Ne blâmons pas la piste au lieu des pilotes, prévient Pol Espargaró

Les retouches apportées aux protections du virage 3 du Red Bull Ring n'ôtent pas le danger, selon Pol Espargaró, qui en appelle avant tout à la responsabilité des pilotes.

Ne blâmons pas la piste au lieu des pilotes, prévient Pol Espargaró

Pol Espargaró est resté plutôt circonspect face aux modifications apportées à l'intérieur du virage 3 du Red Bull Ring, un allongement de la zone d'airfence visant à empêcher les motos de traverser la piste à la sortie du virage lorsqu'elles sont sorties dans la zone de freinage. Le but : éviter que l'on puisse revoir les images glaçantes de dimanche, lorsqu'un drame a été évité de peu avec la moto en perdition de Johann Zarco, que l'airfence n'avait pas stoppée.

Ne souhaitant pas juger la pertinence de la pénalité infligée au Français − qui devra partir de la pitlane dimanche − le pilote KTM a toutefois tenu à rappeler que tous les travaux possibles seront vains s'ils ne s'accompagnent pas d'une attitude irréprochable de la part des pilotes. "Ce n'est pas mon job [de juger les pénalités]. Ce que je sais, c'est qu'à cette vitesse il faut faire très attention car quand il se passe quelque chose, ça tourne mal. Même si la Dorna et l'IRTA essaient d'améliorer la piste ou les protections, la responsabilité repose sur nous. Comme Valentino [Rossi] l'a dit, on court avec des missiles et on est super rapides ici, surtout à cet endroit. Il faut que l'on soit responsables", souligne-t-il.

"Mettre de l'airfence sur le mur… Si on va dans le mur, ça veut dire que c'est une très grosse chute, alors ça ne semble pas très sûr ! On n'a pas envie de finir dans cette situation. Mais la Dorna fournit d'énormes efforts pour nous mettre dans la meilleure situation possible, et après ce qu'on a vu le week-end dernier, c'est la seule chose qu'ils puissent faire", estime Pol Espargaró.

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"L'autre chose à faire c'est [de voir] comment éviter ce type d'actions, en nous blâmant nous-mêmes et non la piste. J'ai entendu des tas de choses au sujet de la dangerosité de la piste, mais elle ne serait pas dangereuse sans erreurs humaines. La première chose à régler, c'est ça, et ensuite la Dorna et le circuit font le maximum pour qu'on soit aussi en sécurité que possible."

"Sur toutes les pistes du monde, les lignes droites sont encadrées par des murs. Par exemple, si je suis au coude à coude avec un autre pilote et que je le fais sortir, il va finir dans une très mauvaise situation. Et le problème ne serait alors pas qu'on a des murs autour de nous, mais que j'ai fait une manœuvre stupide. Alors par rapport à ce qui s'est passé le week-end dernier, bien sûr on aimerait toujours avoir d'énormes zones de dégagement, mais on blâme la piste alors qu'il s'agissait d'une erreur humaine", rappelle le pilote espagnol.

"Nous, les pilotes, il faut aussi qu'on considère nos actions, surtout à ces très grandes vitesses. Quoi que vous fassiez, à 300 km/h les murs sont toujours proches, et ça vaut sur toutes les pistes du monde ! La Dorna essaie de faire de la place partout, et on discute à la Commission de sécurité afin d'améliorer tous les tracés, mais il faut qu'on fasse attention à ces endroits-là, car même si les murs sont loin, à ces vitesses-là c'est super dangereux de tomber. La responsabilité est entre nos mains à ces vitesses-là. On peut faire bien plus que la pose d'un airfence par la Dorna."

Johann Zarco, Avintia Racing

Johann Zarco rejoint globalement l'opinion de Pol Espargaró, mais n'en reste pas moins déçu de ce qu'il estime être une mauvaise interprétation de l'accident qui l'a impliqué dimanche, et d'avoir été pénalisé après avoir longuement expliqué aux commissaires la dynamique d'un dépassement qu'il ne jugeait pas dangereux.

"Je pense qu'il a raison quand il parle de responsabilité des pilotes. De toute façon, on essaiera toujours de faire au mieux et globalement, on ne veut pas faire des choses trop mauvaises pour nos adversaires", souligne le Français. "Mais par rapport à la chute qu'on a eue à 300 km/h dimanche, quand j'ai passé Franco [Morbidelli] c'était dans la ligne droite et je pense que j'étais bien devant."

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"C'est vrai que, quand on voit les images, peut-être qu'il était plus proche que ce que je pensais, mais ils ont fait peser la faute sur moi parce que j'ai déjà eu une expérience comme celle-ci auparavant", estime Zarco en évoquant l'accident du Grand Prix d'Australie 2018, lorsque c'est lui qui a heurté de plein fouet Marc Márquez en ligne droite. "OK, j'aurais peut-être pu l'éviter, mais ils auraient aussi pu poser la question à Franco : 'Aurais-tu pu l'éviter ?' Et il aurait pu dire qu'en me voyant dans cette position, il aurait pu couper les gaz plus tôt parce qu'il ne savait pas où j'allais aller. Mais ça n'a pas été le cas."

"Oui, on peut être plus responsables, mais ce n'est pas que moi. Et puis on court, alors quand on a l'opportunité de dépasser un pilote on essaie de la saisir si on pense que c'est correct, et pour moi il était correct de dépasser un pilote dans la ligne droite. C'est ce que j'ai bien expliqué aux commissaires, mais ça n'a pas été suffisant."

Pour Ruben Xaus, team manager d'Avintia, la pénalité infligée à son pilote prend sa source dans celle qu'il a reçue à Brno, lorsqu'il a été sanctionné d'un long-lap en course après un incident avec Pol Espargaró. "Peu importe ce que je ressens. La situation est qu'à Brno il a reçu une pénalité que nous n'avons pas vraiment comprise. Et je pense que c'est ce qui a créé un précédent pour cette situation, et à cause de cela nous recevons ici une autre pénalité", a déclaré l'ancien pilote au site officiel du MotoGP.

"Nous pouvons en discuter, mais peu importe, c'est ce que nous avons et nous devons l'accepter", ajoute Ruben Xaus, dans l'incapacité de faire appel alors que Johann Zarco a été déclaré apte à reprendre la piste dès aujourd'hui. "Elle devra s'appliquer ici. Peu importe ce que nous dirons, nous ne pourrons pas faire appel, la contester. Mon objectif est qu'on en finisse ici."

Zarco a longuement défendu sa position jeudi, devant les commissaires de la FIM comme devant les médias, et son team manager le soutient, estimant que le pilote français avait eu raison de dépasser la Yamaha de Morbidelli dans le virage 2 comme il l'a fait. Mais il souhaite désormais passer à autre chose.

"Il va essayer de faire la course jusqu'au bout et de marquer des points", promet-il. "Nous sommes heureux que rien ne se soit passé. Je me concentre sur le fait d'en arriver à une situation claire à Misano, pour que l'on puisse ensuite se reconcentrer sur les résultats et essayer de donner à Zarco la possibilité de se battre pour obtenir une meilleure moto l'année prochaine."

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