Il y a un an : les scrupules de Petrucci après sa victoire

Le 2 juin 2019, le pilote Ducati a vécu une fête nationale italienne idyllique, synonyme pour lui de première victoire en MotoGP. Pourtant, il n'a pu s'empêcher d'avoir une pensée pour Andrea Dovizioso, qu'il battait à domicile.

Il y a un an : les scrupules de Petrucci après sa victoire

Il y a un an jour pour jour, Danilo Petrucci réalisait un rêve en signant sa première victoire en MotoGP. Touchée du doigt à plusieurs reprises, cette fois elle était bel et bien à lui. Cet achèvement était d'autant plus idyllique pour le pilote portant le numéro 9 que c'est devant une horde de tifosi ayant envahi la piste du Mugello qu'il sabrait le champagne, au terme de son Grand Prix national, qui plus est disputé au guidon d'une machine italienne et le jour de la fête de la République ! Et pourtant, tout ne fut pas parfait en ce 2 juin 2019. Car s'il a la hargne d'un compétiteur à l'instar de l'ensemble des pilotes de l'élite mondial, Petrucci a aussi le sens de l'amitié et battre Andrea Dovizioso lui a fait mal au cœur.

Tous deux entretenaient depuis quelques mois une véritable collaboration, sous une forme rarissime entre deux coéquipiers. Le vice-Champion du monde avait décidé de prendre sous son aile le nouveau promu dans l'équipe factory et de lui prodiguer ses conseils tout en lui ouvrant les portes de son programme d'entraînement. Quelques semaines plus tôt, alors que Petrucci était envahi par les doutes et la remise en question, et que Miller semblait devoir prendre l'ascendant à une période où se négociaient les contrats 2020, Dovizioso avait trouvé les mots pour le remobiliser. Et la spirale positive s'était alors enclenchée…

"Cela a été un week-end très chaud", se souvient Petrucci dans une interview pour Motosprint. "On venait du Mans, où je m'étais battu avec Dovi jusque dans le dernier virage pour le podium. Au Mugello, cela faisait déjà deux ans que Ducati gagnait avec Dovi et Jorge [Lorenzo], et on voulait donc absolument essayer de rééditer cela."

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Après le Grand Prix de France, le pilote italien était cinquième du championnat. Il venait de retrouver le podium pour la première fois en un an et il n'imaginait pas que l'étape suivante l'attendrait si vite, d'autant qu'il se présentait au Mugello malade. Pourtant, sur la grille de départ, le dernier mécanicien qui l'a quitté semblait avoir une prémonition… "Je suis sur le point de fermer ma visière quand il touche alors la moto et me dit : 'Aujourd'hui c'est un beau jour pour gagner au Mugello'. Je le regarde comme s'il était fou… Mais j'ai ensuite rêvé de cette phrase pendant les 23 tours de la course, je m'en souviens très bien", explique-t-il.

Troisième sur la grille derrière Márquez et Quartararo, Petrucci s'est élancé sur un bon rythme et il s'est accroché malgré de premiers tours qu'il a sentis "chaotiques", avec un groupe de tête fourni. À l'aise, il a décidé de prendre les rênes peu avant la mi-course et l'épreuve est alors entrée dans une nouvelle phase, avec une concurrence désormais réduite et ciblée. "En un instant, de sept ou huit pilotes, on est passé à quatre", poursuit-il. Désormais opposé à Márquez, Dovizioso et Rins, il lui a fallu préparer le sprint final : "Je suis resté devant jusqu'à trois ou quatre tours de la fin. À chaque tour je préparais la sortie de Bucine, parce que je savais qu'il serait possible d'y arriver en tête dans le dernier tour mais qu'il serait plus difficile d'être premier à la sortie et sous le drapeau à damier. Le problème, c'est que Dovi et Márquez ont eu le même raisonnement et à chaque tour ils me faisaient comprendre qu'ils pouvaient me passer."

"Au début du dernier tour, je me suis dit que je voulais être sur le podium et que l'on était quatre, alors j'allais tout donner pour au moins y monter. Dovi et Marc ont pris mon aspiration et m'ont passé très en force, mais ils ont freiné très fort et aucun d'eux ne s'attendait probablement à ce que je sois encore là. Je suis passé le long du vibreur à San Donato et je me suis remis devant", décrit le pilote italien.

L'image restera comme l'une des plus impressionnantes de la saison, avec un dépassement qui allait propulser Petrucci dans la légende du Grand Prix d'Italie. Mais la manœuvre était aussi difficile à accepter pour Dovizioso, finalement troisième sur la ligne d'arrivée. "Au Mugello, Andrea voulait gagner, tout comme je voulais gagner moi aussi, parce qu'il n'avait pas vraiment digéré que Lorenzo se soit imposé en 2018. Et ce jour-là, peut-être qu'il n'a pas très bien compris mon dépassement, mais moi je ne l'ai même pas vu", regrette Petrucci. "J'ai contrôlé ma trajectoire, mais le problème c'est qu'Andrea était pris en sandwich entre Márquez et moi. Andrea ne s'attendait probablement pas à un dépassement à ce moment-là."

"Désolé de gagner face à quelqu'un qui m'avait aidé"

Pour la première fois depuis qu'ils avaient été réunis dans l'équipe officielle Ducati, Petrucci battait donc Dovizioso, qui par la même occasion laissait filer de précieux points face à Márquez à un stade encore peu avancé du championnat. La déception était évidente pour le leader de l'équipe Ducati, à la hauteur de la joie démesurée qu'il avait lui-même ressentie en faisant retentir l'hymne italien au Mugello deux ans plus tôt. Pour Petrucci, la fête était quelque peu gâchée.

"Il me craignait, il me l'a dit. Mais, en voyant sa déception, j'ai été vraiment désolé et je lui ai d'ailleurs dit à froid, à la fin de la saison : 'J'aurais aimé que tu ne sois pas là à ce moment-là'. J'étais désolé de gagner face à quelqu'un qui m'avait aidé, et surtout il était déçu de ne pas gagner", décrit-il. "Ça montre bien qu'on est certes amis, mais qu'on veut gagner parce que c'est ce pour quoi on est nés : courir à moto et essayer de finir devant tout le monde. On ne serait pas arrivés en MotoGP si on n'avait pas cette hargne, cette croyance dans le fait qu'on est les meilleurs au monde."

"Je devais démontrer que je méritais cette place dans une équipe officielle, tandis qu'Andrea devait gagner le championnat", ajoute Petrucci, toujours aussi reconnaissant à son coéquipier pour son aide. "L'idée de collaborer a été une idée d'Andrea, pas de Ducati et j'ai beaucoup apprécié d'apprendre aux côtés d'un pilote qui depuis plusieurs années est un vrai protagoniste. Et je dois dire qu'Andrea m'a beaucoup aidé."

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Un an après cette première victoire, la joie s'est étiolée pour Danilo Petrucci, qui sait désormais qu'il ne conservera pas son guidon la saison prochaine. Ducati ayant promu Jack Miller, il reste à déterminer si Andrea Dovizioso fera équipe avec l'Australien ou si le line-up sera intégralement changé...

Le GP d'Italie 2019 en photos :

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