Il ne fallait "pas être trop humain" pour repartir après le crash

Les pilotes MotoGP ont admis avoir été choqués par les terribles images de l'accident qui a interrompu le Grand Prix d'Autriche. Et pourtant, 20 minutes plus tard, ils s'élançaient à nouveau.

Les images de l'accident qui a stoppé la course MotoGP du Red Bull Ring auront hanté nombre d'entre nous cette nuit et peut-être viendront-elles s'inviter encore quelque temps dans nos cauchemars. Les pilotes, eux, n'ont eu que 20 minutes pour rentrer au stand à la présentation du drapeau rouge, réaliser ce qui venait d'arriver, se remobiliser, retourner en grille et s'élancer pour une nouvelle course de 20 tours, où tout était à refaire pour partir en quête du plus de points possibles.

Les quelques heures qui ont suivi l'arrivée de ce Grand Prix d'Autriche auront toutefois été très étranges, pesantes, l'état de choc étant palpable chez de nombreux pilotes. Certains, comme Fabio Quartararo, avaient bien tenté d'éviter d'en voir trop lorsqu'ils se trouvaient au stand pendant l'interruption, mais tous ont ensuite vu ce crash terrifiant sous tous les angles sans pouvoir s'empêcher d'imaginer ce qui aurait pu advenir.

"Je pense que Valentino est le gars le plus chanceux au monde aujourd'hui", lâchait Brad Binder dimanche après-midi au site officiel du MotoGP. "Le plus important est qu'il ne se soit rien passé. J'étais juste derrière Valentino, et si cette moto l'avait percuté, cela aurait été l'une des pires journées de l'Histoire du MotoGP", imagine quant à lui Aleix Espargaró. Un Valentino Rossi sous le choc, que l'on aura rarement vu aussi abattu par les événements. "J'ai tout de suite eu très peur sur le moment, et ensuite encore plus quand j'ai revu les images", avouait-il.

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Sans avoir besoin des images, les pilotes qui ont assisté à ce carambolage de leurs propres yeux étaient marqués. "J'étais sous le choc", avoue Álex Rins, "car j'ai vu exactement comment Johann a dépassé Morbidelli et j'ai vu la Ducati aller tout droit à pleine vitesse. Valentino a de la chance parce que cette moto a volé si proche de lui et de Maverick. On a de la chance que personne n'ait été blessé."

"J'étais deux places derrière Zarco et Franco", témoigne Danilo Petrucci, "et je n'ai pas vu le choc entre leurs motos mais j'ai vu les motos faire des roulés-boulés dans le gravier. J'étais derrière Aleix et on est tous les deux passés sur la gauche pour éviter les motos. S'il existe un dieu, il a pris soin de nous car cela aurait pu être un désastre. Heureusement tout le monde va bien, c'est ce qu'il y a de positif."

En arrivant sur place, voir une moto dispersée sur des centaines de mètres, ça n'est pas génial.

Jack Miller

D'autres, comme Jack Miller, sont arrivés sur les lieux au tour suivant, une fois la course déjà suspendue. "C'était juste un moment effrayant. Quand je suis arrivé aux deux derniers virages, j'ai pensé que Dovizioso avait un problème mécanique parce qu'il a levé la main, mais je n'avais rien vu. Et puis il est resté sur la trajectoire et je me disais : 'Qu'est-ce qu'il fait ? Pousse-toi de là !' Quand je suis arrivé dans la ligne droite, j'ai vu qu'il y avait le drapeau rouge et puis quand on est arrivé en haut de la colline on a pu voir où l'accident avait eu lieu et on a bien vu que ça n'était pas génial", explique l'Australien.

"En arrivant sur place, voir une moto dispersée sur des centaines de mètres, ça n'est pas génial", admet Miller, "mais heureusement j'ai vu Zarco sur l'écran et j'ai aussi vu Morbidelli, il était sur la civière mais il bougeait les bras et immédiatement ça a été un soulagement. Après-coup on a pu voir que tout le monde était un peu ému."

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Comment les 20 pilotes épargnés ont-ils pu reprendre la course après un tel choc ? Les trois hommes du podium sont unanimes : leur capacité à segmenter leur cerveau pour ne pas se laisser envahir par la peur fait d'eux des hommes à part, mais c'est un élément essentiel pour courir dans ces circonstances.

"Cela fait partie de notre sport", rappelle Joan Mir. "On peut le prendre de deux façons : de la bonne façon, en restant un peu seul, ou alors l'autre façon c'est de beaucoup y penser et on n'est alors plus compétitif. C'est un problème que nous tous, les pilotes, avons, mais il faut qu'on soit intelligents et qu'on pense un peu à nous. Mais il est évident qu'on n'aime pas voir des situations de ce genre."

"On est humains, mais dans ce genre de situations il ne faut pas être trop humain", reconnaît Andrea Dovizioso. "Si on est rationnel, on ne peut pas vraiment pousser son corps à la limite. Dans une situation comme celle-ci, on ne peut pas vraiment être normal, il faut se concentrer sur ce qu'on a à faire, sinon on ne peut pas être pilote. On sait malheureusement que cela fait partie de notre sport, c'est la mauvaise partie mais ça peut arriver. Deux très mauvaises chutes ont eu lieu ; heureusement, la deuxième s'est bien terminée, la première était vraiment effrayante, mais c'est une part de notre sport."

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"Si vous pensez de manière rationnelle, vous ne montez pas sur une MotoGP pour rouler à 300 km/h au coude à coude avec les autres, alors je pense qu'on est tous un peu spéciaux de ce point de vue-là", renchérit Miller. "Quoi qu'il en soit, on ne voudrait jamais voir ça et je me sentais assez mal. Quand on voit les gars bouger, la réaction instinctive est d'essayer de remonter sur la moto. C'est la vie. J'ai vu l'accident de Syahrin, celui-là m'a vraiment fait peur parce que de la TV on peut le voir venir depuis un moment mais on ne peut rien y faire, on voudrait juste y aller et arrêter ça mais on ne le peut pas. Quant à l'autre, c'est dommage, mais ça fait partie de la course."

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