MotoGP GP de Grande-Bretagne

La performance embarrassante des motos japonaises

Regroupées en queue de peloton, les Yamaha et les Honda ont fait pâle figure pendant la course sprint de Silverstone, devenue emblématique des grandes difficultés des deux marques japonaises face aux motos européennes qui ont pris le pouvoir en MotoGP. Les pilotes étaient dépités, voire choqués.

Franco Morbidelli, Yamaha Factory Racing

La course sprint a beau être courte, celle de Silverstone s'est révélée particulièrement douloureuse pour les motos japonaises du peloton MotoGP. Durant quatre des dix tours, elles étaient tout bonnement réunies aux dernières places. Le temps perdu par Raúl Fernández (Aprilia) et Pol Espargaró (KTM) dans les dernières minutes a finalement scindé ce groupe, mais personne ne faisait le fier dans le giron japonais samedi soir.

Dernier sur la grille après avoir rencontré un souci en qualification, puis avant-dernier en course et relégué à 30 secondes du vainqueur, Fabio Quartararo était stupéfait de ce gouffre creusé par les machines européennes. Il admettait même samedi soir que la période actuelle est la plus difficile de sa carrière, pire que ce qu'il a connu en Moto2. Et pour cause, ce qu'il a réalisé jusqu'à présent en MotoGP entraîne pour lui des ambitions bien plus élevées.

"Oui, parce qu'en Moto2, j'ai toujours été nul !" a répondu Quartararo lorsque Motorsport.com lui a demandé s'il s'agissait d'un pire moment de sa carrière. "C'est vrai, je n'ai rien fait en Moto2. J'ai fait quelques [bonnes] courses, j'ai décroché ma victoire au meilleur moment, à Assen. Mais en Moto2, je ne me suis jamais battu pour les trois premières places du championnat. Je suis honnête, je ne me suis pas bien adapté à la Moto2, par contre ça n'a pas été le cas en MotoGP."

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Parmi les six pilotes des constructeurs japonais se trouvent trois des Champions du monde de la grille : Quartararo donc, mais aussi son prédécesseur Joan Mir, et Marc Márquez, six titres MotoGP entre 2013 et 2019. Les voir tous évoluer au minimum à deux secondes et demie des meilleurs tours pendant cette course avait de quoi interpeler…

"Je me suis battu pour le titre, en 2020, 2021 et 2022, et maintenant je me bats pour les points. Et je ne pense pas que Marc ait perdu son talent après avoir gagné huit titres. C'est difficile", admettait Quartararo samedi soir. "Quand on regarde, maintenant c'est plus les motos européennes que les motos japonaises [qui sont devant], mais il n'y a pas une [moto japonaise] devant et les autres derrière. On est tous derrière, alors il est certain qu'on fait mal quelque chose."

Fabio Quartararo, Yamaha Factory Racing

Fabio Quartararo a le sentiment de vivre le moment le plus difficile de sa carrière.

"On n'apprend rien" sur une course comme ça, a assuré le Français, qui ne peut qu'attendre de découvrir la moto de l'année prochaine, dont un premier prototype est attendu lors du test post-course de Misano, le 11 septembre, qui revêtira déjà une importance capitale pour donner la tendance de 2024.

Les motos européennes, sous l'impulsion de Ducati, ont radicalement fait évoluer le MotoGP en mettant en place ces dernières années des solutions techniques innovantes, en particulier au niveau de l'aérodynamique, devenu un élément central et sur lequel les constructeurs japonais sont en retard. "Notre moto a l'air d'une moto, les autres non", a résumé Fabio Quartararo. "C'est un nouveau monde. On peut voir quelque chose de l'extérieur, mais ça m'intéresserait de voir ce qui est vraiment différent de l'intérieur."

Son coéquipier Franco Morbidelli est celui qui s'en est le mieux sorti samedi. Au-dessus du lot pendant la Q1, sous la pluie, il a été le seul du groupe à atteindre la Q2, puis s'est classé 15e en course. "Je prends !" a-t-il commenté lorsqu'il lui a été fait remarquer qu'il obtenait le titre honorifique de premier du groupe de motos japonaises. "Parce que la compétition est dure de toute façon, les gens [de ce groupe] ne sont pas en balade − à part Marc à un moment donné dans la course."

"Mais bon, on essaye de tirer le maximum et en course il n'y avait pas le potentiel pour faire plus", a poursuivi Morbidelli, en grand manque de grip arrière, comme Quartararo. "C'était très piégeux et notre potentiel était bien moins élevé que celui des KTM, les Ducati ou les Aprilia, mais j'ai quand même essayé de faire le maximum et de comprendre au mieux où on peut progresser, si c'est possible. Voilà ce que je pouvais faire aujourd'hui."

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Si ce résultat s'inscrit dans la continuité de la première partie du championnat, Morbidelli a fait remarquer que le déclin des motos japonaises avait déjà commencé précédemment, même si Quartararo a réussi à masquer les problèmes de Yamaha début 2022.

"Si on analyse bien ce qui s'est passé l'année dernière, dans la première moitié de la saison, Quartararo a eu cette incroyable puissance portée par la volonté, cette incroyable vitesse et un style de pilotage très agressif, et il a réussi à se détacher au championnat, mais dans la seconde moitié de la saison, on commençait déjà à voir qu'il y avait un gros écart entre les [motos] européennes et japonaises. Et cette année il y a eu une progression encore plus grande."

"Un grand choc" pour Nakagami de voir Honda si bas

Chez Honda, Marc Márquez a tout bonnement décidé de transformer sa course en test, puisqu'il a choisi de ralentir pour laisser passer devant lui son coéquipier Joan Mir, de retour de blessure, afin d'observer le comportement de la Honda en espérant en percer la clé. Takaaki Nakagami, quant à lui, a pris comme "un grand choc" cette contre-performance plus marquée que jamais, bien qu'il l'ait mise en partie sur le compte des conditions.

"Ça a été un grand choc qu'en seulement dix tours, on ait terminé 30 secondes derrière. C'est quelque chose qu'ils doivent régler, parce que ce n'est pas seulement un problème de pilote. Les [quatre] pilotes Honda étaient là. Je suis assez triste et déçu de cette performance et de ce résultat", a admis le pilote japonais.

Joan Mir, Repsol Honda

Marc Márquez a laissé passer Joan Mir pour mieux observer les problèmes de la Honda.

"Ce n'est pas que moi, nous tous chez Honda avons des difficultés. On se bat pratiquement en bas de classement. Ça a semblé encore pire dans ces conditions mixtes. Pendant dix tours, j'ai essayé de jouer avec [les réglages] : beaucoup de couple, pas beaucoup, un traction control différent… Mais la performance n'est pas venue. On joue aussi beaucoup sur l'angle, mais la moto n'a pas de réaction, pas de motricité."

"Il était vraiment très difficile de s'adapter aux conditions, mais on était de toute façon trop lents et nos performances n'étaient pas bonnes", a ajouté Nakagami, qui s'est plain d'une moto patinant "énormément" et de "tours moteur qui ne montent pas" à l'accélération. "Je me suis trouvé derrière Marc et Joan, et leur performance était exactement la même", a-t-il ajouté, pointant ce qui est de son point de vue un problème électronique.

"Dans les conditions mixtes, ce n'est pas une question d'aéro, il est plus important que la puissance et l'électronique fonctionnent", a ajouté le pilote LCR. "Il faut qu'on soit en sécurité, mais rapides parce qu'on n'est pas là sur la piste juste pour finir la course."

"Ce qui est bien, c'est que les quatre pilotes font exactement les mêmes commentaires et [livrent] les mêmes données. Il faut qu'ils changent quelque chose pour ces conditions mixtes", ajoutait-il au sujet des ingénieurs Honda. "Ces deux dernières années, ils ont essayé d'aller vers plus de sécurité parce qu'on a eu plusieurs highsides, Marc en a eu d'énormes, et ils essayent d'éviter ces risques. Mais ça ne se passe pas toujours bien. Il faut qu'ils trouvent le bon équilibre et qu'on gagne en performance."

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