Rossi : "Je suis maître de mon destin, de mon avenir"

Le nonuple Champion du monde entame sa dernière saison avec l'équipe officielle Yamaha, poussé vers la sortie par l'éclosion du phénomène Fabio Quartararo. Sans amertume, il s'exprime sur ce choix de Yamaha et sur la décision que lui-même va devoir prendre dans les mois à venir quant à son avenir en MotoGP.

Rossi : "Je suis maître de mon destin, de mon avenir"

Chez Yamaha, la pause hivernale aura été bien illusoire. Car pendant que les ateliers du département compétition s'affairaient sur une machine qui se doit de replacer l'équipe au premier plan, les bureaux de la direction étaient en ébullition sur des dossiers non moins importants, ceux des contrats des pilotes. La partie a été jouée finement par le constructeur, qui la semaine dernière a lancé les hostilités avec une salve d'annonces : la prolongation de Maverick Viñales, la promotion de Fabio Quartararo et le retour de Jorge Lorenzo en tant que pilote d'essais.

Les décisions prises dans le recrutement des pilotes officiels pour 2021 et 2022 impliquaient un autre choix, celui au contraire de fermer la porte de l'équipe factory à Valentino Rossi. "Franchement, le plus difficile pour moi a été la discussion avec Valentino", admet Lin Jarvis. "Parce que quand nous avons reconnu sa requête de retarder la décision, que nous comprenons totalement, cela a eu des conséquences, et les autres discussions ont été plus positives. Elles n'avaient que du positif, tandis que dans le cas de Valentino la conséquence de la réunion que nous avons eue ensemble a été que si nous devions attendre, nous n'allions pas pouvoir le prolonger dans l'équipe d'usine."

Il n'y avait, selon le patron du programme, pas d'autre choix possible : "Nous avons affronté la situation, surtout en janvier, d'un marché qui devenait déjà très chaud, et de nos jeunes pilotes qui nous poussaient et cherchaient une direction. [...] Franchement, si nous avions attendu trop longtemps nous aurions perdu l'un de nos jeunes talents."

Ce départ ayant été acté, un compromis a été trouvé : garantir au #46 qu'il bénéficiera d'une M1 officielle et du soutien maximal du constructeur au sein de son équipe satellite, si jamais il décide finalement de poursuivre sa carrière. C'est sur cette situation, inhabituelle, et les décisions prises et encore à prendre que s'est exprimé aujourd'hui pour la première fois Valentino Rossi, longuement et en toute franchise, lors de la conférence de presse accompagnant la présentation de l'équipe Yamaha.

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Que penses-tu du choix de Yamaha de promouvoir Fabio ?

Je pense que Yamaha a fait le bon choix, car Quartararo a été impressionnant pour tout le monde l'année dernière. Je pense que les gens dans le paddock savaient que Quartararo pouvait être très compétitif, mais pas à ce point-là. Il a surpris plus ou moins tout le monde. Il est très, très, très jeune et très fort, alors c'est la bonne décision.

C'est aussi une décision risquée, un pari d'avenir…

Oui, mais il faut considérer qu'il a terminé deuxième quatre fois l'année dernière, alors que Márquez et Honda étaient à un autre niveau et c'est aussi la raison pour laquelle Quartararo n'a pas gagné. Mais il y a des courses, comme Valence, Misano ou la Thaïlande, où il a fini très proche et pour un rookie ça n'est pas facile.

Yamaha a fait le bon choix, car Quartararo a été impressionnant. Ses performances ont changé la situation. Si Yamaha n'avait pas eu Quartararo, on aurait peut-être eu plus de temps.

Valentino Rossi

As-tu été surpris par le choix de Yamaha ?

Franchement, je n'ai pas été surpris. J'y avais déjà pensé en octobre l'année dernière − en Thaïlande, je me souviens. Parce que les performances de Quartararo ont changé la situation. Si Yamaha n'avait pas eu Quartararo, on aurait peut-être eu plus de temps. Ça n'a donc pas été une surprise. J'y ai beaucoup pensé, mais je me suis aussi dit que je ne voulais pas dire oui juste pour garder ma place dans l'équipe officielle et ensuite ne pas être compétitif car c'est le pire, surtout pour moi. Je me suis donc dit que ça pouvait arriver, je m'y attendais, et ça a été une réunion normale. On se dit que c'est la dernière année avec l'équipe factory, mais je me dis que si je suis fort et que je veux continuer, la couleur de la moto changera mais pour le reste ça ne change pas grand-chose.

Certains estiment que Yamaha t'a manqué de respect. Qu'en penses-tu ?

Cela me semble être quelque chose de logique. Les résultats font la différence. Ceux de Maverick mais surtout ceux de Quartararo l'année dernière ont fait la différence, et Yamaha a dû prendre une décision. Alors je dirais que non, ils ne m'ont pas manqué de respect. Surtout parce qu'ils m'ont dit que si je veux continuer ils me soutiendront au maximum avec la troisième moto officielle. Naturellement, s'ils m'avaient dit 'Quartararo court avec nous et toi tu n'as plus de guidon', alors j'aurais été déçu ! Je suis maître de mon destin, de mon avenir, et si je suis rapide et que je veux continuer j'ai la possibilité de piloter la M1 officielle.

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Tu n'aurais pas voulu prendre cette décision toi-même ?

Le problème c'est le mercato et le fonctionnement du MotoGP actuellement. Je pense que ça n'est pas très juste de faire signer les pilotes avant que débute 2020. C'est une bêtise. Il n'y a que chez nous que c'est comme ça, parce qu'en Formule 1 par exemple ils ont beaucoup plus de mois pour décider. Mais c'est comme ça, ce sont les règles du jeu.

Valentino Rossi, Yamaha Factory Racing

Est-ce que cette situation a un impact sur ta décision future ?

D'un côté, cela a été une décision difficile pour moi, car comme l'a dit Lin je savais que le fait d'attendre aurait une conséquence, qui était de ne pas continuer dans l'équipe factory. Mais d'un autre côté, ça n'a pas été difficile de prendre cette décision, car je ne veux pas continuer si je ne suis pas compétitif. Dans tous les sports, pour essayer de rester au top et surtout quand on n'est plus très jeune, il faut fournir beaucoup d'efforts, et dans l'ère moderne du MotoGP pour donner le maximum il faut travailler chaque jour. C'est quelque chose que l'on peut faire si on a la motivation et si on prend du plaisir. Les résultats sont la part la plus importante. C'est donc comme ça. Mais j'ai demandé à Yamaha leur soutien et ils ont dit que je l'aurai si je veux continuer. Car mon premier objectif est en tout cas de continuer en 2021. On a une équipe fantastique, le team Petronas, qui a démontré être à un très haut niveau et être très compétitif, alors au final ça ne changera pas beaucoup.

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Si tu décides de continuer en 2021 et 2022, prendras-tu avec toi ton team actuel ?

Avant tout, ce ne serait pas 2021 et 2022, je veux évaluer les années les unes après les autres. Je pense que c'est mieux et Yamaha est d'accord. Concernant l'équipe, on ne sait pas, on n'en a pas encore parlé. Cela dépendra beaucoup de la décision de Quartararo aussi, s'il prend quelqu'un de son équipe ou bien tout le monde. On n'en a pas encore parlé. Si on fait un changement, il peut être total ou pas. On n'a pas décidé. L'important pour moi c'est avant tout que Yamaha soit content qu'on continue ensemble, qu'ils continuent à me faire confiance et que j'aie une moto officielle et le soutien maximal.

Le risque pèse-t-il dans ton choix ?

Oui, mais d'une manière générale. Il ne s'agit pas du fait que j'ai 40 ans, mais des résultats de l'année dernière. Car pendant la seconde partie de la saison, et même avant, j'ai commencé à avoir beaucoup de mal. J'ai fait de bonnes courses, comme Misano, Sepang ou l'Autriche, où je ne suis pas monté sur le podium mais où j'ai été compétitif, mais sur d'autres courses j'ai beaucoup souffert. Pour tout le monde, je pense, mais surtout pour moi qui cours depuis 25 ans et qui ne suis plus jeune, ça devient très lourd. Parce que pour essayer de rester au top niveau il faut fournir de gros efforts.

95% de votre vie se partage entre les essais avec la moto, l'entraînement en salle, les événements promotionnels et tout cela. Pour continuer il faut donc avoir la bonne motivation, et la motivation vient pour moi des résultats. Si je peux me battre pour le podium et être compétitif, j'ai la motivation. Mon objectif est d'essayer de continuer l'année prochaine aussi. Mais si les résultats ne sont pas ceux que j'attends, cela devient difficile. C'est la raison pour laquelle quand j'ai parlé avec Yamaha je n'étais pas prêt à prendre une décision, contrairement au dernier contrat que j'ai signé avant le Qatar alors que j'étais sûr. Parce que je ne veux pas continuer comme ça. Si c'est comme ça, mieux vaut arrêter.

Mon premier objectif est de continuer en 2021. [Mais] je ne veux pas continuer comme ça. Si c'est comme ça, mieux vaut arrêter.

Valentino Rossi

Sais-tu à quel moment tu prendras ta décision ?

Je ne veux pas me fixer de moment précis. Pendant l'été, à la mi-saison, la pause estivale. Il faut aussi qu'on parle plus en détail, mais je peux désormais prendre mon temps. Je ne veux pas décider d'un jour, je veux prendre ma décision quand je me sentirai prêt et en fonction de ce que je ressentirai au fond de moi.

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As-tu pensé à l'éventualité de prendre le risque de prolonger dès cet hiver ?

Non, parce que venir sur les courses est pour moi un stress très élevé. C'est le cas pour tout le monde, mais quand tu es Valentino Rossi ça l'est encore plus, parce qu'entre les engagements et les fans on te casse les pieds à l'infini du jeudi matin au dimanche soir. Je ne peux même pas circuler dans le paddock. La seule chose qui me donne du plaisir, c'est de piloter la moto.

Vu ce que tu dis, si tu faisais d'excellentes performances, tu n'aurais pas envie de tout envoyer balader ?

Si, peut-être, pourquoi pas. Ce serait bien aussi d'être très fort et de m'arrêter. Mais on va voir comment je me sens. J'ai peur que le fait de courir en MotoGP va me manquer énormément, j'en suis même sûr, alors si j'ai la possibilité d'être compétitif je voudrais vraiment rester parce que ça me plaît. Par contre, si je suis lent j'y ai plus à perdre qu'autre chose.

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