Petrucci s'est senti "remis en question" avant même le premier GP

Ne disposant que d'un an de contrat au sein de l'équipe officielle Ducati, le pilote italien a senti la pression peser très rapidement cette saison, mais il assure avoir su s'en détacher.

Petrucci s'est senti "remis en question" avant même le premier GP

Sa troisième place au Grand Prix de France a tout d'une petite victoire pour Danilo Petrucci. Devenu pilote officiel cette année, après avoir pris des chemins de traverse pour, petit à petit, accéder au MotoGP d'abord, puis à une moto de pointe et enfin à ce guidon factory dont il a tant rêvé, le pilote italien a souffert d'un certain manque de crédibilité. "On m'a remis en question avant même que j'aie commencé, comme si je n'aurais même pas dû commencer en fait, et ce bien que j'aie signé le record à Sepang [pendant les tests hivernaux, ndlr]", constate-t-il.

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Dans la perception que les observateurs ont de lui, Petrucci paye indéniablement le fait qu'il n'a pas encore réussi à accrocher de victoire à son palmarès. Avec à son actif trois saisons au guidon d'une CRT et quatre sur une Ducati du team satellite Pramac, il avait glané six podiums avant d'être promu, mais n'est encore jamais parvenu à franchir l'étape suivante malgré plusieurs occasions.

Aussi, lorsqu'il a hérité du poste auquel Jorge Lorenzo a été jugé décevant, remercié juste avant de trouver lui-même le chemin de la victoire, Petrucci a dû faire face à des critiques et, très vite, il a senti la pression monter quant à son avenir. Ne disposant que d'un an de contrat, il savait pertinemment qu'il serait confronté au jugement dès les premières courses de l'année. "Depuis 2017, les gens me mettent la pression. La situation était la même il y a deux ans, mais avec Lorenzo, et l'an dernier pareil. J'ai toujours beaucoup de pression, et puis je n'ai toujours rien gagné pour le moment ! [rires] Les gens aiment bien me critiquer, mais je n'y prête juste pas attention, je m'en fiche", assure-t-il.

Reste que le manque relatif de résultats en ce début d'année n'a pas arrangé la situation, et Petrucci lui-même s'est mis une certaine pression pour trouver rapidement le chemin du podium. "En course, il m'a toujours manqué quelque chose, mais on parle de courses où Marc [Márquez] monte sur le podium et pour tous les autres ce n'est pas simple de décrocher un podium, or malgré tout j'étais là", rappelle-t-il, conscient que les faibles écarts actuels ne jouent pas en sa faveur. "Après Austin, je me suis dit que la pression, je me la mettais seul. L'année dernière, j'aurais tout donné pour courir ici et je savoure donc cette année. Je me suis dit : 'Profite ! De toute façon ça n'est pas toi qui décides. Tu ne peux que faire le maximum'. Et je crois que depuis Jerez, les résultats se sont vus."

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"Ici [au Mans], on a été devant pratiquement tout le temps", poursuit-il. "En tout cas, je prends du plaisir. Je me suis dit que si je ne suis pas là l'année prochaine, au moins je ne veux pas avoir de remords en me disant que je n'ai pas fait le maximum. Je fais le maximum et si ça suffit, tant mieux. Si ça ne suffit pas… je n'ai pas violenté un enfant, au fond. Alors je suis content de ce que je suis en train de faire, avec sérénité et bonheur, et je m'amuse à piloter cette moto."

Un podium qui doit beaucoup à Dovizioso

Andrea Dovizioso, Ducati Team, Danilo Petrucci, Ducati Team

À l'heure de commenter sa troisième place dans la Sarthe, qui correspond à son premier podium en un an, Danilo Petrucci a tenu à adresser des remerciements appuyés à son coéquipier, Andrea Dovizioso, pour le soutien qu'il lui a apporté durant ces derniers mois, l'aidant justement à s'alléger l'esprit : "Je dois dire merci à Andrea, qui après Austin est venu me parler en me disant de ne pas m'en faire, et de me concentrer sur mes points faibles pour trouver un moyen de prendre du plaisir. Cela m'a beaucoup aidé depuis Austin. C'est une partie du travail que nous faisons avec Andrea depuis cet hiver."

"Ce résultat, c'est en partie pour lui aussi", a expliqué le pilote italien auprès du site officiel MotoGP, revenant sur son déménagement à Forlì pour se rapprocher de son nouveau coéquipier et travailler avec lui en dehors des Grands Prix. "J'ai beaucoup de respect pour lui. Comme chacun sait, je suis allé chez lui, dans sa ville natale. Il m'aide beaucoup, dans les entraînements et dans chaque partie de la vie."

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Un coéquipier avec lequel il s'entend particulièrement bien, mais pas au point de retenir ses attaques en fin de course lorsque tous deux étaient en bagarre pour la deuxième place bien que Petrucci ait fait son possible pour ne pas engendrer de conséquences fâcheuses. "J'ai tout donné, comme si c'était n'importe quel autre pilote. Mais je savais aussi qu'il se battait pour le championnat, et moi je pilote pour le top 5. Je ne voulais pas ruiner ce résultat."

"Il est clair que je n'ai pas porté sur lui d'attaque pouvant le faire sortir. Pas parce que c'était Andrea, mais parce que derrière on avait Miller et Rossi, et puis surtout mes attaques je les fais toujours là où se trouve mon point fort, c'est-à-dire au freinage et en entrée de virage, et on y a vu beaucoup de chutes ce week-end. Je ne voulais pas faire comme en Argentine", conclut-il, se référent à l'attaque portée par Iannone sur Dovizioso, en 2016, coûtant à Ducati une double arrivée sur le podium.

Mission réussie, donc. Reste désormais à poursuivre sur cette lancée pour ne pas voir la pression grimper à nouveau, alors que les deux prochaines manches devraient peser dans les discussions quant au prolongement, ou non, du contrat de Petrucci sous cette forme.

Avec Willy Zinck

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