Oliveira tempère l'avantage qu'il a pu avoir à Portimão

Était-il écrit que le Grand Prix du Portugal serait remporté par le pilote local ? Le vainqueur et ses rivaux minimisent un quelconque avantage, qui a vite fait place à une réelle qualité de travail.

Ceux qui, il y a 15 ans, ont été témoins des prouesses de Nicky Hayden à Laguna Seca, lorsque le MotoGP a pour la première fois posé ses roues sur l'atypique circuit californien, ont vu leurs souvenirs ravivés dimanche en assistant à la superbe et très dominante course de Miguel Oliveira à Portimão. En 2005, alors en route vers sa première victoire, le futur Champion du monde 2006 avait assommé tant les essais que la course, adoptant des trajectoires finement optimisées dans les portions les plus techniques d'un circuit caractérisé tant par son dénivelé que la cambrure de sa piste.

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On se souviendra, pour l'anecdote, qu'à l’époque Hayden avait manqué le hat trick puisque le meilleur temps en course était revenu à Colin Edwards avec une avance de… 69 millièmes ! Le week-end dernier, le pilote portugais a, lui, réussi à obtenir le carton plein absolu sur le Circuit de l'Algarve, avec sa première pole position, puis une victoire assortie du meilleur temps en course, et le tout en bouclant l'intégralité des tours en tête !

Oliveira n'était pourtant pas le seul à compter une expérience de course précédente sur la piste qui, pour la première fois, était intégrée cette année au calendrier MotoGP, et il en est convaincu : son avantage n'a pas duré bien longtemps. "Je suis d'accord sur le fait que j'avais un genre de connaissance différent de cette piste, notamment en termes de pilotage avec le vent. Mais je ne peux pas vraiment dire à quel point ça a été un avantage parce que nous avons eu beaucoup de temps d'essais vendredi et la moto est très différente d'une Superbike standard… La manière de piloter est juste si différente, alors je ne peux pas vraiment dire si mon expérience [a compté]", tempérait le pilote Tech3.

À ses côtés sur le podium, Franco Morbidelli comptait en effet une expérience sur place, puisqu'il avait remporté la manche de Superstock 600 en 2013 et brillé notamment dans ses dépassements en fin de course. "Franco a couru ici il y a de nombreuses années et il est sur le podium, mais Jack [Miller] n'a jamais fait de course ici et il a juste fait quelques tours en octobre. Et parmi les autres pilotes, il y a des gars avec pas mal d'expérience qui ont fini plutôt derrière et d'autres qui ne connaissaient absolument pas la piste et qui ont fini plutôt devant, alors je dirais que c'était un Grand Prix plutôt normal en termes de qui était là ou ne l'était pas", a tranché Oliveira.

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Outre sa victoire passée au guidon d'une Kawasaki ZX-6R, Morbidelli avait en effet participé, comme la quasi-totalité des pilotes, à un test de découverte le mois dernier, pour lequel le mot d'ordre était de prendre le guidon de machines éloignées des caractéristiques des MotoGP, ce qui limitait grandement les comparaisons possibles. Seuls trois des titulaires finalement engagés en course avaient pu rouler au guidon de leur prototype : Aleix Espargaró, Lorenzo Savadori et Stefan Bradl, tous les trois bien en vue pendant le week-end, même s'ils ont vu leur avantage se réduire assez rapidement.

"J'ai piloté à Misano avec la R1 et avec la MotoGP, mais c'est un monde complètement différent", constatait Morbidelli. "Je pense que c'est la même chose pour Miguel qui a couru ici en 2016. Et je ne sais pas s'il roule [autrement] ici, mais quoi qu'il en soit il a piloté avec des motos stock qui sont complètement différentes d'une MotoGP. Je sais qu'on a beau être sur une même piste, avec une Superbike ou une MotoGP c'est un sport différent, une manière de faire différente, à laquelle il faut complètement se réadapter et qui oblige à complètement se réinitialiser."

"Je pense qu'il a fait un superbe travail en travaillant bien pendant le week-end et qu'il a bien réglé la moto", analysait simplement le pilote Petronas, troisième à l'arrivée. "J'ai pu le voir dans les deux tours où je suis resté derrière lui, il était juste le meilleur pilote ce week-end et [dimanche]. Alors vraiment, félicitations à lui ! Je pense que le fait qu'il connaisse la piste n'a pas vraiment compté : il a juste été le plus fort."

Miguel Oliveira, Red Bull KTM Tech 3, Jack Miller, Pramac Racing

"Je pense qu'il y a eu de la corruption !" a quant à lui tenté de plaisanter un Jack Miller hilare à l'arrivée. "Je l'ai même dit à Miguel sur le podium, le gars qui m'a donné le trophée portait un t-shirt d'Oliveira sur le podium ! […] Et je regardais sa combinaison : il a le nom du circuit parmi ses sponsors personnels ! C'est de la corruption ! [rires]"

"Non, bien entendu je ne le pense pas du tout ! Il a fait une superbe course. Je pense que n'importe qui a ce quelque chose en plus pour sa course à domicile. Je sais que, même en ayant été nulle part de toute la saison, quand j'arrive à Phillip Island, je mène les quatre ou cinq premiers tours… Bon, lui, il a été un petit peu plus solide que moi et il s'est échappé ! Je pense qu'avoir un Grand Prix à domicile fait que vous avez une connaissance de la piste et que cela aide, mais comme il l'a dit, Petrucci, Cal [Crutchlow] ou des gars comme ça ont déjà couru ici plein de fois, alors que moi je n'étais jamais venu à l'exception de la fois où j'ai roulé avec la Panigale, alors bon !"

Danilo Petrucci fait en effet partie de ceux qui avaient déjà couru sur le circuit portugais, qui figure au calendrier WorldSBK depuis 2008, mais sa victoire en Superstock 1000 (sur une Ducati 1098R) obtenue en 2011 lui paraissait bien loin le week-end dernier, alors qu'il a eu toutes les peines du monde à dompter la piste avec la GP20...

Et le parallèle avec le cousin californien du circuit de Portimão s'est également imposé pour le pilote italien. "Je me souviens de Laguna Seca, qui est une piste qui rend dingue les passionnés mais qui, quand on y pilote avec une MotoGP, est vraiment très difficile. Ça y ressemble beaucoup, car c'est vraiment très dur de garder la roue abaissée avec la MotoGP. Il y a beaucoup de pistes qui sont belles vues de l'extérieur et où c'est sympa de piloter, mais sortir la demi-seconde [décisive] est un cauchemar parce que la moto ne tient jamais en place. J'aimerais en tout cas revenir à Portimão. C'est un bel endroit, une belle piste, et j'aimerais y être compétitif", concluait Petrucci.

Avec Guillaume Navarro

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