Agostini : "Personne n'a le droit de dire à Rossi ce qu'il doit faire"

Pour lui, la retraite a d'abord ressemblé à un cauchemar, mais Giacomo Agostini avait bel et bien senti que le moment de raccrocher était arrivé. Il pense donc aujourd'hui que cette décision appartient à Valentino Rossi et à lui seul.

Agostini : "Personne n'a le droit de dire à Rossi ce qu'il doit faire"

Lorsque Giacomo Agostini met un terme à sa carrière, en 1977, il a 35 ans et a cumulé un palmarès faramineux avec 122 victoires et 15 titres. Plus de quatre décennies plus tard, il est toujours attentif à la vie des Grands Prix et observe actuellement avec curiosité, mais tout en mesure, la phase finale d'une carrière presque aussi prodigieuse que la sienne, celle de Valentino Rossi.

"Tous les sportifs le savent, le moment d'arrêter arrive pour tous", rappelle Agostini dans les colonnes du Corriere della Sera. "Moi, j'ai pleuré pendant deux jours. Je me réveillais la nuit, en sueur. Je rêvais que je courais encore, mais au fond de moi je savais que j'avais fait ce qu'il fallait. Comment l'ai-je compris ? Lorsque certains résultats n'étaient plus atteignables. Je pouvais encore gagner, mais je savais que désormais quelque chose avait changé."

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À l'heure où les spéculations se multiplient au sujet de Valentino Rossi, alimentées par deux ans sans victoire et une première partie de championnat historiquement faible en comparaison de ses habitudes, Giacomo Agostini tient à rappeler que la décision de mettre un terme à sa carrière, pour un pilote d'une telle envergure, doit être le fruit d'une réflexion personnelle. Il rejoint en cela les propos tenus par le #46 lui-même le mois dernier, et se garde bien de prédire comment son compatriote passera ce cap lorsque le moment viendra. "Je ne peux pas le dire. Valentino est encore capable de réaliser d'excellentes performances. Personne n'a le droit de lui dire ce qu'il doit faire. Personne mieux que lui peut analyser la situation qu'il est en train de vivre. Quand je me battais pour la deuxième ou la troisième place, et que la victoire m'échappait, j'ai compris tout seul que le moment d'arrêter était en train d'arriver."

Un contre-coup à attendre dans les premiers temps

Dix ans après son dernier titre en date, le MotoGP a eu le temps de se préparer à l'après-Rossi, chaque période creuse donnant lieu aux mêmes spéculations sur l'arrêt possible de sa carrière. Bien qu'il n'obtienne plus aujourd'hui les succès d'antan, son aura fait craindre que le vide qu'il laissera sera difficile à combler, signe qu'une époque majeure des Grands Prix prendra fin avec son départ. Pour Agostini, cependant, le MotoGP saura affronter cette transition, somme toute naturelle, et s'en remettre.

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"Au début, nous en souffrirons. Cela a été le cas aussi pour Mohammed Ali, pour Maradona, pour Eddy Merckx. Ils ont tous laissé un vide parce que le grand public aime ceux qui durent dans le temps et ceux qui, chaque fois, acceptent la confrontation en sachant qu'ils peuvent encore gagner", analyse Agostini.

"Rossi a gagné pendant plus de 20 ans, mais à l'étranger on parle de plus en plus de Márquez. […] Le destin des grands est d'être battus. Tôt ou tard, quelqu'un de plus fort que toi arrive", rappelle l'homme aux 122 victoires, qui attend depuis deux ans que Rossi dépasse le cap des 115 succès et, peut-être, le rejoigne au palmarès. "Les records sont faits pour être battus. Et en plaisantant avec Valentino, un jour, je lui ai demandé de m'inviter à l'éventuelle fête [qu'il donnera] si jamais il y arrive."

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Márquez le voit continuer au-delà de 2020

Pour tenter de retrouver le chemin de la victoire et de se rapprocher encore un peu plus du record d'Agostini, Rossi a encore au moins un an et demi de contrat devant lui. C'est une histoire à suivre, donc, et une histoire qui pourrait même s'écrire au-delà de son contrat actuel dont l'échéance est fixée pour la fin 2020. Car si certains prédisent une fin proche, voire même anticipée de la carrière du #46, d'autres misent à l'inverse sur un prolongement au-delà des 41 ans qu'il aura atteints l'an prochain.

Et parmi eux, un observateur loin d'être anodin : Marc Márquez, himself. "Rossi, je le vois continuer", a déclaré l'Espagnol auprès de l'agence de presse EFE. "Je pense que n'importe quel pilote qui est capable de piloter une moto à 350 km/h le fait parce qu'il a l'ambition et la concentration pour continuer à courir." Un avis parmi d'autres... En tout cas, s'il y a une prédiction que l'on peut tenter sans risque, c'est que les paris continueront à aller bon train sur le sujet pendant encore un moment !

Avec Carlos Guil Iglesias

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