Pol Espargaró lui-même surpris par les résultats de KTM

Il voyait à peine les feux lorsqu'il a pris place pour la première fois sur une grille de départ avec la KTM et, trois ans et demi plus tard, Pol Espargaró a décroché la première pole position du constructeur et l'a vu s'imposer. Une progression fulgurante qui lui procure joie et reconnaissance, mais aussi une pointe de frustration.

Pol Espargaró lui-même surpris par les résultats de KTM

Pol Espargaró aura tout connu avec KTM. En quatre saisons, le pilote espagnol a vu la RC16 gravir les échelons, depuis le bas fond du classement jusqu'à la première marche du podium. Celle-ci lui a pour le moment échappé, même s'il a affiché le potentiel pour y monter cet été. Passé à côté à Brno où il a chuté, il a dû se contenter d'une place de témoin privilégié à la cérémonie du podium du GP de Styrie, lorsque Miguel Oliveira a fait à son tour retentir l'hymne autrichien après Brad Binder deux semaines plus tôt.

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Depuis quatre ans, Pol Espargaró a été le pilier et le fer de lance du programme de Mattighofen. Arrivé dans le groupe fin 2016 en provenance de Tech3, il faisait initialement équipe avec celui qui était déjà son acolyte dans l'équipe française, Bradley Smith. Ensemble, ils ont accompagné la machine autrichienne dans sa première saison, après un baptême du feu réalisé au Grand Prix de Valence 2016 par Mika Kallio, l'homme de l'ombre qui avait réalisé le gros du développement durant les premiers mois de préparation.

Pour leur premier Grand Prix au guidon de la RC16, celui du Qatar en 2017, Espargaró et Smith ont hérité des deux derniers emplacements de la grille de départ, pointés à 2"8 et 3"3 du premier après les essais libres alors que les qualifications ont été annulées par les conditions météo. Ils ont coché une première case en voyant le drapeau à damier en course, mais leur retard de 33 et 39 secondes respectivement en disait long sur le chemin restant à parcourir. Les premiers points allaient arriver à la course suivante.

Témoignant d'un moment très particulier pour lui, Pol Espargaró s'est remémoré le chemin parcouru lorsqu'il a décroché la première pole position de son équipe il y a deux semaines. "Ce furent quatre années vraiment faites de hauts et de bas. La première année, la moto était incroyablement difficile, on était à trois secondes en qualifs, je me souviens avoir été [avant-]dernier sur la grille au Qatar au point de ne même pas pouvoir voir les feux ! Tout était super difficile", se souvenait-il.

Hors des points à sa première course, Pol Espargaró a offert à KTM un premier top 10 à la mi-saison 2017 : durant la seconde moitié de cette première campagne, ce résultat allait revenir cinq fois, dont quatre grâce à l'Espagnol. Fin 2018, un premier podium obtenu sous la pluie de Valence venait récompenser les deux premières années de compétition, puis deux premières qualifications en première ligne sont arrivées en 2019, d'abord dans des conditions mixtes à Brno avec Johann Zarco, puis sur le sec à Misano avec Pol Espargaró.

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L'Espagnol, qui s'était imposé comme le leader de l'équipe, a pu observer l'évolution significative, mais progressive, des performances. "Les progrès ont commencé à venir l'année dernière. À partir de la mi-saison, tout a commencé à être, peut-être pas plus facile, mais en tout cas avec la deuxième place [sur la grille] à Misano on s'est dit que parfois on pourrait y arriver. Peut-être pas tout le temps, mais en tout cas la moto progressait", décrit-il.

Pol Espargaro, Red Bull KTM Factory Racing, Pit Beirer

Pol Espargaró et Pit Beirer

Encore enrichie en vue de 2020, la RC16 est désormais capable de se battre contre les références du plateau. "On n'a pas fait une moto complètement neuve. Il y a des choses qui sont arrivées : le châssis, puis des évolutions moteur, l'électronique qui s'est un peu améliorée… Et puis les pneus sont arrivés et ils ont gêné certains constructeurs alors qu'ils étaient bien mieux pour nous", admet Espargaró. "On n'est pas au niveau de faire une toute nouvelle moto, comme le fait par exemple Honda, car je pense qu'au niveau qui est le nôtre à présent ce serait une erreur. On a juste apporté des nouveautés et toutes ont fonctionné. C'est grâce à l'usine : ils font un travail incroyable, ils ont fait une super moto et je suis super reconnaissant de pouvoir finalement piloter la moto à ce niveau."

Malgré ce travail colossal et son attachement au projet, les résultats de ces deux premiers mois de compétition surprennent Pol Espargaró. "C'est venu de manière progressive. Et je n'ai en fait pas senti qu'on avait changé tellement de choses au point d'être aussi bons. J'ai encore du mal à croire qu'on soit si rapides… Je ne veux pas être négatif, mais le meilleur gars du championnat n'est pas là. Marc [Márquez] n'est pas là et j'aimerais qu'on puisse se comparer au meilleur. Je ne sais pas ce qu'il ferait."

"On est très bons, c'est vrai, mais j'aimerais qu'on fasse encore plus de courses et qu'on voie ce qu'il en est à d'autres endroits parce qu'à Jerez on n'était pas aussi bons qu'en République Tchèque et [qu'en Autriche]", poursuit l'Espagnol, qui préfère confirmer au lieu de s'emballer prématurément. "On va clairement essayer de monter sur le podium d'autres fois cette année. Je ne sais pas comment ça se passera sur les prochaines courses, je n'en ai aucune idée. Mais au fond on ne s'attendait pas à être aussi rapides qu'on l'a été en République Tchèque, et pourtant on l'a été. Il faut juste qu'on garde notre calme, qu'on essaye de continuer à faire notre job comme on le fait actuellement et le reste va suivre."

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Lui qui a décidé de rejoindre Repsol Honda pour la saison prochaine en estimant qu'il ne pouvait pas, à son âge, laisser passer une opportunité unique de courir pour une équipe faisant partie des prétendantes au titre, il ne peut que constater amèrement que le HRC figure actuellement aux dernières places du championnat alors que KTM est cité parmi les prétendants à la couronne.

Actuellement dixième, après deux abandons sur chute en cinq courses, croit-il en ses chances personnelles pour le titre 2020 ? "Ce sont des sentiments doubles, entre la joie et la confiance dues au fait qu'on n'est pas loin, et la colère parce que j'aurais été vraiment tout près si j'avais pu finir [les courses] en République Tchèque et [en Autriche]", regrette-t-il. "Mais, au fond, on n'est pas loin donc en faisant de super courses comme celle [de Styrie] et en se battant pour la victoire chaque week-end tout peut arriver. Il reste beaucoup de courses, de bonnes pistes sur lesquelles on a montré de bonnes performances l'année dernière et on est un cran au-dessus cette année, alors c'est bien !"

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