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Michelin répond à la "petite minorité" mécontente des pneus

Michelin a justifié son choix de pneumatiques pour le Grand Prix d'Indonésie. Selon le manufacturier, la "petite minorité" mécontente n'a pas su prendre la bonne direction dans les réglages de ses motos.

Pol Espargaro, Repsol Honda Team

Le plateau MotoGP le savait avant d'arriver à Mandalika, ce tout premier Grand Prix en Indonésie allait se révéler compliqué sur de nombreux points et en particulier les pneumatiques. Avec des températures de piste estimées aux alentour de 60 degrés, Michelin a effectué des changements en apportant une nouvelle carcasse censée mieux gérer la chaleur extrême, mais celle-ci a provoqué de nombreuses réactions.

Les pilotes s'étaient en effet habitués aux gommes qu'ils avaient utilisées lors du test de février et se sont accordés tout au long du week-end sur le fait que ce nouveau pneu était difficile à gérer. "Il offre un peu plus de confort de pilotage, on se sent un peu moins à la limite, mais pour moi, on sent qu'il est moins performant et patine un peu plus", avait expliqué Fabio Quartararo. Jorge Martín et Maverick Viñales avaient l'impression de rouler sur "de la glace" avec ce pneu, tandis que chez Suzuki, Joan Mir se montrait complètement perdu dans ses réglages. Les pilotes Ducati officiels étaient les seuls à reconnaître une certaine stabilité malgré des sensations loin d'être parfaites.

Face à la perplexité générale et à plusieurs critiques appuyées, Piero Taramasso, le directeur exécutif de la compétition deux-roues chez Michelin, a tenu à expliquer et justifier ce choix auprès de Motorsport.com : "Après le test de février, il était évident que les pneus standards ne pourraient pas faire la course, car les températures étaient très élevées et n'auraient pas tenu 27 tours. C'est un circuit très exigeant, aussi bien pour les pneus avant que les pneus arrière en raison du combo : hautes températures, nouvel asphalte et températures d'asphalte très élevées, proches ou supérieures à 60 degrés."

"L'unique choix possible a donc été celui de changer le modèle de la carcasse, parce que changer les gommes n'aurait pas été suffisant pour faire baisser la température de 15-20 degrés. Nous avons donc introduit ce type de carcasse pour les hautes températures et nous avons confirmé les gommes que les pilotes avaient déjà à disposition lors du test. La carcasse avait déjà été utilisée en 2017 ou 2018 donc les équipes connaissaient déjà ses caractéristiques."

"C'est logique qu'il s'agisse d'un pneu différent de celui que nous avions amené au test, car il offre un peu moins d'adhérence mais aussi un peu plus de stabilité. Au final, la performance a été identique à celle du test parce que le chrono de la pole de Quartararo a été le même que celui du troisième jour de test."

Piero Taramasso

Piero Taramasso

Le Français a en effet roulé en 1'31'067 tandis que Pol Espargaró avait conclu le test en tête avec un chrono de 1'31'060. Pourtant, l'Espagnol a été le plus virulent ce week-end à l'égard de la décision du manufacturier, estimant avoir vu tout le travail hivernal effectué par Honda voler en éclat en devant mettre "des vieux pneus sur une nouvelle moto".

Taramasso a souhaité "éclaircir" ce point, que plusieurs pilotes ont mis en avant en parlant de pneus datant de 2017 ou 2018 : "J'ai entendu parler de pneus qui datent de quatre ou cinq ans, mais ce n'est pas ça. C'était un type de carcasse que nous avions déjà utilisé par le passé, mais les gommes étaient les mêmes que lors du test."

Malgré les explications de Michelin, il est encore difficile d'expliquer la déroute de Honda ce week-end, qui s'est retrouvé loin à chaque séance sur le sec, et même en course sur le mouillé. Le constructeur japonais n'a lui-même pas encore trouvé toutes les explications, et a déclaré souhaiter s'entretenir plus amplement avec Michelin.

Taramasso s'est dit pleinement disposé à discuter avec les pilotes et équipes le souhaitant, mais estime que la clé du Grand Prix résidait simplement en un travail intensif pour trouver les bons réglages : "Lorsqu'on change les caractéristiques, il faut logiquement travailler sur la moto, sur les suspensions, sur l'électronique et adapter le style de pilotage pour obtenir les mêmes performances. Il n'y a pas que les pneus, beaucoup d'éléments entrent en jeu pour être performant."

"Aujourd'hui, il n'y a malheureusement pas de pneus qui permettent, juste en les montant, d'être devant sans rien toucher au niveau des réglages. Beaucoup pensent que c'est comme ça, mais malheureusement non. Il faut bien travailler pour y parvenir. La preuve, c'est ce que ceux qui l'ont fait ont été devant."

Il s'agissait seulement de travailler pour trouver les bons réglages.

Piero Taramasso, responsable de la compétition deux-roues de Michelin

Face aux données recueillies qui parlent d’elles-mêmes, l’Italien estime que Michelin a accompli son travail en amenant une carcasse qui a prouvé son efficacité. "Honnêtement, aucune personne des équipes techniques, celles qui connaissent réellement les données et les caractéristiques, n'est venue se plaindre. Elles étaient au courant de la situation déjà avant de venir pour la course, et elle ne se sont pas plaintes. Puis il y a une petite minorité de personnes qui se sont plaintes, mais elles n'ont probablement pas compris les choix techniques ou elles n'étaient pas présentes au test", a-t-il poursuivi.

"Nous sommes néanmoins toujours disponibles pour leur expliquer les choses, même avec les données en main. Maintenant nous avons aussi celles de ce week-end et au vu de celles-ci, il est clair qu'il n'y avait aucun problème. Il s'agissait seulement de travailler pour trouver les bons réglages."

"Aujourd'hui, nous avons quatre modèles de carcasses de notre pneu, deux standards et deux pensées pour résister aux hautes températures. Et nous utiliserons ces deux dernières quand nous estimerons que ce sera fondamental pour offrir plus de sécurité aux pilotes, parce que pour nous la sécurité passe avant la performance."

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Propos recueillis par Matteo Nugnes

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