Pourrait-on revoir Suzuki en MotoGP ?
Le président de Suzuki a tenu un discours qui n'est pas passé inaperçu, exprimant son intérêt pour un éventuel retour de la marque en MotoGP. Cela n'est toutefois pas à l'ordre du jour dans l'immédiat.
Photo de: Suzuki
Le choc du départ de Suzuki des Grands Prix moto, acté en 2022 alors que le constructeur était sous contrat avec la Dorna, a laissé des séquelles encore perceptibles aujourd'hui. Aussi, lorsque Toshihiro Suzuki glisse dans une interview donnée en Europe qu'il envisage un éventuel retour de la marque de Hamamatsu en MotoGP, l'enthousiasme grimpe vite...
Un peu trop vite, sans doute, car le président de Suzuki précise aussi que, pour l'instant, la concentration se porte sur les motos de route. Avant d'envisager relancer un programme de course, Suzuki prévient qu'il faudra réunir les conditions nécessaires dans l'économie de la marque qui permettraient d'appuyer une stratégie de compétition.
Au moment de son départ, il y a deux ans, Suzuki était encore parmi les marques de pointe du MotoGP. Le titre de Joan Mir était encore très frais (2020) et Álex Rins a réussi à gagner jusqu'au tout dernier Grand Prix, celui de Valence en 2022. Cela n'avait pas empêché Hamamatsu de changer ses plans, obtenant la rupture du contrat par lequel la marque s'était pourtant engagée à rester dans la discipline jusqu'à la fin du cycle réglementaire actuel.
Cela a brutalement ramené le championnat à cinq constructeurs, la perte de performance de deux d'entre eux ayant mené à la mise en place d'un nouveau système de concessions cette année. Dans l'attente de l'arrivée de toutes nouvelles motos de 850cc en 2027, ce dispositif est vu comme une manière de ramener Honda et Yamaha à niveau en évitant la lassitude de leur management face à des résultats en berne.
Quant aux deux places libérées par Suzuki, elles n'ont toujours pas été réattribuées. KTM avait souhaité se porter acquéreur l'an dernier, alors en quête d'une solution pour placer l'ensemble de ses pilotes sous contrat sur la grille, ce qui avait été refusé par la Dorna qui préférait les conserver pour un nouveau constructeur.
Seulement, le promoteur du championnat n'a pas trouvé d'autres candidats depuis et la situation de KTM a radicalement changé. En proie à une crise financière profonde, le constructeur autrichien a activé une procédure d'auto-administration et a dû mettre sur pause le développement de sa RC16, faisant craindre que la situation puisse sombrer.
Par ailleurs, on évoque régulièrement l'intérêt pour le MotoGP de BMW − à qui il est supposé que Suzuki ait vendu des données −, sans toutefois aucune officialisation du lancement d'un programme en bonne et due forme ni aucune nouvelle information récemment.
La Suzuki GSX-R1000 n'est plus vendue en Europe.
Photo : Suzuki
Autant dire que la moindre déclaration d'intention d'un constructeur de moto est écoutée avec attention. Seulement, lorsque le patron de Suzuki a entrouvert la porte ces derniers jours, c'est en rappelant bien que sa priorité était ailleurs, en l'occurrence s'assurer que la gamme de motos de route de Hamamatsu soit suffisamment solide avant de reprendre un programme de course de haut niveau.
Si la compétition est vue comme un accélérateur de vente, la gamme doit tout de même être renouvelée, celle-ci souffrant d'un certain manque d'attractivité à l'heure actuelle avec des modèles datés et peu d'innovations pour s'opposer solidement à une concurrence chinoise nettement moins chère.
"Gagner en MotoGP a été très important pour nous, évidemment. Cependant, cela compte peu si nous ne disposons pas d'une gamme complète de modèles à offrir à tous les passionnés de moto. Et je ne crois pas que nous soyons dans cette situation à l'heure actuelle", a déclaré Toshihiro Suzuki à la revue italienne Motosprint en marge de l'EICMA, le salon de la moto qui se tenait à Milan.
"Il est donc important pour nous de réussir à proposer rapidement une gamme de produits complète, qui puisse satisfaire tous les motards d'aujourd'hui. Ensuite, si tout se passe au mieux, nous reviendrons aussi aux courses, et nous reviendrons pour gagner."
Ce qui pousse à tempérer l'enthousiasme suscité par ces déclarations, c'est aussi que les délais commencent à être serrés pour envisager voir débuter une nouvelle marque devant développer un programme dans l'optique du nouveau règlement devant entrer en vigueur en 2027. À titre de comparaison, Ducati a fait savoir que sa future moto de 850cc devrait être prête à débuter ses essais en piste l'an prochain, sur la base d'un règlement technique acté depuis déjà six mois. Ces délais serrés pèseraient aussi sur Suzuki si la marque devait décider de relancer un programme avec cette échéance en ligne de mire, en repartant de zéro.
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