Schwantz - Même sans pénalité, Rossi n'aurait pas été titré

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Schwantz - Même sans pénalité, Rossi n'aurait pas été titré
Par : Léna Buffa
13 nov. 2015 à 15:30

Pour Motorsport.com, Kevin Schwantz revient sur une fin de saison mouvementée et livre son analyse.

Jorge Lorenzo, Yamaha Factory Racing et Marc Marquez and Dani Pedrosa, Repsol Honda Team
Kevin Schwantz
Valentino Rossi, Yamaha Factory Racing et Marc Marquez, Repsol Honda Team
Kevin Schwantz
Valentino Rossi, Yamaha Factory Racing
Valentino Rossi, Yamaha Factory Racing
Marc Marquez, Repsol Honda Team et Valentino Rossi, Yamaha Factory Racing
Jorge Lorenzo, Yamaha Factory Racing, Marc Marquez, Repsol Honda Team et Dani Pedrosa, Repsol Honda Team

S'il admet un doute quant aux motivations de Marc Márquez, le Champion du Monde 1993 n'adhère toutefois par complètement aux reproches que lui a adressés Valentino Rossi. Et, surtout, il ne croit pas que l'Italien aurait malgré tout été titré…

Márquez a-t-il joué avec Rossi à Phillip Island?

La première accusation de Rossi envers Márquez concernait la manche australienne. L'Italien estime que le pilote Honda y a "joué" avec ses adversaires alors qu'il avait le rythme pour gagner, et il pense par conséquent avoir été ralenti.

"Ok, il y a toujours une possibilité, mais il a évoqué le fait que Marc était super rapide dans le dernier tour et je ne crois pas qu'il s'agisse d'une preuve quelconque. Je pense que Marc avait raison : oui, il avait eu besoin d'épargner ses pneus jusqu'alors," juge Kevin Schwantz pour Motorsport.com.

"Je repense à l'époque où Wayne [Rainey] et moi courions : on signait assez souvent notre meilleur temps dans le dernier tour. C'est là que tu as peu d'essence et, si jamais tu as épargné tes pneus toute la course, tu n'as plus besoin de le faire. C'est le dernier tour et tu peux y aller à fond."

"Peut-être que Rossi a détecté quelque chose de différent dans leur bagarre en comparaison de comment Márquez se battait contre les autres… Je ne sais pas, Vale est seul dans son casque et ses cuirs, sa perception des choses est donc unique. On ne peut pas juger. Mais d'après ce que j'ai vu, il n'y avait pas de raison légitime pour que Rossi se plaigne après l'Australie."

Qui était coupable à Sepang?

En portant cette accusation à l'entame du week-end suivant, en Malaisie, Rossi a donné le coup d'envoi d'une polémique qui allait durer jusqu'à la fin de la saison. Et qui allait mener notamment à son accrochage avec Márquez pendant la course de Sepang. Après une intense confrontation contre l'Italien, le pilote Honda a été écarté de la trajectoire et a chuté.

"Márquez n'est pas complètement irréprochable, parce que si vous tournez autour d'un gars avec votre poignée de frein exposée, c'est trop risqué, c'est comme demander à être heurté," juge Schwantz.

"Je ne pense pas que Rossi voulait que ça tourne comme ça. Je ne pense pas qu'il ait intentionnellement envoyé Márquez par terre. Mais il a quand même fini au sol. Dans une telle situation, le Directeur de Course doit faire quelque chose. Ces trois points de pénalité étaient donc le minimum qui pouvaient en sortir."

Márquez a-t-il protégé Lorenzo à Valence?

Rossi a jugé que Márquez avait joué les gardes du corps pour Lorenzo durant ce dernier Grand Prix de la saison. Dans son flot de reproches, il a utilisé le terme italien de "biscottone" (gros biscuit) qui rappelle un système de triche en courses hippiques, le "biscuit" en question étant donné au cheval pour le faire gagner ou perdre.

"Si ça avait été moi à l'époque et que, disons, Eddie Lawson et Wayne Rainey aient été en bagarre pour le titre sans que je sois en lice, j'aurais piloté de manière légèrement différente contre eux lors de la dernière course. A moins d'avoir une opportunité claire de passer au freinage en bout de ligne droite, ou bien de profiter d'une erreur, je n'aurais pas tenté de manœuvre risquée. La dernière chose que j'aurais voulu c'est d'être le facteur décisif au championnat."

"Est-ce que c'est la façon dont raisonnait Márquez après tout le bruit qu'ont fait les deux courses précédentes? Je n'en suis pas certain, mais pour moi il avait l'air à la limite quand il suivait Lorenzo. Leurs chronos à tous les deux étaient rapides."

Schwantz garde pourtant un doute quant aux motivations de Márquez sur cette dernière course : "Quand on voit que Pedrosa a commencé à revenir sur eux, alors oui on peut avoir quelques soupçons sur Márquez. Dani a rattrapé Lorenzo et Márquez en reprenant… quoi? 2.4s en quatre tours? Et quand il les a rejoints, soudain Marc est devenu très agressif contre son coéquipier."

"Mais on pourrait estimer que c'est peut-être parce que Pedrosa n'était pas en lice pour le titre que Márquez a senti qu'il pouvait prendre plus de risques. Qui sait? Et comment peut-on savoir quel était réellement le rythme de Marc? Tout ce que l'on sait c'est qu'Honda ne s'est pas plaint de son pilote et qu'il a bel et bien maintenu la pression sur Lorenzo jusqu'au drapeau à damier."

Rossi a-t-il perdu le titre à cause de sa pénalité?

L'ancien pilote Suzuki estime que la pénalité subie par Valentino Rossi n'a pas véritablement pesé dans le verdict final du championnat. Pour l'Américain, Rossi n'avait tout simplement pas le rythme pour monter sur le podium du Grand Prix de Valence, un résultat qui lui était nécessaire pour être couronné compte tenu de la victoire de Jorge Lorenzo.

"Je ne pense pas qu'il avait la vitesse pour entrer dans le top 3," tranche Schwantz. "Rossi a un problème avec Valence, et cela dure depuis l'époque où il était en lutte contre Nicky Hayden, en 2006. Il a tout simplement du mal à être rapide sur ce circuit. Rossi était en difficulté vu que la saison se terminait là. Même s'il n'avait pas été pénalisé, il aurait pris le départ de la course en douzième position après son erreur en qualifications."

"Vale a fait du très bon boulot en atteignant la quatrième place alors qu'il partait du fond de la grille, mais quand il est arrivé là il comptait 11 secondes de retard sur le troisième. Sans compter qu'il avait probablement plus usé ses pneus que les trois premiers parce qu'il a dû être agressif et passer toutes ces motos."

"Après la course, j'ai envoyé un sms à Rossi pour lui dire : "Hey, c'est la meilleure course que tu pouvais espérer faire, à moins qu'une Honda ou deux ne tombe. Va de l'avant."

Une polémique néfaste?

Pas tant que ça, estime Kevin Schwantz: "Je suis d'avis que c'était une bonne pub pour le championnat. Regardez Motorsport.com : vous avez enchainé les articles. C'est génial, c'est la plus grosse couverture qu'on ait jamais eue!"

Propos recueillis par David Malsher

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