Petrucci a compris qu'il se mettait trop de pression

Le pilote Ducati veut moins paniquer et rouler l'esprit plus libéré, malgré les enjeux élevés d'un championnat dont il a occupé la troisième place jusqu'à Silverstone.

Petrucci a compris qu'il se mettait trop de pression

Après un printemps lumineux, Danilo Petrucci traverse un été plus sombre, n'ayant pas fait mieux que septième depuis la reprise du championnat début août. Ne se dérobant pas face à ses responsabilités, le pilote Ducati reconnaît que c'est sa perception des enjeux qui a pu peser sur son mental et il tente désormais de se libérer l'esprit, malgré des ambitions au championnat nouvelles pour lui.

En quittant Brno, début août, Petrucci espérait avoir touché le fond et ne pas connaître plus mauvaise course cette saison. Las, la suivante aura été encore pire, alors qu'il s'est classé seulement neuvième sur le Red Bull Ring à 17 secondes du vainqueur, qui n'était autre que son coéquipier. Pour lui, l'explication est claire : "Mis à part la situation technique – car après la course on peut dire qu'on a choisi les mauvais pneus, les mauvais réglages ou autre – je pense que la plupart des difficultés viennent du fait que j'ai commencé à penser un peu trop tôt à ne pas faire de dégâts en course. Quand on veut faire quelque chose, il est très difficile d'y arriver."

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Pourtant, Petrucci a déjà expérimenté cette saison à quel point il était important pour lui de se libérer l'esprit, son mental ayant directement influé sur un début de saison européenne très convaincant. "À partir de Jerez, j'ai commencé à ne plus penser à rien, juste à piloter ma moto. Je ne me souviens pas dans quelle position j'étais au championnat, peut-être quatrième ou cinquième. Or, sur les deux dernières courses, la seule chose que j'ai changée c'est cette approche : j'ai commencé trop tôt à penser à ne faire aucune erreur ou à marquer des points pour me maintenir à la troisième place", explique-t-il.

C'est alors grâce à l'aide psychologique dont il bénéficie qu'il a pris conscience de ce changement : "On a commencé à établir une liste avec ce qu'on fait à la maison, sur le Grand Prix et quand on s'entraîne, [en regardant] quelle est la différence entre la période de mai, juin et juillet et maintenant. Et la seule chose qui ressort c'est qu'au début de la saison je ne pensais pas au championnat. Peut-être qu'arriver à la dixième course en occupant la troisième place m'a surpris."

"En course, je suis contracté pour ne pas faire d'erreurs. […] J'ai essayé de comprendre ce qui s'était passé sur ces deux courses, et la seule chose avec laquelle j'ai eu plus de mal ça a été la peur de ne pas faire d'erreur, le fait de vouloir faire toujours mieux", constate-t-il. "Personne ne m'a demandé de faire troisième au championnat, le premier qui veut le faire c'est moi, clairement. Je me suis mis la pression tout seul. C'est quand on veut absolument faire quelque chose qu'on n'y arrive pas."

Danilo Petrucci, Ducati Team

"J'ai compris que ça n'est pas comme ça qu'il faut faire, parce que j'en ai souffert. Il faut juste que je coure le jour J, à l'instant T, avec ma moto, sans penser au fait qu'il y a un championnat, des points à marquer", poursuit Petrucci, qui ressent le besoin de piloter "de manière naturelle" pour être compétitif et qui devait, pour y parvenir, recentraliser son esprit. "J'ai compris que cette situation me bloquait un peu. J'ai travaillé à la maison, en essayant de ne pas y penser, en parlant avec mon psychologue. J'ai commencé à penser différemment", explique-t-il. "Je suis content de comprendre que c'est une situation dont j'ai pâti. Comme l'année dernière, où j'ai pâti de vouloir gagner le championnat indépendant ; j'ai eu du mal jusqu'au bout, et à la course de Valence, j'étais en train de gagner ce championnat et je suis tombé alors que je venais de me dire 'OK, je l'ai fait'. Maintenant j'ai plus d'expérience et je vais essayer de gérer cela de la meilleure façon que je peux."

Une aide psychologique essentielle

Danilo Petrucci est l'un des rares à accepter d'évoquer l'aide psychologique, à laquelle il recourt depuis plusieurs années, notamment du fait d'un complexe d'infériorité qui le poursuit en comparaison des pilotes passés par les échelons classiques du Moto3 et du Moto2. "Depuis 2016 je travaille régulièrement avec des personnes qui m'aident du point de vue psychologique. Parce que je suis arrivé ici en suivant une route différente, donc je n'ai pas tellement de certitudes, je n'ai pas de bonnes bases sur lesquelles m'appuyer. J'ai un peu brûlé les étapes", estime-t-il.

Par le passé, quand on disait qu'on allait chez le psy, tout le monde disait 'OK, tu as un problème'. J'aurais aimé il y a quelques années avoir un problème comme ça, celui de me maintenir à la troisième place au championnat !

Danilo Petrucci

Aujourd'hui, même si son poste de pilote officiel et sa récente accession à la victoire pourraient l'avoir rassuré, Petrucci admet avoir toujours besoin de ce soutien pour affronter au mieux les nouveaux enjeux de sa carrière. "Je veux faire de mon mieux et, pour cela, j'utilise toute l'aide qu'on me donne", assure-t-il. "Quand on parle de psychologue, tout le monde pense qu'on est fou. C'est juste une personne à laquelle on parle, comme je parle avec vous. Mais il a des clés pour penser différemment, c'est comme un ami. Pour moi, c'est une bonne aide. Clairement, par le passé, quand on disait qu'on allait chez le psy, tout le monde disait 'OK, tu as un problème'. J'aurais aimé il y a quelques années avoir un problème comme ça, celui de me maintenir à la troisième place au championnat !"

"Ça n'est pas un hasard que je sois troisième au championnat", estimait-il à Silvertone. "Personne ne m'a fait de cadeaux, à part peut-être Lorenzo à Barcelone quand il est tombé avec trois autres pilotes." Si cette troisième place allait finalement lui être chipée par Álex Rins lors de la course britannique, le pilote italien garantissait durant ce week-end, à nouveau compliqué pour lui, que cette fois il ne se laisserait pas submerger par l'angoisse. "Je suis beaucoup plus détendu et satisfait de la manière dont je gère la situation par rapport aux deux autres courses. Je ne panique pas", assure celui qui est le seul à avoir fini toutes les courses de la saison. "Je ne veux pas être triste si les résultats ne sont pas comme ceux de mai ou juin, parce qu'à ce moment-là mes attentes étaient à zéro. J'ai [ensuite] ressenti la pression d'être toujours devant et ça n'est pas toujours facile. Cette saison, il n'y a que Marc [Márquez] qui a toujours été au top. […] J'essaye, c'est la première saison où je me bats pour le top 3. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus détendu que sur les deux courses précédentes."

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Viser le podium du championnat peut engendrer une pression plus forte, mais Petrucci pâtit aussi de sa tendance à ne jamais se contenter de ce qu'il a, à toujours vouloir aller plus haut, au point que l'ivresse de la victoire finalement conquise en juin est vite passée. "Le fait de ne pas me contenter [de ce que je fais], ça fait des lustres que ça m'accompagne, dans les entraînements, dans ma façon de piloter, dans n'importe quelle chose que je fais. C'est ce qui m'a amené jusqu'ici, mais c'est quelque chose qui m'a aussi parfois fait détruire [des résultats]. Tu n'es jamais contenté, mais quand tu n'arrives pas à progresser tu ne sais plus où agir ou tu n'arrives pas à comprendre où est le problème. Alors il faut que j'apprenne à gérer ça, en travaillant avec plus de méthode, en étant moins instinctif, en essayant parfois de raisonner, de ne pas perdre mon calme. Rester en selle et prendre des sensations avec une moto qui ne te plaît peut-être pas, ça peut t'amener à extraire le meilleur de cette moto au lieu de la changer, de la chambouler en essayant de trouver dans les réglages la solution pour tout."

Espérant être "plus libéré mentalement", Petrucci compte désormais aborder la suite du championnat avec moins de pression et de façon plus mesurée. "Je me confronte à des pilotes très forts, des motos très fortes. Peut-être que j'ai un peu payé la pression qui s'est placée sur moi, mais ces deux courses ont servi en quelque sorte de réveil, comme pour dire : 'Comme ça, ça ne va pas ; comme ça je vais souffrir jusqu'au bout, alors soit j'arrête d'y penser, soit j'y pense différemment'. Et j'ai donc commencé à y penser différemment. J'ai une place pour l'année prochaine, je suis en train de faire une très bonne saison, mais le fait que je ne me contente jamais fait que je ne suis jamais satisfait."

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