Poncharal : Le départ de Tech3, peut-être un "électrochoc" pour Yamaha

Hervé Poncharal a fait le choix de lier Tech3 à KTM pour les saisons 2019, 2020 et 2021, séduit par les promesses d'avenir qu'il attendait. Une nouvelle page pour l'équipe française et peut-être aussi un déclic pour Yamaha.

Poncharal : Le départ de Tech3, peut-être un "électrochoc" pour Yamaha

L'équipe Tech3 vit une saison inhabituelle, alors qu'elle se sait dans la dernière année d'un long partenariat avec Yamaha. Vingt ans d'union prendront fin en novembre prochain, lorsque le Grand Prix de Valence fera tomber le rideau sur le championnat et qu'il sera temps de se tourner vers KTM pour, déjà, commencer à écrire un nouveau chapitre.

"Ça fait partie de notre vie", modère Hervé Poncharal lorsque Motorsport.com l'interroge sur la manière dont peut se vivre cette saison, entre l'obligation de réussir le présent avec encore cinq mois de courses à disputer, et l'excitation de bientôt relever un nouveau challenge.

Et c'est bien le fait de se confronter au défi que représente le renouveau qui a séduit le patron de l'équipe de Bormes-les-Mimosas. À une période où Yamaha ne lui donnait pas de garanties quant à un prolongement de leur partenariat au-delà de 2018, Hervé Poncharal a obtenu de la part de la marque autrichienne la vision d'avenir qu'il attendait. Parmi les six constructeurs engagés en MotoGP, KTM était l'un des trois à ne pas encore disposer d'une équipe satellite, un schéma désormais passé dans les habitudes et dont il a été fait une priorité en vue de la troisième année de son projet.

"KTM est venu, on a discuté et à un moment donné j'ai dit 'On y va'. Je leur ai demandé trois ans, ils ont dit banco, ce qui est fabuleux. Je n'ai jamais eu de contrat de trois ans avec un constructeur", se félicite le directeur du team, qui rappelle la fidélité exemplaire qu'il a affichée jusqu'à présent à l'encontre de la marque d'Iwata. Mais, depuis le mariage scellé en 1999, peut-être que la passion avait laissé la place à la routine et qu'un peu de nouveauté était salutaire pour l'équipe comme pour le constructeur.

Hervé Poncharal, team principal Monster Yamaha Tech 3

"Je pense que le succès arrive aussi dans le fait de se connaitre, dans la pérennité d'une relation", souligne Hervé Poncharal. "On a été 20 ans avec Yamaha et le fait de très bien connaître la machine, les ingénieurs, les rouages en interne d'une société, cela aide à être performant. Tout comme garder les mêmes personnes dans une équipe technique aide les automatismes. Parfois, tu n'as même pas besoin de parler, tu fais un clin d'œil et tu sais ce que ça veut dire. C'est aussi valable pour le pilote : Johann [Zarco] est plus performant qu'il ne l'était l'année dernière avec son équipe technique, parce qu'il connaît tout le monde, il sait comment leur parler, ce qu'il faut leur dire."

"Ça n'est pas anodin de changer des partenaires avec qui on a été pendant 20 ans, avec qui ça s'est hyper bien passé et avec qui on a eu le succès qu'on a eu, mais on doit être des compétiteurs et on doit être sans arrêt à la recherche de ce qui est plus performant. Et puis je suis quelqu'un qui aime les challenges", poursuit-il, "et le ronron me fatigue. C'était bien là où on était, mais quelque part, je savais qu'on n'aurait jamais la dernière étape. Cela engendre des frustrations, même si on a les résultats qu'on a et si on est très heureux aujourd'hui. Et puis peut-être qu'on avait fait le tour de l'aventure MotoGP-Yamaha."

Quelque part, je savais qu'on n'aurait jamais la dernière étape.

Hervé Poncharal

Cette "dernière étape" – à savoir recevoir une machine identique à celle de l'équipe d'usine – s'est en effet refusée à Tech3 dans le giron Yamaha, mais a été au cœur de l'accord passé avec KTM qui, l'an prochain, alignera quatre motos de même spécification – deux dans la structure factory et deux dans son team junior. Une égalité de traitement pas si surprenante si l'on pense à l'implication de Pramac chez Ducati, ou de LCR chez Honda, mais que Hervé Poncharal savait impossible avec Iwata, du moins jusqu'à récemment.

Car le projet de seconde équipe Yamaha qui bouillonne actuellement, et qui pourrait mener à une annonce imminente, semble être cette fois plus ouvert à cette fourniture d'une troisième moto officielle ou tout au moins de spécification récente. "Il semblerait que ça les ait quand même un peu secoués, chez Yamaha. Maintenant, des choses qui étaient impossibles avec nous, deviennent possibles", constate Hervé Poncharal.

Johann Zarco, Monster Yamaha Tech 3

Pense-t-il que le départ de Tech3 a été un déclic pour Yamaha ? "Oui, j'en suis sûr. Je leur ai dit et redit : 'Pourquoi Ducati le fait ? Pourquoi Honda le fait ? Et vous avez vu ce que ça leur apporte'. Je pense aussi que Vale [Rossi] et Maverick [Viñales] leur ont dit : 'Il faut arrêter de les voir comme des adversaires, à un moment donné c'est à nous de prouver sur la piste qu'on est meilleurs qu'eux mais ça peut nous aider'. Quand on est un peu dans le dur techniquement parlant, si on a trois pilotes qui ont le même matériel et qui ont la même opinion, vous pouvez être sûrs qu'il faut aller dans cette direction. Donc un pilote de plus, ce sont 33% d'info en plus."

"Je ne suis pas du tout amer, pas du tout en colère", poursuit Hervé Poncharal, qui accepte sans remords l'évolution de la situation. "Parfois il faut des électrochocs pour que la situation change – peut-être que ça en a été un."

"En tout cas, ce que je veux dire c'est que c'était bien, mais c'était un certain confort. Parfois on est dans un certain confort et on ne se rend pas compte que la compétition existe et que, si jamais on ne se remet pas en question, on perd de sa performance. Pour moi, le fait de repartir sur des bases nouvelles avec un nouveau partenaire, cela va donner de l'émulation, peut-être une nouvelle motivation, et la possibilité d'avoir un œil différent, de travailler différemment. En tout cas, ça excite tout le monde et je suis content d'avoir pris cette décision. Ça ne veut pas dire que j'étais mal, mais ce qui m'a été proposé, jamais je ne l'aurais eu [chez Yamaha], je le sais. Je ne leur en tiens pas rigueur, parce que c'était comme ça et ça fonctionnait bien."

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