Sans Marc Márquez, Honda a touché le fond en 2020

Quand Marc Márquez n'est pas en mesure de disputer une seule course dans son intégralité, c'est tout le bilan de Honda qui en pâtit. Le constructeur a toutefois montré des signes laissant penser que sa dépendance à son champion pourrait s'amenuiser la saison prochaine.

Sans Marc Márquez, Honda a touché le fond en 2020

Souffrant tout particulièrement de l'absence de son chef de file, resté sur la touche bien plus longtemps qu'initialement prévu, Honda a vécu en 2020 sa plus mauvaise saison dans la catégorie reine des Grands Prix depuis la création du département course actuel (le HRC) en 1982, affichant pour la première fois un palmarès exempt de victoire.

Sous la bannière de Honda Racing Corporation, division fondée le 1er septembre 1982, la marque à l'aile dorée a connu un succès presque immédiat dans la catégorie reine des Grands Prix, avec la troisième place de Freddie Spencer au championnat 1982 et un an plus tard son premier titre. Et depuis ce lancement, 21 titres 500cc/MotoGP ont été glanés (sans compter de nombreux autres championnats dans les catégories inférieures et d'autres disciplines telles le Dakar ou le trial) et chaque saison des courses ont été remportées, jusqu'à atteindre un total de 299 victoires à l'issue de la campagne 2019. Depuis, ce chiffre n'a pas bougé.

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Jusqu'au score vierge de 2020, le pire bilan du constructeur était celui des saisons 1993, 2007 et 2008, avec deux victoires obtenues à chaque fois. Cela ne rivalisait, certes, pas avec les statistiques de 1997, campagne au cours de laquelle Honda a remporté tous les Grands Prix 500cc, mais c'était tout de même un lot de consolation dont la marque se serait volontiers contentée cette année. Le contre-coup subi cette saison est d'autant plus violent que Honda venait de réaliser une année elle aussi historique en 2019, avec non seulement la triple couronne mais même un record impressionnant de 420 points empochés par Marc Márquez, du jamais vu !

Seulement, la supériorité du pilote espagnol était à la fois la force et la faiblesse du groupe, lui qui avait remporté six des sept derniers titres MotoGP et signé les 21 dernières victoires de la marque, et son absence pour blessure cette année n'a fait que le confirmer. Accidenté dès le premier Grand Prix, puis dans l'incapacité de reprendre la compétition par la suite, le #93 a vu son constructeur sombrer, n'obtenant que deux podiums au cours de la saison − ceux d'Álex Márquez. Chez Honda, on n'avait jamais connu ça.

Marc Marquez, Repsol Honda Team

La marque qui avait remporté les quatre derniers championnats constructeurs a cette fois terminé l'année à la cinquième place de ce classement. Il s'agit de son plus mauvais résultat, puisqu'elle n'était jamais descendue en dessous de la troisième position. Quant au classement par équipes, il a vu les deux teams fournis par le HRC terminer huitième et neuvième (sur 11 équipes engagées), avec deux à trois fois moins de points que Suzuki. Au championnat pilotes, enfin, c'est avec une modeste dixième place que Takaaki Nakagami s'est classé le plus haut pour Honda.

“Pour être honnête, lorsque vous êtes habitué à pratiquement tout gagner pendant plusieurs années, ne rien gagner comme on l'a fait cette année n'est pas un bon résultat, c'est clair…" concède Alberto Puig, team manager Repsol Honda. "Il est clair aussi que nous avons eu ce problème avec Marc au début de la saison, les choses ne sont pas allées dans la bonne direction et cela a ensuite été très difficile. Nous avons compris à un certain moment que nous n'allions pas l'avoir, qu'il ne pourrait pas être compétitif cette année, pas même pendant seulement quelques courses."

En dépit de cette dépendance criante envers son pilote de pointe, Honda a tout de même relevé la tête en cours de saison, et notamment lors du test qui s'est tenu à Misano mi-septembre, entre les deux Grands Prix qui se déroulaient sur place. La marque y a apporté différents châssis, un nouvel amortisseur arrière, quelques améliorations en termes d'électronique, et a modifié l'empattement de la machine afin de mieux l'adapter à Álex Márquez. Pour le rookie espagnol, les progrès ont été instantanés, puisqu'il a réduit son temps de course de 17 secondes au deuxième Grand Prix disputé sur la côte adriatique, diminuant son retard sur le vainqueur de dix secondes et demie. Trois semaines plus tard, il montait pour la première fois sur le podium au Mans, puis il rééditait sa deuxième place la semaine suivante en Aragón, cette fois sur le sec et en se battant pour la victoire jusqu'au drapeau à damier.

"Pour Álex, le début d'année a été très difficile, mais soudain, en milieu saison, il a fait un grand pas en avant. Et dans le même temps notre pilote d'essais [Stefan Bradl, remplaçant de Marc Márquez, ndlr], qui était à trois secondes des premiers, s'est soudain montré rapide d'une manière acceptable", décrit Alberto Puig. "Nous nous sommes donc concentrés là-dessus. Bien entendu ce n'est pas ce à quoi nous étions habitués, mais c'était comme ça. Et lorsque les choses sont comme ça, vous devez tout simplement continuer. Rien ne dure pour toujours : nous avons essayé de faire ce que nous pouvions avec la moto pour tenter de mieux la comprendre pour le futur, et c'est ce que nous avons fait."

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Mieux la comprendre pour le futur, signifie aussi tenter de faire en sorte que la RC213V se détache de son étiquette de "moto d'un seul pilote", elle qui a été menée aux plus grands succès par Marc Márquez mais qui a donné de plus en plus de difficultés aux autres pilotes qui s'y sont frottés. “Il est clair que nous avons un super pilote, qui place parfois la moto dans une position à laquelle les gens peinent à croire. Mais si vous regardez ce qu'a fait Álex avec cette moto cette année, nous ne sommes pas si mécontents", souligne Alberto Puig, qui se veut donc confiant.

Pourtant, l'absence du #93 a également privé le HRC de sa meilleure référence pour améliorer la version 2020 de la machine, alors même que les essais hivernaux s'étaient révélés alarmants, compliqués déjà par les problèmes physiques de l'Espagnol, au point de pousser le constructeur à des tâtonnements de dernière minute. Et même si le tir avait été rectifié à temps, la machine la plus récente a continué à être jugée moins facile que sa devancière par l'autre pilote très expérimenté du groupe, Cal Crutchlow.

À la différence du rookie Álex Márquez qui a donc commencé à se montrer plus performant à mi-saison, c'est sur une machine de 2019 que Takaaki Nakagami a lui aussi montré des aptitudes à la victoire et qu'il s'est affiché tout au long du championnat comme le leader le plus régulier du groupe. Qu'en sera-t-il cependant la saison prochaine, sachant que le Japonais passera lui aussi à la moto de 2020 et que, Crutchlow parti, c'est Pol Espargaró qui intégrera le groupe sans connaissance aucune de la RC213V ?

Alberto Puig refuse là aussi de céder au pessimisme, et voit dans la stabilité réglementaire une bouée de sauvetage. "Bien entendu, comme pour tous les constructeurs, il y a des choses qui ne sont clairement pas bonnes, mais on essaie de travailler. Néanmoins, il y aura un gel l'année prochaine, ce que tout le monde comprend, donc d'une certaine manière nous sommes contents car nous pensons que nous avons une direction à suivre pour l'année prochaine", pointe-t-il. "Bien sûr, Álex aura plus d'expérience et Marc sera de retour, et nous pensons que nous serons prêts à nous battre. Et Pol, avec toutes ses années d'expérience sur la KTM, je suis sûr qu'il va nous aider et qu'il sera fort lui aussi dès le premier jour.”

Malgré les pointes d'optimisme qui peuvent percer dans un bilan qui se veut moins noir que ne le laissent penser les chiffres bruts, Honda ne peut malgré tout qu'espérer régler son principal problème : récupérer un Marc Márquez apte à courir et en pleine possession de ses moyens, ce qui n'est à l'heure actuelle pas garanti pour le début de la saison 2021, la troisième opération subie par le pilote espagnol risquant de le tenir éloigné des circuits encore six mois.

Avec Guillaume Navarro

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