Ces soucis qu'il perçoit au départ des courses ne sont pas totalement de son fait, car il n'a pas été gratifié la saison dernière du dispositif évolué qu'ont reçu les pilotes d'usine et qui s'est particulièrement ressenti dans les prestations de Pecco Bagnaia et Jorge Martín. Marco Bezzecchi n'est pas du genre à se chercher des excuses et il assume qu'il doit progresser, mais sa moto aussi puisqu'elle reste inférieure à celle des deux pilotes qui l'ont battu au championnat.

Face à ce constat, sa décision de rester avec VR46 sur une Ducati qui, en 2024, gardera un retard d'un an, peut sembler un peu étrange étant donné qu'il avait une offre pour rejoindre Pramac et y disposer d'une GP24 avec le soutien du constructeur. Mais Bezzecchi ose prendre des chemins de traverse et il a estimé que rester dans son environnement actuel serait préférable pour lui. C'est à la fois un choix de cœur et un choix de raison, puisqu'il y voit la meilleure façon d'évoluer en tant que pilote et de s'assurer de ne pas rater le coche quand le marché va s'ouvrir, avec une grande majorité des contrats d'usine arrivant à échéance à la fin de cette année.

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"Si je dois changer d'équipe, je veux changer pour une équipe d'usine", martèle-t-il. "Mais une vraie équipe d'usine. Pramac a bien sûr un team d'usine, mais ça n'est pas l'équipe Ducati. Et pour moi, passer d'une équipe satellite à une autre n'a pas de sens, même si la moto est un peu meilleure."

"Au final, mon rêve est d'intégrer l'équipe d'usine Ducati. Alors pourquoi devrais-je quitter une équipe faite pour moi, avec les gens qui m'ont choisi au début de l'année dernière [2022, ndlr], pour rejoindre un autre team avec la même moto − un peu meilleure, mais pas une vraie moto d'usine − avec des gens complètement différents ?"

Travailler sans jamais oublier de se marrer, voilà la recette du MotoGP pour Marco Bezzecchi.

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

Travailler sans jamais oublier de se marrer, voilà la recette du MotoGP pour Marco Bezzecchi.

"C'est aussi l'objectif de l'Academy de faire évoluer les pilotes et de les faire passer à une équipe d'usine. Alors, tant que je n'ai pas la possibilité d'intégrer une équipe d'usine, je ne vais pas changer pour passer à un autre team satellite. Mais cette décision que j'ai prise, c'est parce que je veux aller chez Ducati en rouge."

Bien sûr, encore faut-il qu'il y ait de la place pour que ce pari réussisse. Car Pecco Bagnaia a un guidon pratiquement assuré dans l'équipe officielle et l'identité de son voisin de stand donnera lieu à une grosse concurrence. Jorge Martín est en tête de lice, Marc Márquez sera un candidat naturel, Enea Bastianini pourrait mériter de rester s'il retrouve sa réussite, et des prétendants pourraient émerger à l'extérieur de l'actuel groupe Ducati, à l'image d'un Fabio Quartararo ou d'un Joan Mir selon comment se passe la saison de Yamaha et Honda.

Pour le moment, "ça n'est pas un problème", assure Marco Bezzecchi, avec une sincérité palpable. Et s'il parvient à aborder cette situation avec autant de discernement, c'est peut-être aussi le fruit du travail accompli par VR46 pour créer autour de lui un environnement dans lequel il peut être lui-même, à savoir un pilote qui aime s'amuser mais qui sait aussi travailler à fond pour construire sa carrière.

"L'équipe fait un travail formidable", ajoute-t-il. "Tous les membres de mon team sont fantastiques, je les connais depuis de nombreuses années et je m'entends très bien avec eux. Et puis, on prend soin de chaque détail à la maison, car j'ai la possibilité de travailler avec Uccio, avec Matteo [Flamigni], sachant qu'ils sont italiens et qu'ils sont aussi là-bas. Pour moi, il est important que l'on ait cette relation pour essayer de se voir parfois, d'aller déjeuner ensemble et simplement de discuter de tout et de rien, pas seulement de motos."

"C'était important pour moi de construire cette relation avec eux. Et puis, eux aussi, ils veulent tous se battre pour des victoires, des podiums et de bons résultats. Tout le monde est motivé, alors moi aussi je suis très motivé, même si je m'amuse beaucoup et que je prends beaucoup de plaisir à être avec eux. Mais quand c'est le moment de travailler, j'aime m'investir à fond dans ce que je veux et ils sont comme moi. On se ressemble donc beaucoup en cela et on se motive les uns les autres. Ils sont également très bons sur le plan technique."

Un objectif pour Marco Bezzecchi cette année : obtenir son ticket d'entrée pour l'équipe officielle Ducati.

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

Un objectif pour Marco Bezzecchi cette année : obtenir son ticket d'entrée pour l'équipe officielle Ducati.

Faire tout cela en portant la marque de Valentino Rossi − et, par association, le poids d'un immense héritage à perpétuer − aurait de quoi être intimidant, mais Marco Bezzecchi considère que c'est "plus un privilège qu'une pression". Car Rossi, dit-il, "n'est pas un patron d'équipe qui fait semblant. Il veut que tu sois rapide, mais si tu as du mal, il est le premier à venir aider."

Après ces deux premières saisons en MotoGP, il n'est pas difficile de comprendre pourquoi Rossi a pris Bezzecchi sous son aile et continue aujourd'hui de le soutenir, lui qui est monté au créneau pour aider son pilote à faire son choix d'équipe l'été dernier. La décision qui en a découlé de refuser une moto d'usine pour rester dans cet environnement qui lui permet de s'épanouir en dit long sur la maturité et sur la force de Bezzecchi, qui cherche à se donner les moyens d'être encore plus compétitif en 2024 avec une moto qui aura un an.

L'avenir dira s'il s'agissait du bon choix pour lui. Mais si Valentino Rossi et la VR46 Riders Academy ont déjà goûté au succès suprême avec les titres MotoGP de Pecco Bagnaia, Marco Bezzecchi s'impose incontestablement comme un pilote qui sera plus que capable de venir enrichir ce palmarès à l'avenir.

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