Rivola prévient : "Il arrivera un moment où il faudra faire des choix"

Conscient des grandes difficultés actuelles dans les domaines de l'auto et de la moto, et dans les sports associés, l'administrateur délégué d'Aprilia Racing en appelle au réalisme et à la flexibilité de tous pour que le système se relance dès la fin de la pandémie de COVID-19.

Rivola prévient : "Il arrivera un moment où il faudra faire des choix"

Alors que les huit premières manches d'une saison très attendue, devant en compter pour la première fois 20, ont été annulées ou reportées, le calendrier MotoGP n'est plus mis à jour, dans l'attente que la situation se stabilise autour d'une pandémie qui n'est pas encore entrée dans sa phase régressive. S'il en résulte une grande incertitude pour toutes les personnes impliquées, Massimo Rivola veut encore croire en un championnat qui saura compenser ses pertes en matière de compétition.

"J'espère que, d'une manière ou d'une autre, nous pourrons rattraper [les courses reportées]", explique-t-il à Motorsport.com. "Les Grands Prix à ce jour ne sont pas annulés, mais reportés. Mais il arrivera un moment où il faudra faire des choix, parce que nous ne pourrons pas faire 20 Grands Prix en quatre mois. Je crois que nous devrons tous revoir nos programmes et nous adapter."

Lucide quant aux difficultés économiques actuelles et à venir, l'administrateur délégué d'Aprilia Racing en appelle à la flexibilité du championnat, ainsi que de ses acteurs, estimant qu'il faudra, le moment venu, faire ces choix en fonction de "ce qui est mieux pour tout le monde". Il s'en est expliqué dans un entretien qu'il a accordé samedi à Motorsport.com, et nous a livré sa vision de la crise engendrée par le nouveau coronavirus.

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À l'heure actuelle, le calendrier prévoit deux séries de trois courses consécutives en sept semaines : Japon, Australie et Malaisie, puis après une semaine de pause Amériques, Argentine et Valence. Comment voyez-vous les choses si cela devait effectivement être confirmé ?

Je n'ai pas beaucoup d'expérience en MotoGP, mais je crois que Carmelo Ezpeleta est une personne sensible, à la fois aux exigences des constructeurs et à celles des équipes satellites. Je crois que le championnat reprendra quand les conditions pour le faire seront réunies, même à huis clos si besoin. Mais je crois qu'il ne faudra faire de tort à personne : si quelque chose devait être problématique pour plusieurs équipes, je ne crois pas que cela se fera.

Pour moi, personnellement, enchaîner trois courses de suite est une charge et je crois qu'en faire deux le serait encore plus. Il faut dire également que nous sommes à présent au repos pour un mois, nous pouvons donc mettre de côté un peu d'énergie. Je ne crois pas que le vrai problème sera là. Le vrai problème est plus économique, parce que les entreprises sont en difficulté. Quand les conditions pour reprendre seront réunies, il faudra que nous nous réunissions autour d'une table pour comprendre ce qui est mieux pour tout le monde, parce que si nous faisons le bien des constructeurs et des équipes privées, au final nous faisons le bien du championnat.

Comment Aprilia Racing vit le blocage actuel lié au coronavirus ?

Nous avons fait ce que nous pouvions tant qu'il a été possible de résister, dans le respect maximal des règles. Nous avons tout de suite réduit le personnel de moitié afin de doubler les espaces. Puis nous avons dû adopter une approche assez extrême, en nous confinant et en restant tous à la maison. Nous resterons sûrement confinés ce mois-ci, et ce même si l'Italie commence à se rouvrir peu à peu, comme je l'espère. En ce qui nous concerne, nous pouvons sans problème rester confinés.

Aleix Espargaro, Aprilia Racing Team Gresini

On parle de réouverture des entreprises en Italie. Quel est votre point de vue ?

Je pense qu'on ne pourra pas rester à l'arrêt comme ça, parce que le pays ne pourra pas rester à genou. Je ne veux pas être trop cynique, mais la moyenne des décès est de 79 ans, il faut donc maintenir en quarantaine ceux qui ont plus de 70 ans. Le vrai problème c'est que l'on ne peut pas soutenir toute l'affluence actuelle dans les hôpitaux. La grande préoccupation par contre est que si rien ne bouge on va mourir de faim et non de coronavirus. On ne peut pas rester à l'arrêt trop longtemps.

Si rien ne bouge on va mourir de faim et non de coronavirus. On ne peut pas rester à l'arrêt trop longtemps.

Massimo Rivola

Il a aussi été évoqué le fait de disputer deux courses par week-end. Serait-ce faisable selon vous ?

Dire ce qui serait bien et ce qui ne le serait pas, ce sont un peu des discussions de comptoir. Je ne suis pas fan de la double course, parce que je crois que le MotoGP doit rester le MotoGP. Après, il est évident que si nous ne pouvions faire que cinq épreuves, alors faisons même trois courses le même week-end pour offrir plus de spectacle et donner de la visibilité aux sponsors. La double course, laissons-la au Superbike.

Mais le MotoGP aussi aura besoin d’ici peu de quelques coupes, parce que le monde dans lequel nous vivrons ne sera plus le même, pour des raisons économiques. Aujourd'hui, les voitures et les motos ne se vendent pas et petit à petit le système s'effondre. En dehors des sports mécaniques, je me mets à la place de ceux qui ont un restaurant et je me demande comment ils font en ce moment.

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La Formule 1 a décidé de reporter d'un an la mise en place de son nouveau règlement, justement dans l'idée de réduire les coûts en utilisant en 2021 les mêmes voitures qu'en 2020. Est-ce que cela pourrait être une option en MotoGP ?

Dans la situation actuelle, alors que nous ne voyons pas encore la lumière au bout du tunnel et que la prévision est très critique, penser à la performance serait une erreur. Il faut vraiment comprendre dans quelle situation se trouve le monde, et je crois que ce qu'a fait la F1 est juste et qu'il s'agit donc d'une chose à prendre en considération pour nous aussi. Je ne pense pas que courir en 2021 avec la moto de 2020 soit une folie, si cela peut nous permettre d'abaisser les coûts. Mais il peut y avoir mille autres façons de le faire, comme par exemple avoir une seule moto par pilote ou peut-être couvrir moins de kilomètres étant donné que le coût des motos au kilomètre est très important. Il y a plusieurs options.

Que proposeriez-vous ?

Par le passé, la Formule 1 a fait certaines choses. Maintenant cela fait presque rire de parler de l'arrêt imposé par la FIA et que la F1 a avancé à cette période-ci, mais s'arrêter cela fait faire des économies. La F1 a aussi limité le nombre de personnes présentes en piste et je pense que cela aussi est une bonne chose à faire. Il est vrai que nous sommes beaucoup moins nombreux qu'eux, mais il est bon de le faire par principe. Si nous sommes contraints de ne pas avoir de seconde moto au stand pour chaque pilote, ce sera à étudier. Si le fait est qu'aujourd'hui nous avons à notre disposition une certaine somme et que demain nous n'en avons plus que la moitié, nous devrons trouver une façon de nous débrouiller avec cette somme, tout en sauvant notre travail et le spectacle que nous offrons, car nous pouvons continuer à le faire même dans des conditions un peu différentes.

Propos recueillis par Matteo Nugnes et Franco Nugnes

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