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Interview

Márquez - "En piste, je ne laisse personne m'influencer"

Alors que le coup d'envoi de la saison sera donné cette semaine, Marc Márquez se livre à Motorsport.com sur la difficile fin de saison 2015 et sur l'intersaison, non moins compliquée, qu'il vient de traverser.

Marc Marquez, Repsol Honda Team

Il y a quelques jours, nous avons rencontré Marc Márquez en marge des derniers essais de la pré-saison, à Losail. Une semaine plus tard, la caravane du MotoGP investit à nouveau le circuit qatari, où sera disputé dimanche le premier Grand Prix de la saison.

Comment s'est passé l'hiver pour toi ?
"Je ne me suis pas beaucoup reposé. Après la fin de la saison, on est allé à Jerez pour des essais, puis j'ai animé un camp d'entraînement pour des enfants à Lleida. Ensuite, j'ai encore été occupé avec le Superprestigio à Barcelone (course de dirt track, ndlr) et j'ai disputé une course de motocross… Au final, je me suis reposé environ deux semaines, entre le 20 décembre et le 3 ou 4 janvier, et puis j'ai repris l'entraînement, surtout physique."

As-tu beaucoup repensé à la façon dont s'est terminée la saison passée ?
"Vous ne me croirez peut-être pas, mais pas trop. Je pense aux choses quand elles dépendent de moi ou quand j'ai fait une faute. Mais dans ce cas, étant donné que je sais que je n'ai rien fait de mal, non."

Marc Marquez, Repsol Honda Team
Marc Marquez, Repsol Honda Team

Photo de: Honda

Après t'être senti attaqué par Rossi dans la conférence de presse en Malaisie, est-ce que tu t'es demandé : "Est-ce que j'ai vraiment envie d'être dans ce train ou bien est-ce que je ne devrais pas plutôt en descendre ?"
"À Valence, par exemple, je savais que si je terminais deuxième ou bien entre Valentino et Jorge, on me pointerait du doigt, peu importe comment la course se serait finie. Au final, on est tous pilotes. Certains courent peut-être depuis plus longtemps que d'autres et ils ont peut-être gagné plus, mais en piste personne n'est au-dessus des autres. Ce que je me suis effectivement demandé c'est, qu'est-ce qui se serait passé à Valence si tout le monde avait piloté une moto noire sans que l'on sache qui était qui ? J'aimerais savoir ce que les gens auraient pensé. Il est évident que certains pilotes ont plus de pouvoir médiatique que d'autres - et ils l'ont mérité - mais l'utiliser contre quelqu'un, c'est autre chose. Chaque fois que je suis sur la moto, je fais mon truc, je fais ce que je pense être le mieux et, surtout, je me donne à 100%. En piste, je ne laisse personne m'influencer."

Il est évident que certains pilotes ont plus de pouvoir médiatique que d'autres, mais l'utiliser contre quelqu'un, c'est autre chose.

Marc Márquez

Quelle a été ta réaction quand tu as testé la moto à Sepang, pour les premiers essais de l'année ?
"Ça a beau être ma quatrième année en MotoGP, on est toujours nerveux. Et puis la dernière fois où j'avais roulé, c'était à Jerez et ça ne m'avait pas laissé un très bon souvenir, parce que ça avait été un test difficile, on avait eu beaucoup de problèmes."

En Malaisie, tu as dit que la moto n'était pas telle que tu t'y attendais. As-tu pensé que l'histoire se répétait un an après ?
"Cette année, Sepang en particulier a été bien pire que l'an dernier pour nous. À l'époque, on avait fini devant. Cette année, j'ai réalisé que la pré-saison allait être très courte pour nous parce qu'on avait beaucoup de tests à faire et beaucoup de choses manquaient, en particulier du côté de l'électronique. Étant donné qu'on a des problèmes avec l'électronique, l'adaptation aux nouveaux pneus nous a pris plus de temps parce que je ne pouvais pas attaquer à la limite."

En quoi la moto a-t-elle progressé depuis ?
"Surtout sur l'électronique. Durant la dernière journée au Qatar, on a réalisé des progrès très importants. On a sauvé l'hiver à ce moment-là, et ce grâce au travail abattu par tout le monde, qu'il s'agisse de Honda ou de mon team. On a fait un pari et il a payé."

Et qu'avez-vous fait ?
"Des changements radicaux, globalement sur les réglages. Je suis tombé et j'ai passé plus d'une heure au stand. Je voulais quelque chose de complètement différent, en somme."

Comment ça se passe avec l'électronique standardisée ?
"On a beaucoup progressé, parce qu'à Sepang on n'avait pas de base sur laquelle travailler. Ces motos nous permettent de régler les paramètres de la centrale virage par virage - c'est-à-dire le frein moteur, la sortie du virage, et autre. Or, elle n'a pas été calibrée, si bien qu'elle était imprévisible. On a beaucoup progressé à Phillip Island après avoir tout analysé."

As-tu averti Honda que les choses n'allaient pas bien ?
"De mon côté du stand, on a l'habitude de se réunir à la fin de chaque test et de dresser un bilan général. Après les premiers essais, j'ai expliqué tous les problèmes que l'on avait. En tout cas, je sais qu'Honda veut gagner et qu'ils font tout ce qu'ils peuvent, sinon ils ne seraient pas là. Il faut les pousser, mais dans le même temps ils me poussent et je pousse le team."

Tu as dit que, cette année, il y aurait des courses sur lesquelles tu attaquerais et d'autres où tu ne le ferais pas. Cela signifie-t-il que l'on verra un Márquez différent cette année ?
"L'année dernière, mes scores vierges m'ont beaucoup pénalisé, surtout au début. Je n'étais pas à l'aise et, à certains moments, je n'ai pas su comment me montrer conservateur et engranger les points. Mais au final, j'ai pris des risques. Ensuite, j'ai été plus régulier, mais j'ai aussi fait des fautes. Pendant cette pré-saison, le scénario a beaucoup changé. S'il y avait eu une course à Sepang, Jorge [Lorenzo] m'aurait mis 15 secondes, parce que rien ne pouvait l'arrêter. Mais à Phillip Island, c'était le contraire : il a passé un moment difficile et il est tombé deux fois. Je pense que l'on assistera à ces hauts et bas jusqu'à ce que ça se stabilise un peu."

Marc Marquez, Repsol Honda Team
Marc Marquez, Repsol Honda Team

Photo de: Repsol Media

Où penses-tu que ça a mal tourné ?
"En particulier durant la première partie de la saison, par exemple au Mugello ou à Montmeló. Je n'étais pas prêt à l'attaque, mais il était difficile de ne pas le faire après avoir remporté deux titres de suite. En 2014, j'ai eu une saison incroyable, alors 2015 arrive et tu te dis : "Pourquoi ne pourrais-je pas gagner ? Pourquoi est-ce si difficile ?" Je n'ai pas réussi à me mettre ça en tête et cela m'a poussé à prendre plus de risques que je n'aurais dû. Ça ne s'est pas bien passé. Ensuite, j'ai été plus régulier, mais dans le même temps je devais prendre des risques si je voulais avoir une chance de me battre pour le titre. À Silverstone, par exemple, j'avais conscience que je ne pouvais pas [me contenter de] finir quatrième ou cinquième, ce qui était plus ou moins la position logique à laquelle j'aurais dû finir."

Penses-tu que tu finiras par être reconnaissant de tout ce qui est arrivé ?
"J'ai probablement plus appris en 2015 que pendant la saison de mes débuts. Il est évident que j'ai beaucoup appris en 2013, mais tout s'était passé simplement, et puis je n'avais pas de pression. L'année dernière, par contre, j'ai dû subir la pression que l'on ressent quand on ne gagne pas. Si tu fais une faute, il ne se passe rien, mais tu en fais une, puis une autre, et encore une autre… alors les gens commencent à remettre certaines choses en question. Je suis convaincu que le fait d'avoir vécu cela me sera très bénéfique."

Est-ce que tu t'es déjà senti invincible ?
"Quand tu as quelques bonnes années, ta confiance en soi grandit et tu essayes des choses que tu n'envisagerais pas dans d'autres circonstances. Gagner est alors la seule chose que tu as en tête. Mais j'essaye de regarder d'autres sportifs, comme Valentino ou bien Messi en football. Ils ont tous connu des baisses de régime et ils sont restés les mêmes. Je savais qu'il en serait de même pour moi : j'étais certain que je vivrais une année plus difficile et ce fut le cas."

Si on ajuste tout comme il le faut, c'est une moto qui peut gagner, mais pas tout le temps. On laisse cela à Mercedes en F1.

Marc Márquez

À vous entendre, Pedrosa et toi, on pourrait penser que Honda vous écoute mais qu'ils font ce qu'ils jugent opportun. A-t-on raison de penser cela ?
"La vérité, c'est que Honda change et cette année ils ont fait beaucoup d'efforts pour préparer un moteur différent, cependant on espérait tous - les ingénieurs et nous-mêmes - en voir un effet beaucoup plus marqué en piste. Il y a des choses à améliorer. Ce sport est comme ça : cela ne dépend pas que de toi. [En MotoGP], tu as beau être bon, si tu n'as pas la moto et l'équipe, tu ne gagneras jamais. En 2013, Honda avait une meilleure base que Yamaha sur certaines courses. Puis, ils se sont ressaisis et, même si je me sentais très à l'aise en 2014, ils avaient déjà une meilleure moto sur la seconde moitié de la saison."

Dans l'Histoire de Honda, beaucoup de pilotes ont dit que la marque donnait plus de valeur à la moto qu'au pilote. Est-ce vrai ?
"Cela a changé ces dernières années. J'ai entendu cela aussi, mais en ce qui me concerne ils m'écoutent et ils essayent, même si au final ça peut se passer bien ou mal. Entre 2014 et 2015, par exemple, on sortait d'une très bonne période et ils ont continué à travailler à leur façon. En étant sur cette lancée, peu importe à quel point le pilote les met en garde, il est très dur de les faire soudain changer de perspective. L'année dernière, on s'est retrouvé avec une moto très compliquée pour le pilote mais qui était encore la meilleure de toutes sur certains circuits. Cette année, ils ont essayé de rectifier cela en changeant de moteur, mais l'impact n'a pas été aussi important qu'on l'espérait."

Que va-t-il se passer en ce sens ?
"C'est difficile parce que le moteur est scellé, il va donc falloir que l'on travaille sur d'autres choses : l'échappement, l'électronique, etc. Bien entendu, le changement le plus significatif peut venir de la plus grosse pièce, mais à ce stade on ne peut plus y toucher. En tout cas, si on ajuste tout comme il le faut, c'est une moto qui peut gagner, mais pas tout le temps. On laisse cela à Mercedes en F1. En MotoGP, certains circuits conviennent mieux à un constructeur, alors on va apprendre où souffrir et où attaquer."

Ton contrat, comme ceux de Pedrosa, de Rossi et de Lorenzo expirent à la fin de l'année. Que doit avoir une équipe à offrir pour séduire Marc Márquez ?
"De l'ambition et le fait de marcher ensemble vers un même but. Je suis ici pour gagner des titres, pas pour l'argent."

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