Steiner explique pourquoi les équipes renoncent à une part des bénéfices du MotoGP
Les constructeurs avaient fait pression pour obtenir une part des bénéfices du MotoGP dans le cadre du nouvel accord commercial scellé pour 2027. Pourtant, MotoGP SEG a finalement réussi à préserver le modèle actuel, basé sur un revenu fixe.
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Günther Steiner, PDG de Tech3, a levé le voile sur un aspect étonnant de l'accord passé entre le MotoGP et ses acteurs, le mois dernier. Bien que les cinq marques engagées dans le championnat aient fait pression pour obtenir une part des bénéfices, le système actuel, basé sur un revenu fixe, restera bien en vigueur dans le cadre de ce nouveau contrat.
Cet accord passé entre MotoGP SEG (nouveau nom de Dorna Sports), les constructeurs et les six équipes indépendantes actuelles définit le cadre commercial pour les cinq années à venir. Lorsqu'il a été annoncé en marge du GP de République tchèque, après près d'un an de négociations, il a été qualifié de "moment historique" pour le championnat.
Pourtant, il ne répond pas à la volonté exprimée par les constructeurs de repenser la répartition des revenus générés par le MotoGP. Il s'agissait de l'un des principaux points d'achoppement durant ces longs mois de tractations, car les marques réclamaient l'intégration dans leurs revenus d'une part proportionnelle des recettes du MotoGP.
Leur souhait était de calquer le MotoGP sur le modèle de la Formule 1, autre championnat géré par Liberty Media. Pourtant, l'équivalent des Accords Concorde du MotoGP n'intègre finalement pas ce point : MotoGP SEG, qui a toujours insisté pour maintenir un revenu fixe, a obtenu gain de cause avec un montant d'un peu moins de huit millions d'euros par an et par équipe.
Interrogé sur les raisons pour lesquelles le partage des bénéfices sous forme de pourcentage a finalement été abandonné, le PDG de Tech3, Günther Steiner, explique qu'il y avait de bonnes raisons d'accepter à ce stade de s'en tenir à une somme forfaitaire. Et cela n'empêche pas l'Italien de vouloir développer son arrivée en MotoGP, lui qui a repris l'hiver dernier l'équipe Tech3 en collaboration avec un consortium d'investisseurs désireux de rentabiliser leur investissement à moyen terme.
"Logiquement, tout le monde en veut plus. Nous en voulons tous toujours plus. C'est la nature humaine, tout simplement", a déclaré Günther Steiner dans une interview accordée à l'édition allemande de Motorsport.com.
"Je pense que la situation est la suivante : cette dynamique autour du partage des bénéfices est apparue parce que Liberty a pris le relais. Mais Rome ne s'est pas faite en un jour non plus. C'est comme cela que je vois les choses. Liberty a pris le relais l'année dernière. On ne peut pas maintenant se précipiter sur Liberty et dire : 'On veut ceci et cela'. Il faut d'abord montrer ce que l'on est capable de faire."
"Ensuite, logiquement, une fois qu'il y aura plus pour tout le monde, on pourra aussi le partager. Mais pour l'instant, je pense que tout le monde est satisfait de ce qu'il reçoit, et nous devrions nous bâtir là-dessus. C'est mon opinion."
Tech3 a prolongé son accord avec KTM pour la suite de son aventure en MotoGP.
Photo de : KTM Images
"D'une certaine manière, un compromis a été trouvé. À présent, nous devons tous faire de notre mieux pour amener ce sport à un niveau supérieur, générant plus et où l'argent afflue davantage. Pour l'instant, nous n'en sommes pas encore là."
Impliquer plus les équipes pour faire connaître le MotoGP
La Commission européenne a approuvé le rachat du MotoGP par Liberty Media fin juin 2025. Les projets visant à mieux commercialiser le championnat et à le développer sous l'impulsion du groupe américain n'en sont donc qu'à leurs débuts. Et Günther Steiner voit une véritable marge de progression pour amplifier la visibilité du championnat et son attrait pour le public.
Selon lui, il faut notamment intéresser davantage les équipes aux retombées que le développement du MotoGP peut générer. Il s'agit pour le championnat de globaliser son approche, en trouvant la ligne fine qui lui permettra de ne pas se dénaturer.
"Il y a ici des gens très qualifiés. Toutes les équipes, sans exception. Les 11 équipes MotoGP - ainsi que les équipes Moto2 et Moto3 - sont très professionnelles, très bien préparées pour faire des courses de moto. Mais elles oublient complètement tout ce qu'il y a d'autre autour d'elles : l'aspect commercial, les opportunités, ce que l'on peut offrir aux fans", observe Steiner.
"Et c'est justement ça, la mission : rendre ce sport attrayant pour les fans. Ce n'est pas nécessaire de le rendre attrayant, il faut simplement le montrer. Il suffit juste de signaler qu'il existe. Il n'y a pas besoin de le vendre, il se vend tout seul. C'est mon point de vue là-dessus."
Le MotoGP doit-il remettre en question son approche pour attirer plus de public ?
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
"Et encore une fois, cela m'a surpris de voir à quel point ils ne se concentrent sur rien d'autre que les courses de moto. Mais c'est justement pour cela, je crois, que le produit MotoGP est si bon, parce qu'on se concentre simplement sur le produit et non sur sa commercialisation."
Sécuriser les profits avant de changer le système de répartition
D'autre part, le PDG de Tech3 estime qu'un partage des bénéfices pourrait s'avérer risqué : "Ce genre de décision peut aussi se retourner contre nous. Imaginez que nous tous, en tant que constructeurs ou équipes, disions que nous voulons une part des bénéfices, et que tout à coup, les bénéfices baissent. Où cela nous mène-t-il ? Ce n'est pas très judicieux."
"Tout le monde part toujours du principe que les choses ne feront que s'améliorer. Mais parfois, il faut faire un pas en arrière avant de pouvoir en faire deux en avant", alerte l'Italien.
"Quand on prend ce risque en considération, je pense que le statu quo est préférable. Laissons les choses telles qu'elles sont pour l'instant, voyons comment cela évolue, puis réunissons-nous à nouveau pour examiner ce qui est faisable pour le prochain contrat."
Les cinq prochaines années montreront comment Liberty Media, MotoGP SEG et les équipes feront évoluer le MotoGP en tant que produit. Avec onze équipes, les bases nécessaires à cette évolution sont désormais solidement posées.
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