Les radios vont-elles changer l'ADN du MotoGP ?

Le MotoGP a testé un système de radios à Misano, ce qui fait naître la crainte de communications similaires à celles qui existent en Formule 1. Le MotoGP va-t-il s'aseptiser ou faut-il accepter ce changement ?

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Stefan Bradl a testé un dispositif de radio vendredi dernier durant les essais libres du Grand Prix de Saint-Marin. Le but est de permettre aux pilotes d’avoir les informations de la direction de courses mais à terme, les communications pourraient être ouvertes entre les pilotes et les équipes, une idée qui divise les pilotes.

Plusieurs incidents ont émaillé les deux week-ends de course en Autriche. Dans la course Moto2 du premier week-end, Enea Bastianini a eu un accident à la sortie du premier virage. Sa moto est restée au milieu de la piste. Hafizh Syahrin n’a pas pu la voir et il l’a violemment percutée. Il n’a pas été sérieusement blessé mais Dominique Aegerter a failli être percuté par des débris.

Quelques dizaines de minutes plus tard, le gros accident entre Johann Zarco et Franco Morbidelli a provoqué un drapeau rouge que plusieurs pilotes n’ont pas vu. Certains n’avaient pas non plus de message sur leur tableau de bord. Ces incidents ont relancé le débat sur l'introduction des radios, afin d’informer plus rapidement et plus clairement les pilotes.

"Beaucoup de pilotes ont dit qu’ils ne voyaient pas le drapeau rouge", a déclaré Cal Crutchlow à Motorsport.com. "Ils n’ont pas vu le drapeau rouge et [l'information] n’était pas sur le tableau de bord [pour certains pilotes], alors que d’autres l’avaient. Et c’était vraiment le cas. Donc pour ça, [la radio] pourrait être utile."

Au Grand Prix de Styrie, la Commission Sécurité a décidé de tester à nouveau les radios. Le principe est de permettre à la direction de course d’envoyer des messages automatiques aux pilotes afin de les informer des dangers devant eux.

Cette solution pourrait apporter des progrès sur le plan de la sécurité. Au Grand Prix d’Espagne, la position des drapeaux a fait débat après un incident durant la troisième séance d’essais. Au deuxième virage, Marc Márquez a ralenti en voyant un drapeau jaune mais pas Álex Rins, qui ne l’avait pas vu. Plusieurs pilotes ont demandé un système de voyants lumineux, similaire à celui utilisé en Formule 1, et le MotoGP étudie aussi cette solution.

Fabio Quartararo pointe aussi les défaillances du système actuel : "Ce qui est important est que quand l’équipe transmet l’information sur le tableau de bord, ce soit pour le secteur suivant. Certains secteurs sont courts, c’est 30 secondes plus tard. À mes yeux, [il est important] d’avoir des messages plus clairs sur le tableau de bord. Avec la radio, on verra. Nous ne saurons pas tant que nous ne l'aurons pas testé."

Les pilotes pourront tous découvrir le système ce mardi lors d’essais à Misano. Même s’il s’agit avant tout d’une mesure de sécurité, Carmelo Ezepeleta, le patron de la Dorna, a déclaré en marge du Grand Prix de Saint-Marin que les équipes pourraient peut-être communiquer avec les pilotes à l’avenir, ce qui a créé la polémique sur les réseaux sociaux.

Des fans pensent que ces communications pourraient nuire à la compétition en MotoGP, en prenant pour exemple les nombreuses informations transmises aux pilotes en F1. La Formule 1 a connu les mêmes débats et les communications ont été encadrées.

"Le problème est que si nous mettons les radios, les stands contrôleront immédiatement ce qu’il se passe sur la moto", prévient Pol Espargaró. "Ensuite, ceux qui sont dans les stands verrons l’état des pneus et ils diront quoi faire au pilote. L’humain aura moins de place et la machine en aura plus. C’est ce qu’il se passe en Formule 1 et cela ne me plaît vraiment pas. Je veux que la compétition reste plus humaine."

La radio a peut-être fait perdre l’image de gladiateur des pilotes de F1, notamment en raison des plaintes au sujet des manœuvres d’un rival en course, mais plusieurs épreuves montrent que les radios n'empêchent pas d'avoir du spectacle, comme Monza 2020, Hockenheim 2019 ou le Canada 2011. Quoi que dise l’ingénieur au pilote, c’est toujours ce dernier qui fait la différence. Et ce sera le cas en MotoGP.

De plus, le MotoGP n’a pas, pour le moment, de télémétrie en temps réel. La FIM pourrait interdire un tel dispositif afin de conserver la part "humaine" après l’arrivée des radios. Cet élément "humain" restera, que les radios soient introduites ou pas. Et si les radios arrivent, leur utilisation sur la moto ne sera pas facile. Le pilotage d’une moto est plus physique et un pilote de F1 n’a pas besoin de changer la position de son corps à chaque virage.

"Il faudra voir si nous pourrons répondre", confirme Crutchlow. "Selon la moto que l’on a, il n'est pas évident de parler, parce que certains pilotes sont en hyperventilation, et que d’autres gardent la bouche fermée."

Un avant-goût de ces communications a été donné par les courses esport du MotoGP, puisque les pilotes discutaient entre eux. Les échanges étaient parfois amusants et la F1 a la possibilité de montrer les pensées et commentaires d’un pilote durant une séance. Les interventions de Lando Norris ont montré que les radios pouvaient être divertissantes. Le MotoGP a des pilotes de caractère.

"Ce qui est certain, c’est que je serais le Kimi [Räikkönen]",  s’amuse Crutchlow. "Vous imaginez si Jack [Miller] et moi pouvions parler à l’équipe ? Ce serait bipé en permanence !"

Ceux qui ont assisté à un débriefing de Miller connaissent son langage fleuri, surtout loin des caméras. Il reste à savoir si le MotoGP développera un système de radios proche de celui utilisé en F1, mais tout championnat doit conserver un état d'esprit ouvert. Et si les radios se concrétisent, il n’y a aucune raison de penser qu’elles rendraient le MotoGP ennuyeux.

"Je pense que le point fort du MotoGP par rapport à la Formule 1 est que les courses sont plus amusantes, parce qu’il y a de plus grosses bagarres", estime Valentino Rossi. "La Formule 1 est au sommet des sports mécaniques, les performances des voitures sont incroyables et piloter les voitures les plus rapides du monde est un défi."

"Je ne pense pas que le MotoGP soit plus intéressant parce que nous n’avons pas de radio. Nous sommes au sommet des sports mécaniques dans le monde de la moto, les communications avec les stands peuvent nous rendre meilleurs. Je pense que nous pouvons gagner du temps pendant les essais, dans les tours lents, pour parler avec les stands. Je trouve cela intéressant. Cela ne changera pas l’ADN de la compétition."

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