À l'aube et en secret : la découverte de la Yamaha par Rossi, en 2003

Pour Motorsport.com, Davide Brivio évoque les instants décisifs du recrutement de Valentino Rossi par Yamaha, qui fit l'effet d'un coup de tonnerre sur le MotoGP en 2003.

À l'aube et en secret : la découverte de la Yamaha par Rossi, en 2003

Davide Brivio aura été l'un des principaux acteurs du recrutement de Valentino Rossi par Yamaha, un transfert qui fit l'effet d'un coup de tonnerre sur le MotoGP en 2003. À l'époque, le pilote star au numéro 46 était le leader du programme Honda, avec lequel il avait rejoint la catégorie reine en 2000, avant de s'installer au sommet du championnat. Alors qu'il en était à sa quatrième saison parmi l'élite, il était lancé vers son troisième titre lorsqu'il s'est laissé tenter par le changement.

Brivio, quant à lui, avait rejoint le MotoGP en 2002, engagé par Yamaha en tant que team manager, après une longue carrière en Superbike. Un an après son arrivée, il s'est lancé avec Lin Jarvis, grand patron du constructeur en Grand Prix, dans l'une des offensives les plus marquantes qu'il ait été donné de voir en MotoGP. Le timing était de leur côté. Car si Rossi était effectivement le pilote phare de Honda avec un succès qui ne se démentait pas, sa domination couplée à l'absence de concurrence de la part des autres constructeurs avait fait naître l'idée selon laquelle ces résultats dépendaient peut-être plus de la moto que du pilote.

Yamaha n'avait pas remporté de titre depuis 1992, le dernier ayant été conquis avec Wayne Rainey. Les chiffres étaient cruels pour Iwata : entre 1993 et 2003, la marque avait signé 24 victoires, contre 117 pour Honda. Un rapport de un à cinq qui obligeait à réagir.

Partis en chasse du plus gros gibier du championnat, Brivio et Jarvis ont alors touché une corde sensible chez Rossi, en l'encourageant à relever un défi de taille. Racontée aujourd'hui par celui qui en fut l'un des artisans, l'histoire semble beaucoup plus simple qu'elle ne le fut en réalité, car il fallut convaincre non seulement le pilote mais aussi des personnes au sein même de Yamaha, en raison du revers craint en cas d'échec.

"Dans un premier temps, Yamaha ne voulait pas recruter Rossi, parce que certains affirmaient qu'en cas de succès tout le monde aurait pensé que c'est lui qui aurait gagné, que le mérite lui reviendrait, alors que s'il ne gagnait pas l'accent serait mis sur la moto", explique Davide Brivio à Motorsport.com. "Celui qui a fait changer cette façon de penser, c'est Masao Furusawa, qui en [juin] 2003 est devenu le chef du projet. C'est lui qui a convaincu le président de Yamaha qu'il fallait signer avec Valentino. Ensemble, nous avons convaincu la direction que, pour gagner, il était essentiel d'avoir un top pilote. Honda gagnait, oui, mais ils le faisaient avec les meilleurs : Doohan, [puis] Rossi."

Des rencontres secrètes dans le paddock

Il fallut à Yamaha un peu moins d'un an pour que se mettent en place tous les détails qui allaient conduire à l'arrivée du #46 en 2004. L'enjeu était si énorme que les rencontres entre le pilote de Tavullia et sa future équipe devaient se dérouler dans le plus grand secret, et ce alors que Honda avait à plusieurs reprises proposé à Rossi un renouvellement de son contrat.

"Pendant le championnat 2003, nous avons rencontré Vale presqu'à chaque week-end de course pour parler de beaucoup de choses : de la formation de l'équipe, des mécaniciens qu'il voulait avoir, de la manière d'aborder les essais, etc. Le problème était de savoir où se rencontrer, car dans le paddock on est à la vue de tout le monde, et dans les hôtels toutes les équipes sont mélangées", poursuit Brivio, qui se souvient de deux moments en particulier, si étranges qu'ils lui resteront à jamais en mémoire.

"L'un des épisodes les plus étranges a été celui de la Clinica Mobile à Brno", raconte-t-il. "Nous nous y sommes retrouvés à 22h passées, quand tous les kinés et les médecins étaient déjà partis. Nous avons dézippé la tente, nous sommes entrés, nous nous sommes assis autour d'une table et nous avons commencé la réunion. Soudain, nous avons entendu une moto s'approcher, et Lin et moi nous sommes cachés sous la table !"

Valentino Rossi au Grand Prix d'Espagne 2004

Passée cette phase de discussions préliminaires, les négociations ont débuté avec Gibo Badioli, qui était alors l'agent de Valentino Rossi. Celui-ci est toutefois allé trop loin, avant de faire marche arrière. "Dans un premier temps, les exigences financières de Badioli étaient disproportionnées. Ensuite, nous avons réussi à trouver un accord. Et je crois qu'ensuite, avec ce qu'ils ont réussi à vendre, Yamaha a plus que récupéré cet investissement."

Davide Brivio garde aussi ancré dans sa mémoire cette nuit où, une fois l'accord scellé, Valentino Rossi découvrit pour la première fois celle qui serait sa nouvelle moto quelques mois plus tard. "Après nous être serré la main, le moment est venu où Vale a demandé à voir la moto. Ça s'est passé à Donington Park. Nous avons attendu le petit matin, car nous voulions qu'il n'y ait plus personne dans le paddock. Et il est arrivé sous une capuche pour ne pas être reconnu", se souvient l'ancien team manager Yamaha.

La suite fait partie de l'Histoire. Malgré un premier test repoussé à début 2004, Honda n'ayant pas donné son accord pour qu'il puisse piloter la Yamaha dès les premiers essais d'intersaison fin 2003, Valentino Rossi a entamé une véritable histoire d'amour avec la M1. Il s'est imposé dès sa première course avec elle et a remporté un total de 56 victoires, ainsi que quatre titres. Malgré deux ans d'éloignement lorsqu'il a tenté de relever un autre immense défi en rejoignant Ducati, Rossi a été associé à la Yamaha pendant 16 saisons et ensemble ils ont écrit l'un des chapitres les plus importants des Grands Prix moto.

Lire aussi :
partages
commentaires
Courir avec Rossi ? Comme jouer avec Messi, pour Aleix Espargaró
Article précédent

Courir avec Rossi ? Comme jouer avec Messi, pour Aleix Espargaró

Article suivant

Pramac a trouvé le successeur de Guidotti

Pramac a trouvé le successeur de Guidotti
Charger les commentaires
L'armada Ducati, une menace pour l'équilibre du MotoGP en 2022 Prime

L'armada Ducati, une menace pour l'équilibre du MotoGP en 2022

Voir Ducati aligner huit machines sur la grille MotoGP n'est pas un fait inédit, puisque la marque l'a déjà fait entre 2016 et 2018. Mais le niveau de la Desmosedici est impressionnant et l'implication de la firme de Borgo Panigale dans ses alliances bien plus importante qu'elle le fut par le passé, or cela pourrait avoir pour effet de déséquilibrer la catégorie reine.

MotoGP
16 janv. 2022
Ces héritiers que Valentino Rossi s'est choisis Prime

Ces héritiers que Valentino Rossi s'est choisis

Avec le départ de Valentino Rossi, le MotoGP perd sa plus grande star et l'Italie son meilleur représentant en course depuis les années 1980. Le Docteur lui-même a toutefois préparé sa relève et formé ceux qu'il espère voir lui succéder.

MotoGP
2 janv. 2022
Quartararo, le champion qui a changé les règles, comme Márquez Prime

Quartararo, le champion qui a changé les règles, comme Márquez

Précoce quand il dominait tous les championnats espagnols, Fabio Quartararo a été jusqu'à pousser à la mise en place d'un changement de règlement, comme Marc Márquez quelques années plus tôt. Son parcours mondial s'est pourtant révélé compliqué, jusqu'à la révélation une fois arrivé dans la catégorie MotoGP.

MotoGP
27 déc. 2021
Valentino Rossi s'est-il arrêté trop tard ? Prime

Valentino Rossi s'est-il arrêté trop tard ?

Inlassablement interrogé sur sa retraite depuis des années, Valentino Rossi a-t-il trop attendu, au risque de voir son palmarès se ternir ? On serait plutôt tenté de dire qu'en ayant tout essayé jusqu'au bout, il a choisi de raccrocher au moment qui était le bon pour lui.

MotoGP
16 déc. 2021
Suzuki déjà en retard dans la quête de son nouveau patron MotoGP ? Prime

Suzuki déjà en retard dans la quête de son nouveau patron MotoGP ?

Après avoir pris la décision de ne pas remplacer Davide Brivio début 2021 et n'avoir par la suite pas réussi à aider Joan Mir à défendre son titre, Suzuki est aujourd'hui à la recherche d'un nouveau team manager. Mais quelle que soit la personne que Shinichi Sahara nommera pour la suite, il est peut-être déjà trop tard pour convaincre le Champion du monde 2020 de rester.

MotoGP
23 nov. 2021
Quand les enjeux financiers engendrent l'agressivité des jeunes pilotes Prime

Quand les enjeux financiers engendrent l'agressivité des jeunes pilotes

La pression à laquelle sont soumis les espoirs de la moto est à la source d'une agressivité qui inquiète de plus en plus. Restreindre la participation au Championnat du monde aux pilotes âgés de 18 ans suffira-t-il à endiguer les manœuvres souvent désespérés des jeunes qui rêvent du MotoGP ?

MotoGP
3 nov. 2021
Quartararo : "Ce titre permet d'oublier les moments difficiles de Yamaha" Prime

Quartararo : "Ce titre permet d'oublier les moments difficiles de Yamaha"

De ses débuts inattendus en MotoGP à son premier titre de Champion du monde, trois ans plus tard, Fabio Quartararo a déjà connu un parcours intense dans la catégorie reine. Avec, au passage, une saison 2020 qui lui a rapporté ses premières victoires et une lourde déception, formatrice pour la suite.

MotoGP
26 oct. 2021
Plus que la Yamaha, c'est Quartararo qui a su évoluer vers le titre Prime

Plus que la Yamaha, c'est Quartararo qui a su évoluer vers le titre

Trop inconstant en 2020, Fabio Quartararo apparaît cette année infaillible au guidon de la Yamaha. Mais plus que les progrès opérés par la machine, c'est sûrement la transformation du pilote français qui l'a ainsi placé au sommet, en capacité de remporter son premier titre de Champion du monde MotoGP dès cette semaine.

MotoGP
20 oct. 2021