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Les pilotes ravis que le règlement 2027 leur redonne le pouvoir

La réduction de la place accordée à l'aérodynamique et la suppression du variateur de hauteur en 2027 sont salués par les pilotes du MotoGP, qui sentent que le nouveau règlement va leur redonner une plus grande capacité à faire la différence.

Marc Marquez, Gresini Racing

Le règlement 2027 du MotoGP a été confirmé en début de semaine, avec comme principales mesures une réduction de la cylindrée, une place réduite pour les éléments aérodynamiques et la suppression des variateurs de hauteur. Tous ces changements ont vocation à réduire les performances des motos, par crainte que les zones de dégagement ne soient plus suffisantes sur les circuits, et à améliorer le spectacle, ces innovations étant souvent mises en cause pour expliquer les difficultés à doubler.

Un autre effet de ces mesures sera de redonner un plus grand pouvoir aux pilotes. Chacune des innovations apparues depuis une décennie, notamment dans l'aérodynamique et avec les holeshot device, a réduit la part leur revenant pour contrôler les motos dans des phases critiques comme le freinage et l'accélération. Partisan de l'interdiction du variateur de hauteur et d'une réduction de l'aérodynamique, Marc Márquez est naturellement séduit par les changements prévus pour 2027.

"Il semble que ça va plus en faveur du spectacle", s'est réjouit l'Espagnol. "Il y a un peu plus de restrictions sur le plan technique. Je pense que c'est bien pour les pilotes parce qu'au final, si on a moins d'éléments techniques sur la moto, le pilote peut plus faire la différence, et le pilote aura plus de valeur, on s'intéressera aux pilotes. C'est une chose que j'aime."

Jorge Martín, arrivé en MotoGP en 2021 alors que ces technologies étaient déjà présentes, estime qu'elles permettent aux pilotes moins performants de "réduire l'écart avec les meilleurs" et il apprécie aussi la perspective d'avoir plus de pouvoir en 2027. "C'est plus 'facile' de piloter ces nouvelles motos et je pense que ce sera intéressant d'avoir ces nouvelles motos en 2027, que la valeur des bons pilotes sera plus importante et que ce sera bon pour le spectacle", a précisé le leader du championnat.

Joan Mir estime aussi que la course à la technologie a fini par lisser les performances. Le règlement 2027 apportera plus de variations selon lui. "Cela va probablement plus compliquer la vie des pilotes, le pilote fera probablement plus la différence", a résumé le Champion du monde 2020. "Je pense que c'est une chose très positive pour le championnat, pour les héros, pour tout."

Joan Mir, Repsol Honda Team

Joan Mir

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

"On peut faire une grosse différence si on prend un bon départ, mais aussi l'inverse, prendre un départ super mauvais et se retrouver en dernière ligne. Ce sont des choses que l'on ne voit pas en ce moment, presque tous les pilotes prennent toujours un bon départ. À l'accélération, tout le monde met le variateur de hauteur et ça dépend de la moto, pas de la façon dont on la relève ou autre, on a du grip ou on n'en a pas. Aux freins, tout le monde freine très fort, tout le monde a une grosse stabilité grâce aux ailerons, c'est très difficile de faire une différence. Je pense que ça sera une bonne évolution."

Jack Miller a vu les machines se transformer depuis son arrivée en MotoGP, en 2016, et s'attend aussi à ce que le pilote soit replacé au centre du jeu. "J'ai l'expérience d'avoir piloté des motos sans ailerons, il y a beaucoup plus de travail pour gérer le wheelie, la façon de régler et d'utiliser la puissance, plutôt que de résoudre ça avec les devices et les ailerons", a expliqué l'Australien. "Je pense que c'est une chose qui rend les motos moches, la compétition moto est censée être belle et je pense que ça va changer."

"J'ai piloté les motos sans ailerons, je les ai pilotées avec beaucoup moins d'électronique, on avait beaucoup plus de travail", a ajouté Miller. "Il y avait cet angle magique qu'il fallait essayer de garder en permanence, c'est presque obsolète maintenant avec des machines où on essaie juste de garder l'adhérence et de relever la moto aussi vite que possible. Je pense qu'on pourra faire un peu plus la différence."

Le retrait du variateur de hauteur arrière aidera les pilotes plus techniques.

Maverick Viñales se réjouit de son côté que les pilotes reprennent le pouvoir à l'accélération, le holeshot device ayant facilité leur travail ces dernières années. "C'est sûr que le retrait du variateur de hauteur arrière aidera les pilotes plus techniques, parce que ce n'est pas la même chose", a précisé le pilote Aprilia. "Actuellement on met juste les gaz à fond et voit si la moto pousse ou pas. Sans ça, on cabre beaucoup. Ça va beaucoup changer le pilotage, on ne peut pas mettre les gaz à fond donc pour moi, ça va changer. Le niveau du pilote aura plus d'importance dans les chronos."

La nécessité de réduire les performances

Les ingénieurs d'Aprilia ont précisé à Aleix Espargaró que la puissance devrait être réduite de 35 chevaux avec l'abaissement de la cylindrée, ce qui aura un effet sur les chronos. Il y voit une nécessité, certaines pistes étant de moins en moins adaptées aux performances atteintes actuellement.

"On roule sur les mêmes circuits que Doohan et Crivillé avec les 500cc, et le Moto3 fait les chronos des 500cc [de l'époque]", a rappelé le Catalan. "Ça veut dire que les circuits ne sont plus préparés [à ça]. On peut les modifier un peu mais l'espace est ce qu'il est, il faut un peu réduire les performances. Les ingénieurs sont trop intelligents, il y a trop de technologie, donc il faut un peu freiner ça. Je pense que ce sera mieux pour le spectacle."

"Petit à petit, toutes ces belles pistes deviennent trop petites, les supporters sont de plus en plus loin de l'action, tout simplement parce que ces motos sont des missiles et que les pistes sont trop petites pour nos motos plus performantes", a renchéri Miller.

Aleix Espargaro, Aprilia Racing Team

Aleix Espargaró

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

Certains pilotes regretteront de perdre en performance. Il y a quelques jours, Fabio Di Giannantonio a exprimé son plaisir à piloter ce qu'il qualifie de "F1 sur deux roues", tout en reconnaissant les effets néfastes pour le spectacle. Espargaró partage totalement son opinion mais juge nécessaire de revenir en arrière.

"J'adore ces motos, avec l'aérodynamique. C'est incroyable de piloter ces motos, c'est comme une moto à quatre roues. La vitesse que l'on peut garder est incroyable. Pour nous, c'est fantastique de les piloter, mais en termes de spectacle, ce n'est pas bien de ne pas pouvoir doubler le pilote de devant. Donc j'aime ça mais je pense que c'est mieux de réduire un peu."

"Il faut toujours trouver un compromis", a souligné le vétéran du plateau, estimant que la perte de performance induite par le nouveau règlement sera négligeable pour le public : "Les gens chez eux ne se soucient pas vraiment de si on roule en 1'31"8 ou en 1'33"4. En perdant cette seconde et demi, les motos seront toujours super performantes mais le spectacle sera bien meilleur. Il faut trouver un équilibre."

Si les mesures font globalement l'unanimité dans le paddock, l'une d'entre elles interroge. Les données GPS des pilotes seront partagées après chaque séance, ce qui pourrait aider à gommer certains écarts plus rapidement. Ces informations sont très précieuses et Ducati le prouve régulièrement en profitant des données de huit motos, mais Miller ne comprend pas que les secrets soient partagés dans tout le plateau.

"La seule chose que je n'aime pas, c'est que toutes les données GPS soient accessibles à tout le monde. Bordel, pourquoi ? Au final, c'est la compétition en moto et l'idée est d'avoir l'avantage sur la concurrence et savoir pourquoi on est plus rapide, c'est le travail qui rend ce sport beau. Je n'aime pas ça, je ne comprends pas pourquoi c'est passé auprès des constructeurs, mais ça a été le cas." 

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