Les salaires des pilotes, principal chantier de Ducati en 2024
La prolongation de Pecco Bagnaia étant actée, Ducati va pouvoir miser sur l'avantage de performance de ses motos pour lancer une politique de réduction des salaires des autres pilotes, ce qui devrait empêcher Jorge Martín de rester chez Pramac.
Après des tests de pré-saison dominés par Ducati, tout porte à croire que la saison qui débutera ce week-end au Qatar s'inscrira dans la continuité de la précédente, conclue sur le second titre consécutif de Pecco Bagnaia en MotoGP. Si cette domination venait à être prolongée par l'un des pilotes de la marque de Borgo Panigale, cette dernière s'offrirait le quatrième sacre de son histoire chez les pilotes, et renforcerait sa mainmise sur le championnat.
Bagnaia aborde le début de la saison avec une prolongation en bonne et due forme, et alors qu'il traverse le meilleur moment de sa carrière. Jorge Martín a quant à lui conscience qu'il disputera très probablement sa dernière saison sous les couleurs de Pramac, et il sera un candidat à l'autre place dans l'équipe officielle, aujourd'hui occupée par Enea Bastianini, qui entend bien prolonger. D'autres candidats pourraient émerger, Marc Márquez en tête.
Face à ces volontés multiples, Ducati devra s'attaquer à l'un de ses plus grands défis en interne : réduire la masse salariale des pilotes. "La situation économique mondiale n'est pas très stable en ce moment, en raison des guerres et des conflits en cours", a confié un membre haut placé de Ducati à Motorsport.com.
"Ducati ne veut pas s'engager à payer des sommes qui seraient difficiles à assumer dans un ou deux ans. Il faut garder à l'esprit que nous vendons 60 000 motos par an, et que nous ne sommes pas au même niveau que Yamaha et Honda, par exemple."
Trop de pilotes avec un salaire élevé
Naturellement, la prolongation de Bagnaia répond aux désirs des deux parties. Le précédent accord remontait à février 2022, avant son premier sacre en MotoGP. Son statut a depuis beaucoup évolué, ainsi que ses émoluments car, même si la structure du contrat et les sommes engagées sont très similaires aux accords passés avec Bastianini et Martín, les bonus liés aux performances l'ont maintenant placé à un niveau supérieur.
"Il est exact que les sommes de bases pour Pecco, Enea et Jorge étaient égales", nous a confirmé Albert Valera, l'agent de Martín. "Mais les deux titres ont eu des conséquences importantes sur ce que [Bagnaia] a reçu. Ducati récompense financièrement ceux qui finissent dans le top 3 du championnat, et cela se traduit aussi par une augmentation pour la saison suivante."
Jorge Martín et Enea Bastianini avaient un salaire de base similaire à celui de Pecco Bagnaia en 2023
Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images
Motorsport.com croit savoir que la prolongation de Bagnaia annoncée lundi prévoit une rémunération de base aux alentours de sept millions d'euros par an. À cette somme s'ajouteront des bonus qui pourraient gonfler le salaire annuel du pilote italien à dix millions d'euros, en cas de nouveau titre mondial.
Pourquoi Martín ne pourra pas rester chez Pramac
Ces sommes, bien que très élevées, n'ont rien à voir avec celles payées il y a cinq ou six ans, avant la pandémie. Les 25 millions d'euros annuels payés à Jorge Lorenzo lors de ses deux saisons en rouge, en 2017 et 2018, appartiennent au passé. Le départ d'Andrea Dovizioso, fin 2021, et la promotion de Bagnaia en provenance de Pramac ont permis à Ducati de réduire de plus de 50% la somme allouée aux salaires des pilotes.
Le constructeur veut reproduire ce plan et c'est pour cette raison qu'il est presque impossible d'imaginer Martín rester chez Pramac après cette saison, tant son salaire est élevé pour un membre d'une équipe satellite. L'Espagnol, vice-champion la saison passée, a aussi bénéficié de la générosité de Ducati, mais son statut incarne la volonté de réduire les investissements faits dans les pilotes, ce qui signifie que son avenir passera probablement par une promotion dans l'équipe officielle ou par un changement de marque.
"Le cas Martín était unique, parce qu'il était en concurrence avec Enea pour la promotion dans l'équipe officielle", a expliqué un membre de l'équipe Ducati. "Les deux la méritaient, et c'est pour cette raison que Ducati leur a donné les mêmes conditions. C'est terminé maintenant."
Jorge Martín ne devrait pas rester chez Pramac après la saison 2024
Photo de: Mark Sutton / Motorsport Images
"L'idée a toujours été que cette équipe satellite serve de plateforme pour préparer les jeunes pilotes à faire le saut vers la structure officielle. Mais pour que cela se fasse, il faut que les salaires soient cohérents. Ducati ne peut pas payer une base de deux millions d'euros à un pilote d'une équipe satellite."
Celui qui représente cette volonté de refaire de Pramac une pépinière de talents est Fermín Aldeguer, qui a selon nos informations a déjà signé son contrat pour faire ses débuts en MotoGP dans le team satellite en 2025. Son salaire ne dépassera par les 300 000 euros, auxquels s'ajoutera une somme dépendant de ses résultats.
La domination de Ducati place le constructeur dans une situation privilégiée. Non seulement avec les débutants, prêts à sacrifier la variable économique pour disposer de la moto la plus performante, mais aussi face à des pilotes du calibre de Marc Márquez.
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