Pour Rossi et Morbidelli, ne pas courir n'aurait rien changé

Face aux critiques et aux regrets de certains pilotes, Valentino Rossi et Franco Morbidelli ont rappelé la triste réalité : ne pas disputer la course du Mugello après la mort de Jason Dupasquier n'aurait pas fait revenir le jeune homme, ni allégé la douleur de sa famille.

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Aucun pilote n'a abordé la course du Mugello comme n'importe quelle autre, tout le monde ayant logiquement été fortement ébranlé par la terrible nouvelle du décès de Jason Dupasquier, transmise à l'heure de midi au circuit. Et pourtant, il a fallu que tous se remobilisent et réussissent à se concentrer sur l'épreuve de force qui les attendait, à savoir 23 tours d'une course à 158 km/h de moyenne sur un circuit physiquement éprouvant.

"Je pense que c'est difficile pour tout le monde. Mais que peut-on faire ?" interroge Valentino Rossi. "Il faut qu'on se concentre au maximum, car si on n'est pas concentré c'est dangereux. On essaye de faire ce qu'on fait toujours, et je me suis donc concentré, j'ai passé du temps avec mes amis, ma copine, mon équipe, et je n'ai plus pensé qu'à la course, mais franchement c'était difficile."

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Certains pilotes ont eu beaucoup de mal à faire abstraction des événements. Ainsi, Pecco Bagnaia et Danilo Petrucci ont admis qu'ils auraient souhaité que la course soit annulée. Valentino Rossi comprend cette position et indique qu'il l'aurait acceptée si cette décision avait été prise, mais souligne toutefois que cela n'aurait malheureusement pas effacé la tragédie.

"Quand ces choses-là arrivent, on se demande si cela a du sens de courir. Ça n'en a probablement pas, parce que tout passe au second plan. Mais, malheureusement, ne pas courir non plus n'a pas tellement de sens. Qu'on coure ou pas aujourd'hui, malheureusement ça ne change pas ce qui est arrivé à Jason hier. On peut parler longuement du fait de courir ou pas, mais la situation ne change pas."

"Je savais depuis hier soir que la situation était désespérée, mais quand la nouvelle tombe, ça fait mal, bien sûr. Si on m'avait dit que tout le monde rentrait à la maison, j'aurais été totalement d'accord", assure le pilote italien. "Est-il juste de courir ou de ne pas courir ? Peut-être qu'il serait juste de ne pas courir, et alors OK, mais qu'est-ce que ça change ? On a beau ne pas courir, désormais c'est arrivé. Ça a été dur pour tout le monde, parce qu'on se demande pourquoi, quel sens ça a. Tout le monde avait envie de faire les valises et de rentrer à la maison. Mais la semaine prochaine il y en a de toute façon une autre, alors bon…"

Franco Morbidelli estime quant à lui que maintenir la course avait bel et bien un sens, pour les personnes dont c'est le travail comme pour le public. Pour l'Italien, il a cependant fallu que tous les pilotes se confrontent encore plus que d'habitude au danger de leur sport et "affrontent la grande peur" que cet accident réveille en eux.

"Il y avait beaucoup de raisons de courir aujourd'hui. Et il y en avait une gigantesque de ne pas courir : c'est la souffrance d'un événement aussi moche, et sincèrement j'y inclus aussi la peur qu'une chose pareille puisse nous arriver à nous aussi. On a tendance à l'oublier, mais ensuite ça arrive, et soudain les consciences se réveillent et cette tâche noire se crée dans la tête des gens et surtout des pilotes. Et c'est la plus grande chose contre laquelle se battre au moment où l'on décide de courir", décrit-il.

"En tout cas, c'est notre travail, notre sport, c'est ce qu'on fait depuis toujours et ce qu'on aime faire. Ça ne changerait rien", assure Morbidelli. "Je ne vois pas comment cela pourrait changer la situation, alléger la douleur des proches et la nôtre. Ne pas courir ne fait que nous éloigner de cette grande tâche noire qu'on a dans la tête après un événement de ce genre, mais en réalité ça ne change rien. C'est même pire pour beaucoup de gens qui sont là depuis lundi et pour tous ceux qui nous suivent et voudraient nous voir courir. Ça ne change absolument rien."

"Je peux comprendre pourquoi certains pilotes ne voulaient pas courir. C'est un sentiment que tous les pilotes de la grille ont, c'est certain, et contre lequel il faut se battre. Parce qu'au final, ne pas courir ne change rien. Au moins, on peut offrir un peu de spectacle aux gens qui sont chez eux, leur permettre d'apprécier leur dimanche ou l'adoucir un peu en leur montrant le bon et le mauvais côté de notre merveilleux sport."

"Ça a été un dimanche difficile", poursuit Morbidelli. "C'est difficile, très difficile de prendre le départ d'une course après une aussi mauvaise nouvelle que celle d'aujourd'hui. On ne s'habitue jamais à ces nouvelles et cela affecte toujours fortement l'esprit et la confiance qu'on a pour remonter sur la moto et faire notre job, vivre notre passion. L'impact est toujours fort. C'était donc difficile de prendre le départ de la course."

Lorsqu'il lui est demandé comment il a pu se concentrer et ne pas penser à ce qui s'était passé au moment de s'aligner sur la grille de départ, le pilote italien se montre très cash et réaliste : "Je vais vous dire quelque chose de très moche. Ce n'est pas la première fois que ça arrive, et ça ne sera pas la dernière, et il faut aller de l'avant, on doit faire notre sport. Parfois, la vie est une merde mais il faut aller de l'avant, car c'est la vie."

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